Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Qu’est-ce qu’un juste combat ?

Le congrès de Montpellier était placé sous le thème des « justes combats » du CJD. Mais qu’entend-on par cette expression ? En quoi un combat est-il juste ? Au nom de quoi un combat serait-il plus légitime qu’un autre ? Quels critères permettent de le définir ?

Le CJD prétend donc être porteur de « justes combats ». Et ce, depuis sa création, en 1938, puisque son fondateur, Jean Mersch, demandait à ses adhérents « qu’ils mènent avec désintéressement et vigueur le “combat jeune patron”, car toute idée qui s’affirme suppose une lutte, aux formes multiples, aux occasions sans cesse renouvelées, lutte qui s’attaque aux conceptions fausses comme aux institutions périmées du monde économique et social »[1].

Si Jean Mersch n’emploie pas le mot « juste », d’une certaine manière, il le sous-entend, puisqu’il ajoute, un peu plus loin : « Aussi bien ne doit-on pas se méprendre sur le sens du mot “combat”. S’il veut dire lutte aujourd’hui, il signifiera paix demain. Car le ressort le plus profond de cette lutte, c’est la générosité (…). Les jeunes patrons veulent une réforme totale et progressive de l’atmosphère de travail (…). Il leur semble, en effet, que les luttes d’intérêts que nous avons connues dans le monde de la production et du travail doivent faire place à une coopération harmonieuse ».

Feuille de route

Le cadre et la feuille de route étaient donc donnés dès le départ, synthétisés par une formule qui non seulement n’a rien perdu de sa force, mais se trouve même être aujourd’hui au cœur des choix qui se présentent à nous pour sortir de la crise économique et morale : « mettre l’entreprise et l’économie au service de l’homme ».

Et depuis, au fond, le CJD n’a fait qu’avancer sur cette route ardue et semée d’obstacles. Il est resté fidèle à cette mission initiale en essayant de la traduire concrètement, à chaque fois, dans la réalité de son époque. Ce fut, par exemple, et pour ne pas remonter trop loin en arrière, la lutte pour la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise en 1968. Ce fut la publication de la « Charte du bien-entreprendre » en 1982, puis celle de « l’entreprise citoyenne », dix ans plus tard qui affirme qu’est « citoyenne toute entreprise qui se reconnaît solidaire du destin de la communauté dans laquelle elle vit ». Et entre-temps, en 1986, la proposition de créer des « Conseils d’entreprise » première forme d’instance unique de représentation du personnel. C’est, depuis le début des années 2000, le travail de fond engagé pour proposer aux entreprises un outil de transformation : la démarche de performance globale. C’est encore cette année, la parution de l’ouvrage Objectif Oïkos[2] qui nous place dans la perspective d’un changement radical de notre fonctionnement économique pour qu’il soit réellement respectueux de la planète.

Démarche collective

Mais en quoi tous ces combats, conduits pour remettre l’économie au service de l’intérêt commun et de l’amélioration de nos conditions de vie, sont-ils justes ? En quoi sont-ils légitimes ? Robert Badinter, ancien ministre de la Justice et homme de grande hauteur morale, rappelle ici même que, dans une guerre, chacune des parties opposées pense que son combat est juste.

Tentons donc de définir ce qui, aux yeux du CJD, apparaît comme un juste combat.

C’est d’abord un combat « pour », plutôt qu’un combat « contre ». Autrement dit, il s’agit moins de s’attaquer aux idées et aux pratiques des autres, de se chercher des ennemis, que de proposer des idées et des pratiques nouvelles permettant au contraire, de dépasser les antagonismes, de créer des alliances. Et c’est aussi, de ce fait, un combat « avec », comme le suggère l’étymologie du mot (com-battre : se battre avec, se battre en commun).

Les combats du CJD répondent à une démarche collective d’entrepreneurs dans laquelle beaucoup de gens, extérieurs au mouvement, peuvent se reconnaître. Ils sont fédérateurs même si parfois, un peu trop en avance sur leur temps, ils ont du mal à être compris et paraissent utopiques.

Notre récente proposition de supprimer l’argent liquide pour lutter contre les fléaux de la drogue, de la corruption et du travail non déclaré fait souvent sourire nos interlocuteurs qui la trouvent aussi sympathique qu’irréaliste. On peut pourtant faire le pari qu’on y viendra. Dans les années 1980, nous faisions tout autant sourire, voire grincer des dents, quand nous insistions sur les responsabilités sociales et sociétales de l’entreprise. Elles sont aujourd’hui inscrites dans la loi.

Justice et justesse

Nos combats passent ainsi par le débat démocratique. Nous n’imposons jamais nos idées par la force, nous préférons convaincre, même si cela prend plus de temps. Et nous acceptons de reconnaître que nous nous sommes trompés si d’autres parviennent à nous convaincre.

Nos combats se veulent également justes aux deux sens de ce terme. Ils sont guidés en premier lieu par un souci de justice : une meilleure répartition entre capital et travail, un partage plus équitable des profits, une plus grande participation des salariés à la marche de l’entreprise, un rejet de l’exclusion, une reconnaissance de la diversité, l’accès de tous aux droits essentiels, santé, éducation, logement…

A cette dimension morale s’ajoute la dimension rationnelle de la justesse. Les propositions doivent être adaptées aux attentes de leurs destinataires pour qu’ils puissent les adopter. L’expérimentation, à laquelle nous soumettons les mesures que nous proposons, comme, actuellement, la démarche de performance globale, permet de les corriger et de les préciser pour qu’elles répondent, le plus justement possible, à la réalité et aux besoins de ceux qu’elles concernent.

Intérêt commun

Enfin, les justes combats du CJD se réfèrent à ses valeurs « cardinales » : responsabilité, solidarité, loyauté, respect de la personne humaine. Ils n’auraient pas de sens s’ils n’étaient pas nourris et soutenus par cette vision profondément humaniste que partagent tous ses membres et dans laquelle ils s’engagent pleinement. Les jeunes dirigeants croient qu’il est toujours possible de faire mieux pour que nous vivions tous plus heureux sur cette planète qui est notre maison commune. Pragmatiques, ils n’aspirent pas au « meilleur des mondes », idéologie dangereuse et rêve totalitaire, mais pensent, à la suite d’Edgar Morin, que cela ne doit pas nous empêcher de construire ensemble un monde meilleur. Généreux, comme le voulait Jean Mersch, ils privilégient l’intérêt commun parfois au détriment de leurs propres intérêts immédiats. S’il ne fallait qu’un critère pour marquer la justesse de leurs combats, celui-là est peut-être le plus pertinent.



[1] Extrait du premier cahier « Jeune patron » publié par le CJP, Centre des Jeunes Patrons, premier nom du CJD.

[2] Éditions Eyrolles, 2012.



Cet article a été publié dans le numéro 98 du magazine Jeune Dirigeant, consacré au congrès national du CJD de Montpellier, sur le thème des Justes Combats.
Bruno Tilliette
Le 23-07-2012
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