Juin 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


A la recherche des biocarburants de 2e génération

Le développement des biocarburants de 2e génération devient une priorité politique. Le projet Pilote Futurol est le premier pilote européen de production de bioéthanol.

« Avec ce pilote de 180 000 litres par an, nous sommes à la moitié du projet Futurol porté par Procéthol 2G sur 8 ans pour produire des biocarburants liquides de deuxième génération. Au vu des résultats en 2013, nous déciderons de nous engager ou non dans la construction du prototype de 3,5 millions l/an pour atteindre la phase industrielle en 2016 (180 millions l/an) si tout se passe bien », déclarait Frédéric Martel, le directeur de ce projet lors de l’inauguration du premier pilote de production de bioéthanol de deuxième génération à Pomacle-Bazancourt près de Reims (Marne). « Jusque là le prix de revient a été divisé par deux, il faudrait en faire autant. L’objectif étant d’atteindre le prix des carburants de première génération. Nous ne sommes pas en retard. Il y a un projet concurrent au Brésil, et le seul projet concurrent en Europe est le pilote Inbicon au Danemark », ajoute Dominique Dutartre le directeur de Procéthol 2G.

10 % de biocarburants dans les transports

Le projet Futurol rassemble onze partenaires pour un financement global de 76,4 millions d’euros, dont 30 millions d’euros d’OSEO ISI. La CGB (Confédération générale des Planteurs de Betteraves), le Crédit Agricole du Nord-Est, Unigrains, Total, Champagne Céréales, Tereos et l’ONF (Office National des Forêts) sont associés ; l’ARD (Agence Régionale de Développement), l’IFP EN (Institut Français du Pétrole Énergies Nouvelles), l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) et Lesaffre sont impliqués dans la R&D. « Nous sommes engagés dans les différents projets de production de biocarburants en capitalisant sur les travaux réalisés dans les années 1980 : biodiesels de première génération, bioéthanol par la voie biochimique avec le projet Futurol mais aussi biogaz ou carburant liquide en suivant l’approche thermochimique (1) avec le projet BioTfuel de Sofiprotéol (d’un montant global de 120 millions d’euros) », déclare Olivier Appert, le président de l’IFP EN. Selon lui, ce sont des voies complémentaires et échelonnées dans le temps, le développement des biocarburants à partir de micro-algues étant une voie possible d’ici vingt ans.
Pour l’instant, il s’agit d’atteindre les objectifs de la directive européenne énergies renouvelables soit 10 % de biocarburants pour les transports d’ici 2020. Sur les 45 millions de TEP (tonnes équivalent pétrole), il devrait dans un premier temps y avoir 35 millions de TEP biodiesels et 10 millions de TEP bioéthanol.

Deux défis

100 chercheurs de 12 équipes peuvent venir tester sur le pilote la mise à l’échelle de briques technologiques conçues en laboratoire. Il s’agit de vérifier celles qui présentent le meilleur bilan technique, économique et environnemental. « Le respect de l’environnement est au cœur même du projet Futurol qui se veut exemplaire », précise Dominique Dutrartre convaincu que « le défi du climatique est aussi important que le défi alimentaire ».
Cette usine servira à développer des techniques d’extraction de la cellulose, sélectionner des enzymes et des levures et mettre au point les procédés d’hydrolyse et de fermentation des sucres les mieux adaptés à chaque configuration de matière première : résidus et coproduits agricoles (pulpe de betterave, paille), biomasse forestière (taillis à courte rotation de saule, pin de Douglas), cultures dédiées (miscanthus, switchgrass). Il faut écarter celles qui pourraient entrer en concurrence avec les productions destinées à l’alimentation. La pulpe de betteraves (coproduits de première génération) présente un rendement analogue à celui de la canne à sucre.

L’inconvénient : elle est destinée prioritairement à l’élevage du bétail. Le bois est d’un rendement de 5 à 25 tonnes/an selon les variétés, mais la déconstruction de la lignocellulose est plus difficile que celle de la paille sauf que cette dernière doit être gardée pour la restitution au sol (en cas de sécheresse) et l’affouragement pour l’élevage.

Les recherches s’orienteraient donc sur le miscanthus giganteus, une sorte de roseau poussant à partir d’un rhizome. Riche en biomasse et nécessitant peu d’intrants, cette plante peut être cultivée sur des zones laissées vacantes par l’agriculture et pas encore revenues à l’état de forêt. Exploité pendant 15 ans, il atteint son plein rendement en 3 ans, mais sa productivité pourrait être accélérée par sélection génétique et sa digestibilité par la sélection d’enzymes performantes. Si les verrous technologiques sont levés, le prototype devrait être construit en 2015 sur un des sites industriels du groupe Tereos en France.

(1) Bois résineux chauffés de 800 à 1 000 °C transformés en charbon de bois puis en gaz ou liquide).


Article publié en collaboration avec Place Publique

Thérèse Bouveret
Le 5-03-2012
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