Novembre 2019


Retrouver le sens des responsabilités...

© Can Stock Photo / focalpoint
Et si, au lieu de nier la gravité des événements malheureux qui nous arrivent, nous nous interrogions sur leurs causes afin d’en tirer des leçons ? Se donner la peine de voir la réalité en face peut éviter que ces événements ne se reproduisent. Mais il s’agit de faire face à ses responsabilités…

Cela fait un an qu’un feu rouge ne fonctionne pas à un carrefour de la Défense. C’est pas grave. Il n’y a pas eu d’accident que nous sachions… D’ailleurs, pas mal d’éclairages ne fonctionnent dans le lacis autoroutier de la Défense. Aucun mort encore à notre connaissance. Donc, c’est pas grave. Non loin de là, il était environ 13 heures ce samedi 7 avril quand des matériaux, transportés par l’une des grues du chantier de la tour Saint-Gobain, se sont soudainement décrochés, vraisemblablement à cause d’une charge trop importante. Dans leur chute vertigineuse, à environ 170 mètres de haut, les charges de la grue se sont écrasées au pied de l’édifice sur le boulevard circulaire, touchant violemment l’un des véhicules qui y circulaient. Le toit et le capot d’une voiture Mini ont été complètement enfoncés par la violence du choc. Par miracle, le conducteur de la petite citadine, qui était seul à bord, n’a pas été blessé puisque les matériaux sont tombés sur le côté passager. » Pendant six heures, le boulevard circulaire a été fermé à la circulation. C’est pas grave, on a l’habitude : « le 18 février dernier, une nacelle s’était décrochée du sommet de la tour, sans là-aussi faire de victime. Puisqu’il n’y a pas eu de mort, aucune raison de ne pas continuer. Sans les journaux pour parler de cela, on pourrait mal travailler en tout tranquillité. Personne n’est responsable !

Les mauvais esprits signalent des négligences dans les hôpitaux. Faut-il raconter l’histoire de cette opération de la hanche, décalée de deux jours parce que l’on avait livré une prothèse gauche et non pas droite, opération effectuée en hâte dans un planning saturé ? La prothèse a été mal posée, mais le radiologue n’a rien dit et le chirurgien a affirmé n’avoir jamais vu quelqu’un récupérer si vite et si bien. L’opéré garde un pied douloureux et paralysé à vie ! C’est pas grave, l’hôpital et le chirurgien n’ont pas eu d’ennui. C’est le principal, ils peuvent continuer à travailler comme ça !

A Nice, les mesures nécessaires pour interdire, le 14 juillet 2016, la Promenade des Anglais aux véhicules, n’avaient pas été prises. Le terroriste a pu bien travailler, il a fait des reconnaissances avec son camion avant de revenir tuer 86 personnes et en blesser 458. Est-ce bien grave ?

Le 1er octobre 2017, un homme poignarde deux femmes devant la gare de Marseille. « Le terroriste avait été arrêté à Lyon pour vols quelques jours avant le drame. Il était en situation irrégulière et aurait dû être placé en centre de rétention. Mais, ce jour-là dans la préfecture du Rhône, il n'y avait personne pour enclencher la procédure. L'homme est donc relâché ! La défaillance conduira au limogeage du préfet. « Défaillance ? »

A présent, la catastrophe de Notre-Dame de Paris émeut tout le monde. Mais ce n’est que le nième monument détruit par des négligences ou des actes stupides, sans compter les malveillances, comme l’incendie criminel qui a détruit le théâtre de la Fenice à Venise. En 1888, un feu d’artifice a mis le feu à la charpente de la cathédrale Saint-Étienne de Metz. Le 28 janvier 1972, la cathédrale de Nantes a été incendiée par le chalumeau d’un ouvrier. Des fusées de détresse tirées par des manifestants, le 4 février 1994, ont provoqué la destruction du Parlement de Bretagne à Rennes. Le 7 novembre 2003,le clocher de la basilique de Sion en Lorraine s'est enflammé à cause d’un court-circuit. L’on n’a pas tiré les leçons de plus d’un siècle de catastrophes. Le rédacteur en chef du magazine La Tribune de l’art, Didier Rykner, dénonce le manque d’entretien dont souffrent, selon lui, les monuments historiques, notamment les églises parisiennes. « C’est l’incendie de trop ! (…) Il y a déjà eu une série d’incendies de ce type. Les prescriptions pour les travaux sur monuments historiques étaient insuffisantes ».

Plutôt que de chercher des boucs émissaires, ce que l’on ne manquera pas de faire, il importeque Notre-Dame provoque un choc psychologique suffisant pour convaincre les négligents qu’il est plus que temps de recommencer à travailler correctement. Dans les administrations, comme dans les entreprises publiques et privées, de très mauvaises habitudes laxistes se sont installées. Il est urgent de rompre avec ce laisser-aller, de retrouver le sens du travail au quotidien et de commencer par anticiper.

Partout, on doit absolument se poser la question dérangeante : « quelle catastrophe pourrait-elle arriver ? », qu’il s’agisse d’un accident majeur, d’une malveillance, d’une défaillance humaine ou de la faillite de l’organisation. « Qu’est-ce qui pourrait provoquer cette catastrophe ? Comment s’organiser pour rendre quasi impossible sa survenue ? Pour réagir efficacement si elle arrive quand même ? » Le problème est moins technique qu’éthique : il faut retrouver l’imagination et le courage nécessaires pour ne plus fermer les yeux.


Arlette et André-Yves Portnoff
Le 9-05-2019
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