Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


François Bayrou : « Vous êtes la clé de l’avenir »

François Bayrou
« J’ai voulu venir moi-même parce que vous êtes un point clé du changement. La France ne peut pas se résumer à deux propositions politiques. Vous êtes les défenseurs d’un pluralisme politique. » Après les représentants des deux « grands » candidats, Xavier Bertrand pour l’UMP et Laurent Fabius pour le PS, François Bayrou était en effet le premier des candidats à s’être déplacé en personne pour réagir sur les propositions du CJD. L’assistance lui en a d’autant su gré qu’il lui a parlé sans détour et sans langue de bois, en la caressant toutefois un peu dans le sens du poil.

« Cette campagne est malheureusement historique, au sens négatif du terme, déplorait d’emblée le président du Modem : aucun de sujets essentiels n’est traité sérieusement. Prenons, par exemple, notre endettement colossal. En approchant les 90 % du PIB, la dette atteint un seuil où elle menace d’être hors de contrôle. Or, les deux candidats de la gauche et de la droite s’engagent sur des dépenses nouvelles, donc sur une augmentation de la dette. Ce n’est pas sérieux ! C’est un déni de la réalité. Dans une campagne électorale, on doit regarder les problèmes en face. Il est impossible de financer notre service public et notre modèle social sans une production forte. Vous êtes au centre des solutions, parce que vous représentez la capacité productive de ce pays. En étant créateurs et entrepreneurs, vous êtes la clé de l’avenir et c’est avec vous que l’avenir doit être pensé. »

Et c’est parce qu’il souhaite encourager la création et la réussite par tous les moyens que le candidat du Modem se dit opposé à la pénalisation fiscale de ceux qui réussissent, faisant allusion à la taxation à 75 % des très hauts revenus ou à celle des « exilés fiscaux » proposés par ses rivaux : « C’est comme si on mettait sur la porte de la France : interdit de réussir, même si, pour ma part, je pense qu’il y a bien d’autres réussites que la réussite matérielle ».

Humanisme

Après ce préambule, François Bayrou en vient aux 12 propositions du CJD pour 2012. L’agrégé de lettres classique et ancien ministre de l’Éducation nationale ne pouvait manquer de réagir sur le terme Oïkos qui symbolise la vision du CJD : « Merci d’avoir choisi ce beau mot grec qui montre votre tradition humaniste… ». S’il est d’accord sur les trois quarts des propositions, il se montre plus sceptique sur les mesures fiscales, « parce que c’est très compliqué à faire changer ». La TAN (Taxe sur l’actif net) lui paraît étrange parce qu’il y a une différence de nature juridique entre entreprise et personne que la taxe semble ignorer. La TVA sociale l’intéresse parce qu’elle comporte un principe juste : la nécessité d’élargir la base d’imposition au-delà du travail. Mais il doute de son efficacité. Il faudrait augmenter la TVA d’au moins cinq points, donc la porter à 25 %, ce qui la rendrait très élevée et, selon lui, cela ne permettrait de baisser les charges que de 10 %.

Il fait siennes, par contre, les autres propositions qui trouvent toutes un écho dans son propre programme. Il y a inscrit, par exemple, la reconnaissance de la communauté de travail des salariés dans l’entreprise en proposant de les faire entrer dans les comités de gestion, voire dans les comités de rémunération. Il souhaite aussi favoriser les investissements durables selon les principes de la BEVA (Bourse éthique à viscosité assurée) et rappelle qu’il a toujours défendu la taxe Tobin, « cette taxe sur les transactions financières pouvant d’ailleurs constituer une nouvelle base pour les charges sociales ».

Réalisme

L’idée de supprimer l’argent liquide ne lui semble pas irréaliste. Un premier pas dans ce sens consisterait pour lui à abaisser à 1 000 euros, au lieu de 3 000, la possibilité de régler une dépense en espèces. Le droit de veto de la Cour des comptes sur la croissance des dépenses publiques va dans le sens de la « règle d’or » qu’il défend : « Je ne comprends pas la lâcheté ou le laxisme des politiques qui ont décidé de faire rembourser les dépenses de fonctionnement et les feuilles de sécurité sociale par la dette, c’est-à-dire par nos enfants et petits-enfants. C’est un scandale moral ».

Quant à un « pacte fédérateur pour la zone euro », le candidat y est favorable si cela permet de remettre « un minimum de démocratie dans l’Union européenne, pour que les citoyens comprennent mieux son fonctionnement et pour la rendre plus attractive à leurs yeux ».

Si François Bayrou apparaît donc largement en phase avec les idées du CJD et si son réalisme économique - cesser de creuser le déficit - semble plaire aux entrepreneurs présents, un doute s’installe chez l’un d’entre eux : « Comment, interroge-t-il, maintenir la croissance du budget de l’État à 0 %, quand on sait que personne n’y est parvenu depuis trente ans ? ». Il faut d’abord, répond l’ancien ministre, faire pièce aux mensonges véhiculés par Nicolas Sarkozy et François Hollande qui tablent sur une croissance de 2,5 % par an, ce qui est une illusion. Mais pour lui : « il est possible d’avoir deux ans sans augmentation du budget en travaillant sur une meilleure organisation de l’administration, en y généralisant l’usage. Il faut avoir la volonté d’imaginer différemment nos services publics pour faire des économies et avoir en même temps un meilleur service ». En la circonstance, le candidat à la présidentielle ne fait-il pas preuve, lui aussi, d’un optimisme un peu illusoire ?

Bruno Tilliette
Le 9-04-2012
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