Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Tunisie : vers une nouvelle culture du dirigeant post révolutionnaire

Slim Ben Ammar
Le texte qui suit est l’éditorial du rapport d’activité 2009-2011 du CJD Tunisie. Slim Ben Ammar, président sortant, tire les leçons de la révolution tunisienne pour les chefs d’entreprise. Rappelons que le CJD Tunisie, créé en 1998, compte aujourd’hui 500 adhérents répartis sur 8 régions.

Jamais l’entreprise n’a été aussi centrale qu’aujourd’hui. L’avenir de la Tunisie, le progrès socio-économique et la création d’emplois en dépendent et en sont les principaux corollaires. Après la révolution du 14 janvier, dans un contexte de chômage aigu et de récession, on pouvait s’attendre à ce que nos entreprises, créatrices de richesses et d’emplois, soient choyées et hissées en haut du podium. Paradoxalement, il n’en est rien. Pire encore, jamais l’entreprise et ses dirigeants n’ont été autant pointés du doigt, autant incriminés, avec ce que cela a pu avoir comme conséquences destructrices tant pour l’entreprise que pour les employés eux-mêmes. Contre toute attente, l’entreprise, espace de socialisation par excellence, s’est ainsi retrouvée dans l’épicentre de cette lame de fond révolutionnaire, pour devenir même le siège favori des revendications, des récriminations et des violences.

Est-ce là le signe d’une inconscience collective ? Une volonté de revanche des syndicats qui usent de leur pouvoir pour manipuler la masse allant jusqu’à jeter le bébé avec l’eau du bain ! Ou est-ce là un signal fort de rupture, un refus inconditionnel de la gouvernance des entreprises telle qu’elle s’exerce aujourd’hui ?

En fait, durant ces derniers mois, si les dérapages ont été fréquents, il n’en demeure pas moins que les dirigeants dont le management a respecté des principes éthiques, des principes de concertation sociale et une politique RH éclairée ont pour la plupart tiré leur épingle du jeu et de surcroît, ont vu parfois leur entreprise protégée par les salariés eux-mêmes.

Alors, dans cette étape historique, à la fois risquée et douloureuse, mais aussi pleine d’espoir, nous sommes tentés d’accueillir ces réactions comme des messages de bonne santé, comme des désirs de vivre et travailler autrement, d’assister à la renaissance de l’entreprise tunisienne, de voir naître un nouvel entrepreneuriat et une nouvelle lignée de dirigeants plus conscients des nouveaux enjeux et équilibres, plus transparents et résolument enclins au dialogue social et au management participatif.

Toute la question est de savoir si nos dirigeants d’entreprises et nos entrepreneurs seront prêts à relever les défis de ce changement inéluctable exigé par le nouveau contexte post révolutionnaire de la Tunisie. Changement de vision, changement de valeurs, de mode opératoire, de relation au quotidien, un processus, qui requiert en amont une transformation personnelle du dirigeant, fruit de sa profonde conscience quant à la nécessité de changer et de sa propre volonté de se remettre en question.

Cela nous amène inévitablement à la question cruciale de la formation, la formation des dirigeants eux même, leur formation au vrai métier de dirigeant : celui de visionnaire stratège, qui sait fixer le cap, fédérer et mobiliser les personnes, donner l’exemple, et enfin et surtout, jouer son rôle d’animateur transformationnel qui sait initier et conduire le changement.

C’est pourquoi au CJD, nous plaçons la formation au cœur de notre mission, convaincus que nous sommes, que, diriger est un métier qui s’apprend ! Qui s’apprend par la formation aux aptitudes indispensables pour exercer efficacement ce métier, mais aussi par la réflexion, l’échange et l’expérimentation qui facilitent la métabolisation et l’appropriation de cet apprentissage.

Outre la formation tout au long de la vie, le CJD, nous le rappelons, défend un principe fondamental, celui d’une économie au service de l’Homme, une vision de la gouvernance de l’entreprise qui place l’humain au cœur de toutes les préoccupations. Ce concept qui depuis la naissance du CJD en 1938 n’a connu aucune ride, se cristallise aujourd’hui autour d’une idée encore plus forte, celle de la performance globale, qui conjugue harmonieusement l’économique, le social, le sociétal et l’environnemental pour donner du sens à l’entreprise, du sens à la vie et du sens à notre combat au quotidien.

Cette philosophie de l’entreprise constitue la pierre angulaire du mouvement international du CJD. Ce réseau des réseaux qui a vu le jour en mars 2010 et qui compte aujourd’hui 12 pays consacre précisément sa mission à la promotion du concept de la performance globale afin que l’entreprise du XXIe siècle soit, autant à Paris, à Casa, à Québec ou à Tunis, une entreprise responsable, solidaire et durable.

Enfin et compte tenu de l’importance des enjeux actuels en Tunisie, nous sommes tentés de dire que perfectionner et recycler les aptitudes des dirigeants, parfaire leur formation et les initier au concept de la performance globale est aujourd’hui crucial pour notre pays. En effet, ces personnes qui constituent le haut de la pyramide sont censées être les véritables vecteurs démultiplicateurs du changement. Aussi, dans le contexte actuel, est-il stratégique pour notre société de commencer tout d’abord par « mettre à niveau » ces locomotives afin de provoquer au plus vite les changements contagieux, les plus positifs qu’ils soient, à toutes les échelles managériales de l’entreprise et, partant, réaliser un gain de temps considérable pour notre économie. En conséquence, il serait pertinent que l’État place la formation des dirigeants et managers, tant publics que privés, en haut de son agenda.

Autant dire tous à l’école, ou plutôt tous au CJD !

Slim Ben Ammar
Le 5-12-2011
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