Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Innovation à tous les étages : Un forum pour lancer le débat public

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« Le transfert de technologies est au coeur du sujet du Forum des Politiques Publiques de l’Innovation » annonce Patrice Noailles, directeur d’un fonds de capital-risque, qui est à l’initiative de ce projet avec Laurent Guyot-Sionnest, directeur de Boostez votre Start-up. Le 6 juin, lors d’une conférence de lancement au CNAM ( Conservatoire National des Arts et Métiers), deux jours après le dépôt des statuts de l‘association FPPI , les quelques trente premiers membres, issus de divers horizons (membres du comité Tocqueville, du comité Richelieu , de l’académie d’Intelligence économique, responsables R&D , chercheurs spécialisés dans l’innovation, créateurs de start-up, conseils, entrepreneurs du capital risque) se répartissaient les différentes actions à mener avant l’élection du bureau en juillet et le lancement officiel du Forum et de l’Observatoire prévus pour septembre.

Le Forum est en parfaite adéquation avec la recommandation 19 du rapport de Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin (1) qui préconise de « faire de l’innovation un vrai sujet politique, en organisant un vaste débat public »Il s’agit de créer un consensus qui rendrait possible la mise en place d’un cadre législatif favorable à l’innovation : « ça avance parce que c’est dans les esprits. Les Américains notamment avancent sur des points essentiels sur un mode consensuel. En France, le changement de gouvernement s’est accompagné d’une remise en cause pour les entrepreneurs. Remettre en cause les innovateurs, c’est insupportable pour les entrepreneurs et dangereux pour le pays. Politiquement, il faut sanctuariser ce domaine comme celui de la Défense nationale » s’insurge Patrice Noailles

Le manifeste publié le 24 avril a permis de rallier des sympathisants, il s’agit à présent de créer un comité de soutien pour qualifier la démarche du Forum PPI et assoir la crédibilité de l’Observatoire en faisant appel à un conseil scientifique et/ou éditorial pour le site internet… D’emblée, Jean-Luc Beylat, le directeur du pôle Systematic, cautionne l’activité du FPPI en cours de création. Il en est de même de Pierre Breese, membre de la Commission brevets de l’IESF (Ingénieurs et Scientifiques de France), ou encore de Gilles Babinet nommé Digital Champion auprès de Neely Kroes, la commissaire européenne chargée du Numérique. La DGA (Direction Générale de l’Armement) serait intéressée également. L’une des premières actions consiste à organiser les partenariats et trouver des mécènes pour assurer la pérennité de l’Observatoire.

Schéma de l’Observatoire : proposer de l’information comparée de qualité

Estimée à 10 000 visiteurs, la cible visée de cet observatoire en ligne est celle des chercheurs, des entrepreneurs, des politiques, des services recherche et/ou développement des grands groupes (dont l’activité peut être distincte), des start-up… Il accumulera les meilleures informations au niveau mondial. Une cellule de veille stratégique qualifiée appuyée par des bénévoles sera chargée de rassembler les données via des flux RSS et de la trier (à l’aide d’un outil automatisé), de l’analyser et de la traduire, le cas échéant, sous forme de résumés : par exemple, innovations de rupture de l’Amérique Latine, communiqués des Fraunhofer allemands, mais aussi toutes les informations provenant de Taipeh, Bangkok ou Séoul. Un flux RSS diffusera les contenus. « Il s’agit de toucher tous les gens actifs dans le domaine de l’innovation. Tous ceux qui développent de l’innovation ont besoin du terreau des politiques publiques pour pousser » insiste Patrice Noailles. L’Observatoire des législations et projets de loi en cours se focalisera d’abord sur quelques sous-ensembles : Israël, le Canada, les États-Unis, la Corée, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

L’éclairage est un début de débat.

« En fait le débat institutionnel n’existe pas en France. Il est bloqué par les habitudes administratives. Le conseil des entrepreneurs n’est pas un véritable lieu de débats et il n’y a personne pour organiser un débat sur les PPI, partagé par les électeurs. « Prenons l’exemple des États-Unis : depuis 8 ans, le Comité STEP (Science, Technology, and Economic Policy) a permis de dresser l’inventaire de ce qui se fait dans le monde entier en matière d’innovation. Il a émis plusieurs rapports. Ce qui a eu pour effet, par exemple, de permettre l’adoption d’un projet de loi sur les brevets qui traînait depuis trente ans sur le bureau du Congrès et qui a été adopté en pleine campagne présidentielle» insiste Patrice Noailles(2). « Les Américains sont passés à la date de brevets comme dans le système européen. C’est la clé de la lutte contre les « patents trolls » et le début d’une nouvelle politique de propriété industrielle ».

«Les conditions étaient favorables à l’innovation pendant la période gaulliste. Pompidou a lancé de grands programmes (Ariane, TGV, nucléaire civil, Airbus)» rappelle Patrice Noailles, coauteur du livre De Gaulle et la Technologie. « Plus tard, mais aussi parallèlement, la politique nationale a été plus irrégulière (Machine-outil, informatique, électronique), seul le programme micro-électronique a conduit à un succès avec. Souvent, la France s’est fait « piquer » ses inventions. Pire, certains innovateurs sont partis aux États-Unis ». Un français, par exemple est à la tête de Google TV aux États unis.

En revanche, il faut remarquer qu’au Canada, l’industrie des jeux vidéos et de l’aéronautique ont prospéré (Bombardier ou Ubisoft) grâce à une politique d’innovation intelligente.

« Depuis les années 1960, nous sommes restés figés sur des vieux schémas sans être capables de nous adapter. Les États-Unis, quant à eux, ont créé dans les années 1940 de puissants instituts de recherche (NASA, NSF, etc.) dont les travaux étaient relayés par les grandes entreprises privées. Dès 1952-1959, ils ont lancé une politique de développement des PME avec le SBA et le SBIC. A la première crise à la fin des années 1970, ils ont voté le Bayh- Dole Act (loi de 1980 qui a permis l’augmentation les brevets et licences des Universités américaines) pour accélérer les transferts technologiques vers les PME et donner un coup de fouet à l’innovation. Depuis les années 80, le programme SBIR (Small Business Innovation Research) encourage les petites entreprises qui lancent des programmes de recherche applicative en partenariat avec les grands instituts de recherche. Au début des années 2000, quand ils ont connu un nouveau déficit des échanges extérieurs technologiques, les Américains ont à nouveau lancé des travaux pour définir de nouvelles politiques publiques.

Cette démarche américaine repose davantage sur la pratique que sur la loi : le rôle de chaque niveau (clusters, villes, Etats, Etat fédéral) se précise par le bilan des expériences. Ce constat fonde la démarche de débat public du Forum qui se donne pour objectif de comparer les différentes politiques publiques d’innovation au niveau mondial pour s’inspirer de celles qui sont le plus efficaces.


(1) Intitulé"L’innovation, un enjeu majeur pour la France : comment dynamiser la croissance des entreprises innovantes ? »

(2) http://blogs.lesechos.fr/intelligence-economique/les-etats-unis-preparent-une-nouvelle-politique-d-innovation-a12611.html.

Thérèse Bouveret
Le 20-06-2013
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