Juillet 2019

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La crise des subprimes est-elle réellement derrière nous et le système financier mondial entièrement rétabli ?

© Can Stock Photo / alphaspirit
L'année passée, nous n’avons pas célébré seulement la victoire du 11 novembre 1918, mais aussi un événement, certes beaucoup moins meurtrier que la Grande Guerre, mais pas particulièrement glorieux, lui : la faillite de Lehman Brothers.

La crise financière de 2008 a fait perdre à nos économies des milliards. Certaines n’en sont pas encore entièrement remises, qui n’ont pas retrouvé le niveau de production qui était le leur il y a dix ans. Or, la question, aujourd’hui, dix ans plus tard, n’est plus de savoir s’il y aura une prochaine grande crise systémique, mais quand elle aura lieu ? d’où elle va partir ? et comment elle peut se propager ?

L’ancien Premier ministre travailliste Gordon Brown, en fonction 10 Downing Street en 2008, disait récemment que nous sommes comme des « somnambules » qui marchons en toute inconscience, vers la prochaine crise financière.

Non seulement, disait-il, nous sommes à présent dans un monde sans leadership – Trump refuse ce rôle, traditionnellement exercé par les Etats-Unis, mais les nous avons brûlé toutes nos cartouches lors de la dernière crise. Quand la prochaine éclatera, nous serons à court de munitions.

On a remboursé des dettes en créant de nouvelles dettes...

Un économiste de l’Université de Reading, Nafis Alam, commentant les propos de Gordon Brown, énumère pour The Conversation, les raisons pour lesquelles l’ancien Premier ministre britannique a raison.

Primo, le dernier incendie financier, provoqué, rappelons-le, par des emprunts impossibles à rembourser – les subprimes – a été éteint à coups… de nouveaux emprunts, surtout contractés par les Etats. On a donc épongé des dettes par de la dette. Aujourd’hui, la dette mondiale atteint le taux extravagant de 225 % du PIB mondial. Les économies des pays avancés sont aussi endettées qu’au sortir de la Seconde guerre mondiale. La charge de ces dettes commence à peser lourdement sur le budget de beaucoup de ces Etats, qui négligent, de ce fait, des investissements nécessaires. Mais ce sera bien pire, tous les économistes mettent en garde, quand les taux d’intérêt vont revenir à des niveaux normaux. D’où l’appel, lancé par Christine Lagarde, la patronne du FMI aux Etats : « réparez votre toiture pendant que le soleil brille encore »…

La guerre commerciale USA/Chine inquiète le monde entier.

Secundo, les investisseurs, parce qu’ils sentent tourner le vent, ont commencé à rapatrier les capitaux qu’ils avaient investis dans les pays émergents. Ils préfèrent les Bons du Trésor américains, beaucoup plus rassurants. Du coup, certaines de ces économies émergentes plongent littéralement – c’est notamment le cas de la Turquie, de l’Indonésie ou de l’Argentine. Mais la conséquence, c’est une monnaie américaine dopée, juste au moment où Trump aurait préféré affaiblir le dollar afin de reconquérir des parts de marché à l’international.

Oui, et c’est le tertio de Nafis Alam. Cette guerre commerciale en cours entre les Etats-Unis et la Chine inquiète toute la planète, qui redoute les effets d’un freinage général de la mondialisation. Or, les Etats-Unis et la Chine sont les deux Etats les plus endettés du monde. Certes, les Chinois ne sont pas tout blancs et ils ont beaucoup abusé du libéralisme de leurs concurrents, sans le pratiquer eux-mêmes. Mais personne ne sait si Pékin finira par céder, malgré les effets désastreux que provoque ce bras de fer sur l’économie chinoise. En attendant, la baisse des cours des actions, en Chine, risque de propager la panique à l’ensemble des économies asiatiques.

Le shadow banking draine les capitaux spéculatifs.

Quarto, la majorité des grandes banques, en échange de leur renflouement par les Etats, ont été réformées et elles sont désormais surveillées. Le niveau de fonds propres qu’elles doivent légalement détenir pour faire face à une nouvelle crise a été considérablement augmenté et leur liberté de spéculer à outrance, limitée. Fort bien. Mais du coup, la spéculation s’est déportée vers la « finance de l’ombre » ; et toute sorte d’institutions, comme les compagnies d’assurances et les hedge funds, elles, ne se gênent pas. Cette finance de l’ombre représenterait, en Chine, 130 % du PIB. Gare à l’éclatement des bulles ! En outre, les banques de plusieurs pays européens, comme celles de l’Italie, de l’Espagne et de la Grèce, présentent encore des bilans douteux.

Quinto, « la prochaine crise financière pourrait bien être provoquée par des cyberattaques sur le système financier numérique, qui est aujourd’hui entièrement interconnecté. »

La prochaine méga-crise en 2020 ?

Bref, Gordon Brown a raison de nous mettre en garde. La banque JP Morgan elle-même estime que la prochaine crise aura probablement lieu en 2020. Et la vérité, c’est que nous n’avons anticipé aucune des mesures qui pourraient empêcher sa rapide diffusion à l’ensemble d’un système parfaitement mondialisé…


Brice Couturier
Le 8-02-2019
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