Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Moins riches, mais plus heureux »

Marc Halévy
ITW de Marc Halévy, auteur de Le Principe Frugalité - Une autre croissance pour vivre autrement, aux Éditions de l’Arbre d’or.

Jeune Dirigeant : C’est quoi le principe frugalité ?

Marc Halévy : C'est, finalement, faire beaucoup mieux avec beaucoup moins.

J. D. : Consommons moins mais mieux. N’est-ce pas la première leçon à tirer de cette crise qui est celle de l’abondance proliférante des marchandises ?

M. H. : Quelques chiffres nous aideront à comprendre : en 1800, il y avait un milliard d'humains sur Terre, 1,7 milliard en 1900, 6 milliards en 2000, 7 milliards en 2011 et sans doute 9 à 10 milliards en 2050. De plus, l'appétence consommatoire de tout ce joli monde subit, elle aussi, une croissance exponentielle qui se combine à la première. Face à cela, le stock global de ressources naturelles ne cesse de diminuer (en 150 ans, les humains ont consommé 80 % de toutes les réserves non renouvelables). Il ne faut pas avoir fait un bac plus 18 en math pour comprendre que ces deux courbes vont se couper pour nous faire passer d'une logique d'abondance à une logique de pénurie. Eh bien, c'est fait depuis de début des années 2000.

J. D. : Comment définir la pénurie à venir ?

M. H. : La pénurie n'est pas à venir. Elle est déjà bien là. Les pénuries les plus criantes, aujourd'hui, portent sur l'eau douce, les terres arables, les combustibles fossiles, les métaux non ferreux…

J. D. : Quelles autres leçons économiques tirer de la logique de pénurie qui est la nôtre ?

M. H. : Nous vivons une mutation paradigmatique cruciale et profonde, comparable à la révolution néolithique, dont la composante économique dit ceci : nous devons passer très rapidement de la quantité à la qualité, de la valeur d'échange à la valeur d'usage, de la croissance au développement. Nous devons comprendre que le développement économique en termes de valeur d'usage ne peut passer que par la décroissance des PIB et des chiffres d'affaires, par la décroissance des tailles de entreprises, par la décroissance démographique. Il ne s'agit plus de produire massivement des prix, mais d'engendrer sobrement de la valeur.

J. D. : Quels bénéfices pouvons-nous tirer d’une frugalité et d’une simplicité nouvelles ?

M. H. : Survivre, tout simplement… et donner une chance à nos petits-enfants de survivre aussi, même si ce sera bien moins facile et confortable pour eux que pour nous. Ils seront bien moins riches que nous, quoique nous fassions, mais tâchons, au moins, qu'ils soient plus heureux que nous !

J. D. : Quelles autres formes de croissance autres que la consommation ?

M. H. : Si j'étais utopiste, je répondrai : la croissance en sagesse. Comme je suis réaliste, je préfère répondre qu'en économie, le mythe de la taille et de la croissance est un fantasme de dinosaures. Nous vivons la fin du jurassique : les dinosaures sont déjà condamnés à disparaître et le règne des petits lémuriens agiles et graciles va bientôt commencer.

La doctrine absurde de la croissance est le fait des marchands d'endettement. L'avenir est au développement du qualitatif. J'oppose le développement à la croissance.


Cet article est paru dans le numéro 97 du magazine Jeune Dirigeant.

propos recueillis par yan de Kerorguen
Le 13-08-2012
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