Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Des PME nombreuses et variées sont un atout majeur de développement »

Gilles Le Blanc
A la demande du CJD, Gilles Le Blanc, professeur d’économie à Mines ParisTech et directeur du CERNA, a réalisé un état des lieux de la situation des PME en France. Il rappelle ici les grandes lignes de ce rapport remis fin juin à Michel Meunier.

jeune-dirigeant.fr : A quoi répond ce rapport sur les PME et la croissance ?

Gilles Le Blanc : On parle beaucoup des PME, mais on les connaît mal. Les responsables politiques, les médias s’intéressent surtout au CAC 40 où l’emploi est concentré et visible. Il y a un déséquilibre énorme d’approche entre les grands groupes et les PME, par exemple en termes d’aides publiques. On répète souvent l’importance des PME pour l’emploi, mais cela reste plus un slogan qu’une orientation prioritaire de politique publique. Le président du CJD m’a demandé un état des lieux descriptif permettant de mieux cerner l’évolution, la dynamique et le poids des petites et moyennes entreprises. Un des objectifs est de lever certaines idées reçues diffusées sur les PME et de mettre en évidence le décalage entre les discours politiques et les pratiques sur le terrain dans les domaines de la formation, du financement, de la R&D.

Quel est l’état des lieux ?

La difficulté est d’établir des données basées sur des catégories homogènes. J’ai utilisé les données statistiques et financières de la Banque de France pour les étudier. Le monde de l’entreprise recouvre des catégories très différentes. Il y a deux millions d’entreprises unipersonnelles, principalement dans les services. On compte ensuite un million d’entreprises de 1 à 9 salariés. Cet ensemble cumulé représente 95% des entreprises françaises. Je me suis intéressé aux entreprises de dix à 250 salariés, soit un groupe d’environ 200 000 PME. Ces dernières pèsent 36 % de l’emploi et 31 % de la valeur ajoutée de l’économie (hors agriculture, services financiers et administration). De 250 et jusqu’à 5 000 salariés, on trouve l’entreprise de taille intermédiaire (ETI), plus nombreuses en Allemagne qu’en France.

Pourquoi s’intéresser à la taille des PME ?

G. L. B. : Dans l’échantillon défini avant, la PME moyenne compte 20 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 4,3 millions d’euros. C’est très petit si l’on compare aux entreprises européennes. Dans la compétition globalisée, il est vrai que la taille peut jouer un rôle non négligeable. La capacité à croître est un élément important pour s’imposer sur les marchés. On estime souvent que les PME doivent grossir et devenir des ETI. Mais ce n’est pas une obligation pour réussir. Il n’y a pas de loi économique qui impose de grandir. C’est la concurrence qui selon les cas, les secteurs, les marchés, détermine une taille minimale pour être efficace. En outre, l’écart d’un facteur trente en effectifs montre que fusionner des PME pour construire des ETI n’est pas très réaliste.

Quels sont donc les forces des PME ?

G. L. B. : Leurs atouts sont non négligeables. Observons qu’un tiers de l’emploi salarié se trouve dans les PME de 10-250 salariés. C’est considérable. Un autre tiers est dans les ETI et un troisième tiers dans les grandes entreprises de plus de 5000 personnes. Les PME participent ensuite aux gains de productivité donc à l’enrichissement du pays. Sur dix ans, la valeur ajoutée par salarié y a augmenté de 30 %. Une autre idée reçue consiste à dire que les PME n’exportent pas ou n’investissent pas. C’est faux. En réalité, le taux d’exportation moyen des PME est de 9 % et leur taux d’investissement de 16 %. C’est certes deux fois moins et cinq points de moins que les grandes entreprises, mais loin d’être négligeable ! Le vrai point à travailler est que cet effort est très majoritairement le fait d’un quart des PME seulement.

Quels sont les effets de la crise sur les PME ?

En dépit d’une hausse des faillites en 2008 et 2009 (lié au grand nombre d’entreprises), l’impact financier de la crise est paradoxalement moins marqué dans les PME que dans les ETI et dans les grands groupes. Certaines PME sont cependant plus touchées que d’autres : les filiales de sociétés étrangères (dont le nombre a beaucoup augmenté sur 20 ans). Plus performantes que les autres en conjoncture favorable, elles subissent plus fortement le choc de la crise (chiffre d’affaires en recul de 11 % deux fois plus que les autres PME) avec des conséquences plus négatives pour l’emploi.

Quelles propositions faites-vous ?

Un des objectifs est d’établir une hiérarchisation des mesures d’aides. L’enjeu est de pouvoir conseiller à l’État comment aider efficacement les PME. Aidez-les, elles vous le rendront avec la croissance. Les enquêtes montrent que la création d’emploi a été principalement le fait des PME à la différence des grands groupes qui eux, en ont détruit. Reste la question de savoir si ces emplois créés sont de bons emplois, s’ils sont bien payés, s’ils sont pérennes. Les paramètres de taille ne doivent pas être des obstacles pour l’accès aux marchés financiers, aux facilités de trésorerie et au crédit bancaire. Quand les taux d’intérêt sont en hausse, cela les fragilise. Nombre d’entre elles s’autofinancent. Il est possible de réaliser des économies d’échelle pour ne pas être handicapé par la taille, par exemple en matière de Recherche & Développement. Il y a également des solutions imaginables de mutualisation comme les groupements d’employeurs. La taille n’est pas automatiquement facteur de succès. Beaucoup de PME sont profitables. Pour un pays, disposer de PME nombreuses et performantes offrant une variété d’approches, de modèles et de technologies est en effet un atout majeur dans les domaines émergents de la santé, l’environnement, les loisirs...

A quoi va servir cet état des lieux ?

Le but de ce travail est d’énumérer les points critiques, de faire réagir le CJD autour de proposition et de solliciter les adhérents, par questionnaire, à intervenir avec leurs idées.


Cet article est également paru dans le numéro 94 du magazine trimestriel Jeune Dirigeant.

Propos recueillis par Yan de Kerorguen
Le 5-09-2011
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