Juillet 2019

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Les leçons de la crise de 2008... pour mieux préparer la prochaine

© Can Stock Photo / bennymarty
Une économiste chinoise, Qian Liu, met en garde les Etats-Unis.

Son analyse de la situation présente est dans le droit fil de toutes celles qu’on peut lire partout dans le monde. La crise de 2008/2009, dit-elle, a failli provoquer une banqueroute globale, emporter tout le système financier mondial. Les dirigeants politiques de l’époque sont parvenus à prévenir ce fatal scénario avec l’aide de ceux des Banques centrales. En renflouant les banques en urgence et en usant de stimulants monétaires massifs.

Mais, poursuit-elle, ce ne sont là que shoots massifs d’adrénaline : ça ranime le patient sans ne le guérir. Soigner des économies malades aurait requis des réformes de structure. Il aurait fallu réformer la fiscalité, les législations du travail, investir massivement dans l’éducation et la formation. Plusieurs pays auraient dû repenser leurs systèmes de retraite, que l’augmentation de l’espérance de vie rend insoutenables. On a préféré, en Occident, acheter du temps.

Car les Occidentaux, ces terribles démocrates, sont bien trop obsédés par les péripéties de leur vie politique pour pouvoir mettre en œuvre des réformes ambitieuses, aux résultats à long terme. Ah, c’est sûr, en Chine populaire, la participation des citoyens à la vie politique de leur pays ne les détourne pas trop de leur travail…

Mais Qian Liu a raison lorsqu’elle attaque les Etats-Unis et l’Europe sur l’usage qui a été fait des énormes quantités de monnaie créées pour éponger la crise. Au lieu de financer les méga-plans de formation de leur main-d’œuvre, ces crédits disponibles ont servi, une fois de plus, à spéculer… Aux Etats-Unis, dit-elle, le marché de l’immobilier a non seulement rattrapé, mais dépassé ses cours de 2006. La bulle immobilière, qui était la cause directe de la crise des subprimes s’est donc reconstituée. Les Américains sont incorrigibles. Ils n’achètent pas tant des maisons pour y loger leur famille, que pour gagner de l’argent en les revendant. Et le cours des actions à Wall Street est vertigineusement déconnecté des performances réelles des sociétés. Or, « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel »... Gare à la chute !

Il faut redouter des troubles sociaux en Occident, poursuit Qian Liu. Ils seront provoqués par les ruptures technologiques qui ne vont pas ralentir, des crises migratoires, les angoisses nées de la mondialisation, la polarisation des électorats. Surfant sur ces angoisses et ces colères, des leaders populistes, toujours plus nombreux, se feront élire. Et leurs fausses solutions ne faisant qu’aggraver les choses. Ils chercheront des dérivatifs à l’extérieur. D’où les conflits redoutés.

Quelles leçons peut-on tirer de la manière dont a été gérée la crise de 2008 ? Quels sont ses effets aujourd’hui ? Que peut-on faire pour éviter la prochaine ?

Le FMI a récemment rendu publique une analyse assez révélatrice. Premier constat : parmi les 180 pays étudiés, il convient de distinguer entre ceux qui ont connu une crise bancaire et les autres, car ce sont surtout les premiers qui ont souffert. Ils furent 24, dont 18 sont des économies procurant des revenus élevés.

91 économies représentant les 2/3 de la production mondiale ont connu une baisse de la production en 2009. Soit le pire choc traversé depuis la fin de la dernière guerre. Ce sont les 24 pays qui ont connu une crise bancaire qui ont le plus morflé. Pourtant, les autres ne se portent pas forcément mieux : 60 % de ceux qui n’ont pas dû encaisser une crise bancaire en plus n’avaient pas encore retrouvé, l’an dernier, leur niveau de production d’avant-crise.

Mais les principales observations du FMI, dix ans après les faits tiennent en quelques constats :

Primo, ce fut une crise financière pour les pays occidentaux, mais une crise économique pour tous les autres. A cet égard, le stimulus économique décidé en urgence par les dirigeants chinois à l’époque – représentant 10 % du PIB de leur pays – a joué un rôle d’amortisseur absolument décisif.

Deuxio, le principal effet de la crise a été de freiner les investissements : ils ont perdu un quart de leurs montants en dix ans. Et cela expliquerait le fameux ralentissement de l’innovation qu’on déplore depuis quelque temps.

Tertio, les pays les plus durement frappés sont ceux qui ne disposaient pas de la possibilité de jouer sur leurs taux de change – et c’était le cas de la zone euro.

Quarto, oui, il fallait sauver les banques – les liquidationnistes, qui prônaient leur mise en faillite, afin de leur faire supporter les dégâts qu’elles ont-elles-mêmes causés, avaient tort. Mais par contre, il n’était peut-être pas indispensable de sauver les banquiers…

Le FMI conclut par trois tâches urgentes : normaliser d’urgence les politiques monétaires. Imaginer les réponses à apporter lorsque la prochaine crise va se déclencher – et de préférence en amont de la crise, car une fois qu’elle sera lancée, ce sera trop tard. Et enfin, tenter de réparer les dommages causés par cette crise à la crédibilité des Occidentaux. Et là, il reste du boulot…


Brice Couturier
Le 1-03-2019
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