Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Handicap : « Les aménagements profitent à tous »

Jack Bernon
A quoi faut-il penser pour faciliter le travail des handicapés, en fonction du type de handicap : poste de travail, horaire, circulation ? Pour Jack Bernon, responsable du département santé et travail, à l’ANACT (Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail), on a tout a gagner à mener une réflexion être plus large sur l’ensemble des conditions de travail des salariés

jeune-dirigeant.fr : Comment concrètement adapter les conditions de travail pour les travailleurs handicapés ?

Jack Bernon : La question de la notion de handicap est quelque peu déformée par la loi qui encadre le handicap. Il est nécessaire de sortir d’une définition construite pour atteindre le seuil des 6 %. Il faut élargir le regard et considérer la population au travail dans son ensemble : chacun des individus a ses propres caractéristiques et peut se trouver, au cours du travail, face à une situation de handicap. L’objectif est donc que, pour quiconque, le travail puisse se réaliser dans de bonnes conditions. Si une personne est physiquement handicapée, elle doit bénéficier d’un aménagement spécifique pour contribuer à la production dans de bonnes conditions. C’est aussi le cas, par exemple, des salariés qui ont des restrictions médicales, au bout de 7 à 10 ans d’ancienneté, telles que « ne pas soulever de charges ». Après 14 ou 15 ans d’ancienneté, l’exclusion peut alors se manifester par des démissions ou des incapacités totales.

Ce type de situation montre tout l’intérêt d’une réflexion de prévention très en amont. Dès l’apparition de la première restriction, ces travailleurs ne sont pas catégorisés comme travailleurs handicapés bien qu'ils soient déjà en situation de handicap. Les entreprises ont aussi à prendre en compte une nouvelle catégorie de travailleurs de plus en plus présente : les personnes atteintes d’une maladie chronique évolutive. Il y a trente ans, une personne victime d’un cancer, par exemple, ne revenait pas travailler après un traitement, les rémissions étaient plutôt rares. Aujourd'hui, elle le peut, mais affaiblie. Les entreprises ont tout intérêt à investir dans la démographie du travail pour suivre dans le temps les populations au travail et comprendre les processus d’usure qui peuvent conduire à l'exclusion.

Il y a aussi les personnes qui ont un handicap de naissance ou par accident. Comment l'organisation s'adapte-t-elle pour les accueillir ?

Nous avons observé qu'il ne faut pas aborder le problème sous les seuls angles de l'environnement de travail ou de l'accès au travail. C'est l'analyse du travail dans sa dimension collective qui permet de comprendre les exigences d'un contexte de travail afin de mettre à la disposition de la personne handicapée toutes les ressources nécessaires : couloir large, plan incliné, type de tutorat, d'accompagnement, soutien de l'encadrement, outils facilitants, allégement de la charge de travail et répartition temporelle adéquate... Les aménagements bénéficient à tous. Le regard se transforme : les handicaps sont alors pris en compte comme un élément de la diversité. Ce qui a permis d'améliorer le poste de travail et les situations de travail participe à la prévention du risque d'un handicap pour un autre. L'idée de scénario permet d'imaginer des solutions pour éviter la désinsertion. Il faut réfléchir à ces questions au sein de l'entreprise pour mettre en place une action préventive, en regroupant une équipe pluridisciplinaire : médecin du travail, préventeur, assistantes sociales, psychologues, CHSCT (Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail).

Comment prendre en compte les différents types de handicap ?

Les salariés peuvent avoir des déficits fonctionnels provenant d’une maladie, d’un accident du travail ou de la vie privée, d’une affection congénitale, du vieillissement, c'est-à-dire à d'une usure naturelle. Ces déficits peuvent être compensés ou non (par des lunettes ou des prothèses), ensuite il faut voir, en fonction des situations de travail rencontrées, si cette compensation est possible ou non, ou bien si la situation de travail est complexe à aménager. Si une personne a une hépatite et revient travailler dans un centre d'appel, par exemple, l'entreprise fait preuve de souplesse et l'autorise à ne pas prendre le même nombre d'appels. Le fait d'être au travail est aussi thérapeutique.


Thérèse Bouveret
Le 26-08-2011
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