Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les jeunes en difficulté, une autre manière de travailler

Jean-Marc Steindecker
Solidarité intergénérationnelle, dialogue, confiance : les entreprises n’ont-elles pas à apprendre des jeunes en situation de fragilité économique et sociale ?

Fin 2010, un emploi sur quatre occupé par un jeune a bénéficié d’une aide de l’État. L’inflation de dispositifs publics d’insertion professionnelle au fil des années prouve on ne peut mieux la dimension contraignante de la relation entre les employeurs et les jeunes. Une contrainte décuplée lorsqu’il s’agit d’intégrer des jeunes en difficulté. Pourtant, les entreprises n’ont-elles pas beaucoup à apprendre de ces publics qu’elles ont spontanément tendances à écarter ?

Inverser la logique

Créée en 1957, reconnue d’utilité publique en 1973, la Fondation Jeunesse Feu Vert aide des jeunes et des familles en difficultés économique, sociale et d’insertion professionnelle. Au travers de nombreuses structures sociales (centres psychopédagogiques, foyer éducatif, centre d’hébergement, service d’aide à la formation et à l’insertion professionnelle, entreprise d’insertion professionnelle, atelier traiteur, centres de vacances), elle accueille chaque année plus de 7 000 jeunes (enfants, adolescents et jeunes adultes) dans quatre départements d’Île-de-France (Paris, Hauts-de-Seine, Essonne, Seine-Saint-Denis).

« En matière d’insertion, le postulat qui prévaut est celui selon lequel il faut se former pour travailler. Mais pour tous les jeunes qui sont déscolarisés depuis des années, l’idée même de la formation peut faire peur. Il faut donc peut-être inverser la logique : permettre l’expression de gestes professionnels qui pourront ensuite être transposés sur la base de formations techniques », développe Patrick Gosset, gérant d’Infobat, une des entreprises d’insertion de la fondation.

Nouveaux codes relationnels

En développant au travers de cette variété de structures une approche systémique de l’insertion, Jeunesse Feu Vert rompt avec les codes en vigueur dans le monde de l’entreprise. Alors que les organisations du travail ont souvent tendance à infantiliser les rapports humains, la démarche de prévention repose sur la capacité d’une équipe à construire une légitimité basée sur des relations paradoxalement très « adultes ». « La confiance, l’écoute, le sens du dialogue avec les jeunes, la franchise, la proximité, l’engagement quotidien des professionnels permettent d’apaiser les tensions. A condition bien sûr de se donner le temps nécessaire à un suivi extrêmement personnalisé », souligne Jean-Marc Steindecker, le président de la fondation.

Transparence, échange, sécurisation des parcours, solidarités intergénérationnelles : pour les employeurs, la logique de l’insertion peut également être l’occasion de mettre en œuvre une véritable démarche qualité : pilotage en interne, investissements sur la qualification des tuteurs, négociations au niveau des branches, promotion des bonnes pratiques. Une démarche qui associe les publics internes, bien sûr, mais aussi les personnels externes (intérimaires, prestataires, sous-traitants), ainsi que les clients, les fournisseurs, les relais d’opinion…

Et ça marche. Sur les trois dernières années, 60 % à 70 % des jeunes passés par les structures d’insertion de Jeunesse Feu Vert ont trouvé du travail.


Cet article est paru dans le numéro 97 du magazine Jeune Dirigeant.

Muriel Jaouën
Le 13-08-2012
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