Mai 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Consommation : économies rime avec écologie

Elisabeth Laville
La crise n'est-elle pas l'occasion de changer nos comportements de consommateurs ? Entretien avec Elisabeth Laville, fondatrice d’Utopies, cabinet de conseil dédié à la promotion du développement durable, et du site « mescoursespourlaplanete.com ».

Dirigeant : La crise, est-ce le bon moment pour changer certaines de nos habitudes ?

Élisabeth Laville : Cette crise étant celle d’un modèle, elle nous force à changer. Nous avons accumulé durant des années de mauvais réflexes et nous sommes aujourd’hui contraints – pour des raisons de pouvoir d’achat en baisse et de nouveaux arbitrages à faire dans notre façon de consommer - à les remettre en cause.

D. : Quelles formes prennent ces nouveaux réflexes de consommation ?

E.L. : Selon une étude menée par Cetelem début 2010, la crise a favorisé l'essor des produits d'occasion : 47 % des ménages européens jugent ainsi nécessaire d'acheter des produits de seconde main et 40 % y voient, de surcroît, un achat militant permettant de contribuer au recyclage ou d’échapper à la grande distribution. Sur ce point, la pratique suit les convictions : 64 % des interviewés ont acheté au moins une fois une voiture d'occasion, 60 % des produits culturels (livres, CD, jeux vidéo…) et 43 % du textile (vêtements). Une tendance qui devrait se développer, selon les initiateurs de l’enquête, car les marchés de seconde main permettent de faire des économies... mais aussi de gagner de l’argent quand le consommateur se fait vendeur. Autre constat significatif : les consommateurs n’ont plus honte de revendre leurs cadeaux de Noël ou de les acheter d’occasion. Ce qui était jugé comme un comportement de radin est aujourd’hui vu comme étant malin… Il y a, par ailleurs, un refus d’acheter des produits sans grande valeur ajoutée pour le client parce que les bénéfices ne sont pas avérés ou parce qu’ils sont surtout portés par une mode. La baisse des ventes d’eaux minérales ou de certains cosmétiques de grandes marques en est une illustration.

D. : Les locations ont également le vent en poupe…

E.L. :En effet, le succès des vélos en libre service dans différentes villes de France en est la preuve. C’est pareil avec la voiture. D’autant plus qu’en optant pour ce type de services, on se libère des servitudes de la possession et notamment du coût et du stress lié à l’entretien de son véhicule. Autres comportements notables : la consommation collaborative (échanges, dons…). Aujourd’hui, grâce aux technologies modernes, on peut même procéder à des trocs alimentaires, de bocaux sur le site Leparfait.fr ou de produits agricoles sur Letoutfermier.com.

D. : Est-ce que ces nouveaux modes de consommation sont le reflet d’une prise de conscience ?

E.L. : La prise de conscience va de pair avec la motivation financière. Il y a un intérêt plus grand pour ces pratiques parce qu’elles font faire des économies et parce qu’elles sont écologiques. La crise nous permet de les adopter pour cette double raison… C’est tout bénéfice. D’autant plus que ces habitudes ne vont pas disparaître une fois la crise derrière nous ; elles s’ancrent dans la société. La crise, c’est un accélérateur de tendances.

D. : Quels impacts sociaux et sociétaux ont ces nouveaux modes de consommation ?

E.L. : La consommation est un fait collectif et social. On consomme pour faire partie de la société. Au début certains comportements sont marginaux, puis ils le sont de moins en moins pour enfin se répandre à grande vitesse. Notons par ailleurs une sensibilité accrue au commerce équitable et à cette promesse d’une vie meilleure pour les paysans à l’autre bout du monde parce qu’eux aussi doivent surmonter des difficultés économiques, faire vivre leurs familles. La crise renforce la notion de solidarité. Quant aux nouveaux gestes de la vie quotidienne – ne pas gaspiller l’eau, contrôler sa consommation d’énergie… -, les études montrent que les gens y sont sensibilisés. Ils ont conscience qu’il faudrait acquérir certains de ces réflexes… mais dans la réalité, les comportements ne changent pas tellement. Cela dit, le fait que ça soit pensé comme une norme sociale, c’est la première étape avant que cela ne se généralise dans les pratiques. Des pratiques qui sont la préfiguration de l’après crise. C’est ce que nous sommes en train d’inventer.


Cet article est paru dans le numéro 97 du magazine Jeune Dirigeant.

propos recueillis par Anne Dhoquois
Le 30-07-2012
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