Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Eva Joly : "Les PME sont au cœur de la transition écologique"

Eva Joly
La candidate d’EELV (Europe écologie les Verts) était visiblement très inquiète d’affronter un parterre de jeunes entrepreneurs. Un peu maladroite, elle a lu un discours préparé par ses conseillers. Mais son absence de rouerie politique, l’émotion qui perçait par moment, les convictions qui l’habitent ont finalement joué en sa faveur, car les jeunes dirigeants sont sensibles à la sincérité. Et c’est sans doute la candidate dont le programme est le plus proche de celui que propose le CJD dans Objectif Oïkos. Elle a, en tout cas, était celle qui a été la plus applaudie.

« Vous proposez une utopie réaliste, a entamé Eva Joly. Nous sommes dans la même démarche que vous. Nous voulons montrer que l’on peut dépasser ce qui paraît indépassable. Nous avons un horizon commun : construire une économie qui respecte les limites de la planète et qui se fonde sur la solidarité. Contrairement à ce que certains prétendent, l’écologie n’est pas l’ennemi de l’économie, elle n’est pas un problème pour le chômage, mais une solution. La transition écologique à laquelle nous appelons, comme vous, peut créer un million d’emplois. C’est un secteur porteur d’avenir, car il demande énormément d’investissement humain dans de nombreux domaines : économies d’énergie, isolations des bâtiments, constructions nouvelles, réorganisation des transports…

Les PME que vous représentez seront d’ailleurs les grandes gagnantes de cette transition écologique. Elles sont au cœur de la transformation parce qu’elles correspondent, par leur taille, par leur implantation dans leur territoire, au modèle de société décentralisé que prône EELV. C’est pourquoi nous souhaitons, par exemple, la mise en place d’un Small Business Act au niveau européen et demandons que les marchés publics inférieurs à 70 000 euros soient réservés aux PME ».

Corruption

Concernant directement les propositions du CJD, la candidate écologiste bute sur celles qui concernent la fiscalité. Si elle est d’accord sur le caractère injuste de celle-ci, veut combattre les paradis fiscaux et créer un impôt plancher de 17 % pour toutes les entreprises, elle refuse la TVA sociale qui, selon elle, pénaliserait le pouvoir d’achat des plus modestes. Paradoxalement, elle pense également qu’il est encore trop tôt pour introduire des biotaxes. Mais, à l’inverse, il faut faire attention aux avantages fiscaux qui encouragent la consommation d’énergie.

L’ancienne juge d’instruction doute aussi de l’efficacité de la suppression de l’argent liquide : « Cela ne supprimera pas la grande corruption qui a bien d’autres moyens de faire circuler et blanchir l’argent. Ce sont des centaines de millions qui s’échappent par UPS. La corruption n’a pas reculé depuis les années 1990 faute de volonté politique ».

Sur les autres points, l’accord est quasi total. Remettre du long terme dans l’économie ? Eva Joly veut y réfléchir avec le CJD. En attendant, elle est évidemment favorable à une taxe sur les transactions financières qui permettrait notamment de créer une banque publique d’investissement moins soucieuse de rentabilité à court terme. Un nouveau droit de l’entreprise ? Il manque en effet une loi pour protéger les salariés et l’outil de travail. Mais il y a besoin, plus largement d’un nouveau souffle démocratique dans l’entreprise : EELV demande qu’il y ait 50 % de salariés dans les conseils d’administration. Et surtout, il faut rénover le dialogue social pour lutter contre la souffrance au travail.

Souffrance

« En effet, enchaîne Eva Joly, sa voix un peu tremblante manifestant une émotion sincère, le stress en entreprise me touche particulièrement. La pression de la productivité, la standardisation des métiers, la négation des savoir-faire et de l’autonomie des salariés, considérés comme des machines, conduisent à des drames insupportables comme ceux qu’a connus France Télécom. Cette souffrance est également liée à la perte de sens. Les Français cherchent pourtant à se réaliser dans leur travail. Ce n’est pas à eux de s’adapter à des conditions de travail parfois inhumaines. C’est au travail de s’adapter à l’humain. Le CJD, qui veut mettre l’économie au service de l’homme, porte cette révolution ».

Initiatives

« Puisque vous pensez que les PME en général et le CJD en particulier, interroge alors un des participants, sont au cœur de l’indispensable conversion de l’économie à l’écologie, quelle est votre vision de l’entrepreneur ? » « Je suis la seule candidate qui a travaillé, pendant près de trois ans, à sauver des entreprises. C’est là que j’ai pu apprécier leur créativité, leur esprit d’initiative et c’est pourquoi je suis convaincue que c’est avec vous qu’il faut trouver des solutions pour notre avenir. »

« Oui, mais, questionne un autre chef d’entreprise, comment fait-on pour aller du plus vers le mieux ? » « Nous accumulons trop d’objets, nous sommes obsédés par la quantité. Nous devons nous orienter vers la croissance de ce qui donne de la qualité à la vie, qui nous fait du bien : la culture, l’art, l’aide aux personnes dépendantes, les énergies vertes, l’amélioration de l’habitat…

Regardez le scandale des moteurs diesel qui représentent 75 % des véhicules produits en France, un triste record mondial. Et bien si on diminue l’usage du diesel, cela amènera une décroissance des particules fines et une croissance de la santé. Il faut abandonner le PIB, pour intégrer des les questions environnementales dans un nouvel indicateur plus global. Nous devons changer nos comportements et aller vers une société qui partage plus, en commençant tout de suite, à petits pas. »

Bruno Tilliette
Le 9-04-2012
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