Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Pour une réforme des aides à l’innovation en France

Arnuad Groff
Crédit Impôt Recherche (CIR), statut de Jeune Entreprise Innovante, Pôles de compétitivité : depuis quelques années, les pouvoirs publics ont multiplié les dispositifs d’aide à la R&D des entreprises, espérant en faire un foyer d’innovation, et, à partir de là, de croissance et d’emploi.

Le hic, c’est que plusieurs rapports récents, comme ceux du centre d’analyse stratégique ou du cabinet international Hamilton, démontrent qu’il n’y a en fait aucun lien direct entre le niveau d’investissement en R&D et la croissance des entreprises ! Si la seconde peut financer la première, l’inverse est beaucoup plus aléatoire.

Ne pas rester techno-centrés
Résultat de cette vision techno-centrique : 90 % des aides du CIR sont en fait allées dans les grandes entreprises, se transformant en allégement fiscal déguisé, tandis que 80 % des entreprises françaises étaient de fait exclues de l’aide à l’innovation !
Il y a bien sûr de nombreux exemples d’innovations techniques qui ont été des réussites, mais au CJD nous sommes de longue date convaincus qu'en termes de croissance et d’emplois, les innovations sur l’organisation de l’entreprise - les processus - ou sur les nouveaux services sont tout aussi productives que la seule technologie. Sans parler du délai nécessaire pour transformer un prototype en succès commercial ! Une preuve ? Une étude récente montre que les PME qui deviennent des entreprises de taille intermédiaire (ETI), enjeu national majeur, le deviennent par diversification ou précisément par innovation dans les services.
Aussi, nous serions bien plus efficaces si nous prenions les problèmes dans l’autre sens. Quels sont les besoins ? Ainsi, alors que nous restons focalisés sur la technologie, le rapport Morran, par exemple, explique que les USA ont une vision de l’innovation basée sur les usages. Dans ce cas, le moteur est la créativité en général, et pas seulement la R&D.

Pourquoi une norme unique ?
En pleine période de conflits d'intérêts, notre système actuel entraîne deux effets pervers : une quasi captation des aides par un cartel de cabinets de conseil spécialisés dans le montage de dossiers et rémunérés au pourcentage avec au final cette question : pour quelle innovation concrète ? Et, à l'arrivée, un constat : l'exclusion de fait des entreprises qui ne répondent pas au cahier des charges « techno-centrés » de ces cabinets qui, eux-mêmes, n'ont rien trouvé de mieux que de créer un syndicat (ASCOFI, ndrl) pour tenter de protéger leurs intérêts directement auprès d'OSEO et de s’associer entre eux pour que les aides obtenues servent à financer leurs propres actions de conseils en technologie.

Et ce syndrome ne se limite pas à la France. En effet, de nouvelles « normes » Européennes sont en préparation pour 2014 qui conditionneront les aides à venir. Mais pourquoi faire une norme unique pour toute l’Europe en innovation alors que la solution est de tenir compte des spécificités économiques et culturelles des pays membres ? Mis à part permettre aux organismes de normalisation et cabinets de consulting « exécutants » d'avoir un marché privilégié, ce type de démarche n'apportera rien aux entrepreneurs : essayons aussi de normaliser la créativité pendant que nous y sommes !

Des critères globaux
Il est donc urgent de réorienter les aides de l’État en fonction de critères liés à la créativité globale des entreprises plutôt que de maintenir un système normatif basé sur les dépenses en R&D. Avec ses indicateurs de « performance globale » (économique, sociale, sociétale, et environnementale), le CJD propose une matrice opérationnelle à partir de laquelle l’innovation réelle d’une entreprise pourrait être mesurée, et les aides publiques accordées au fur et à mesure des résultats.
Une révolution ? Peut-être, mais les entrepreneurs ne lancent pas leur démarche d’innovation pour vivre sur les aides mais bel et bien pour inventer demain !

Arnaud Groff est délégué national CJD à la création de valeur et cofondateur du cabinet Inovatech 3V.

Arnaud Groff
Le 5-04-2011
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