Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Patrick Viveret : « Nous devons aller vers plus d’humanité »

Patrick Viveret et Calixte de Nigremont, l'animateur du congrès
En ouverture du congrès de Montpellier, le philosophe Patrick Viveret définissait les défis qui se posent à notre humanité en pleine métamorphose : sortir de l’enfance pour devenir vraiment adulte. Le chemin, sans doute, est encore long, mais certains signes permettent d’espérer.

S’il existe un juste combat, pour Patrick Viveret, c’est avant tout celui de la cause humaine. Car notre humanité est face à un rendez-vous critique qui peut la mener au pire – à sa propre destruction – ou au meilleur – vers une plus grande maturité.

La métamorphose que nous sommes en train de vivre, le philosophe préfère l’imaginer positive, nous menant vers le meilleur. Notre espèce, homo sapiens, n’a encore que quelques centaines de milliers d’années, très peu au regard de l’âge du monde. L’Homme est encore dans l’enfance, il est loin d’avoir fini sa maturation, loin d’être devenu adulte. Son attitude reste infantile. Elle correspond à ce que les Grecs appelaient la « pornéia», un amour d’absorption tout entier tourné vers la possession de la mère, des autres, des objets qui l’entourent. Ce désir égocentrique, éminemment prédateur, se caractérise par notre propension à fabriquer des armes, à détruire notre environnement, à y prélever sans mesure tout ce que nous pouvons y prendre et, aujourd’hui, à sombrer dans une sorte de dépression. Nous sommes les seuls responsables de notre mortalité infantile. Les menaces qui pèsent sur nous ne viennent que de notre barbarie intérieure, notre immaturité, notre inhumanité.

Économie du salut

Nous n’avons pas suffisamment grandi en humanité et, surtout, nous avons développé notre intelligence mentale, calculatrice, au détriment de notre intelligence émotionnelle et relationnelle, l’intelligence du cœur. Pour devenir complètement humains, deux étapes nous restent à franchir. Passer de l’égoïste pornéia à l’éros, amour de l’échange, qui reconnaît l’autre en tant que lui-même, et, mieux encore, aller vers l’agapê, amour du don, amour désintéressé.

Toute la période des temps modernes est en train de basculer. Sera-ce vers plus d’humanité ? C’est le défi qui nous est posé.

Max Weber, l’économiste et sociologue allemand (1864-1920), a montré comment nous étions passé, avec la naissance de l’ère industrielle, de l’économie du salut, caractéristique des sociétés religieuses où il faut « racheter » ses péchés pour éviter la damnation éternelle, au salut par l’économie, qui devait nous apporter le bonheur sur terre. Comment sortir de ce dernier cycle qui est loin d’avoir tenu ses promesses ?

Pertes et bénéfices

On assiste, depuis quelque temps, à un retour laïc de la recherche du salut, salut de l’environnement, de la planète et finalement de l’humanité. Faut-il y lire les signes d’une nouvelle aspiration à vivre mieux, d’un véritable changement de mentalité ?

Pour la comptabilité de l’économie du salut, on ne pouvait tirer de bénéfice que des bienfaits que l’on dispensait. (Les deux mots, bienfait et bénéfice, ont d’ailleurs exactement la même origine latine.) Et le péché était une perte au crédit nécessaire pour aller au paradis.

Dans notre économie actuelle, les bénéfices, fondés essentiellement sur la spéculation, ne sont plus source d’aucun bienfait. Il s’agit même de faire perdre les autres pour en accumuler inutilement toujours plus.

Dans notre nouvelle recherche de salut, il convient donc que nous nous interrogions sur ce qui est bénéfique ou destructeur pour l’Homme et pour la nature. C’est cette question centrale, conclut Patrick Viveret, qui doit aujourd’hui faire l’objet du débat démocratique. L’humanité ne devra son salut qu’à elle-même.

Bruno Tilliette
Le 17-07-2012
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