Avril 2019


Le théorème des singes ou la puissance du conditionnement

© Can Stock Photo / ajancso
Connaissez-vous le « théorème des singes » ? C’est une histoire qui explique sur le mode de la fable pourquoi les choses ont du mal à évoluer au sein des sociétés ou micro-sociétés. Une histoire qui explique l’ampleur de notre conditionnement à travers une expérience comportementale menée sur des chimpanzés. Expérience réelle ou fictive, peu importe : c’est l’enseignement que nous pouvons en tirer qui l’est.

Imaginez une vingtaine de chimpanzés isolés dans une pièce dans laquelle se trouve, tout en haut d’une échelle, une banane. Dès qu’un singe commence à escalader l’échelle, tous les autres reçoivent automatiquement une douche froide. Très rapidement, les chimpanzés comprennent qu’ils ne doivent pas escalader l’échelle, sous peine d’être copieusement arrosés.

La douche est ensuite désactivée, mais les chimpanzés conservent l’expérience acquise : ils ne s’approchent pas de l’échelle et n’essaient en aucune façon d’y grimper.

Puis, un des singes quitte la pièce et un nouveau le remplace. Lorsque ce dernier s’approche de l’échelle, les autres singes l’agressent violemment et le repoussent. On fait sortir un second chimpanzé et on le remplace par un nouveau. Lui aussi subit une sévère déconvenue en tentant d’escalader l’échelle. Même le singe précédemment arrivé – et qui n’a pas connu l’épisode de la douche froide – se joint aux autres pour donner la leçon en agressant son congénère.

L’expérience se poursuit. Tous les chimpanzés ayant subi la douche froide sont un à un remplacé. Une fois tous les singes remplacés, qu’observe-t-on ? Que tous restent conditionnés à ne pas approcher l’échelle. Les singes refusent automatiquement d’aller chercher la banane. Pourtant, aucun d’entre eux n’a jamais été aspergé. Si l’un d’entre eux s’y essaye, il est immédiatement puni par les autres.

Absurde ? Sans doute. Et pourtant ces grands singes que constitue l’espèce humaine ne raisonnent pas autrement que leurs cousins chimpanzés.

Dans l’entreprise, combien de règles dont nous avons perdu le sens perdurent ? Lorsqu’une règle ou une procédure est mise en place, c’est à un moment précis, dans un contexte donné. Mais le temps passe et l’environnement change. Et dans cet environnement, les acteurs changent également. Des salariés quittent l’entreprise, d’autres la rejoignent. Le poids et l’inertie de l’organisation sont parfois tels que nous restons parfois prisonniers d’habitudes immémoriales. Comment se délester de ce fardeau ? En (re)trouvant la capacité à s’étonner. Très bien, mais de quelle manière ? En se questionnant régulièrement. D’accord, mais c’est-à-dire ?

« Pourquoi faisons-nous ainsi ? » Réponse : parce que nous avons toujours fait comme cela. Déroger aux habitudes, c’est prendre le risque d’être incompris, moqué et peut-être même parfois sanctionné. Nous nous retranchons alors dans la justification ou même l’excuse. Il faut donc transformer le « pourquoi » en « pour quoi ». Reformulées de la sorte, les questions acquièrent une puissance inédite ; les voilà qui se propulsent vers l’avenir au lieu de chercher à s’ancrer dans le passé. Elles sondent la finalité, l’objectif et non plus les causes. De fait, elles motivent.

« Pour quoi faisons-nous cela ? » Ce changement basique dans la manière de poser la question permet de faire le tri entre les bonnes habitudes et les mauvaises, le fertile et le stérile, l’essentiel et l’accessoire…


Antoine Lefranc
Le 2-04-2019
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