Février 2019

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La crise est-elle derrière nous ?

© Can Stock Photo / focalpoint
Le rythme actuel de la croissance mondiale, 3,5 %, est sensiblement équivalent à celui des trois dernières décennies.

Certains économistes estiment que la Loi Dodd-Frank, votée en 2009 et 2010, a été trop loin. Cette loi visait notamment à protéger le marché immobilier des emprunteurs insolvables ; ce sont eux qui ont provoqué la crise des subprimes. Elle cherchait à empêcher les banques d’accorder des prêts risqués sur la base d’hypothèques douteuses, en obligeant les emprunteurs à des versements d’acompte substantiels. Eh bien, cette partie de la loi a été édulcorée par un parti, les Républicains, qui entend favoriser l’accès à la propriété. De même les exigences de fonds propres des banques américaines ont été récemment rabotées.

C’est ce qu’écrit Jeffrey Frankel, un économiste de Harvard. Au contraire, poursuit-il, les Européens, dans l’ensemble, ont fait preuve d’exigence envers leurs banques et elles apparaissent aujourd’hui beaucoup plus solides qu’il y a dix ans. Pas toutes. En Italie, l’affaire n’est pas réglée. Les Asiatiques, de leur côté, ont augmenté le ratio prêts/valeur, du moins en période de forte croissance, ce qui leur permettra éventuellement de les abaisser si la croissance venait à ralentir.

La croissance est repartie.

Réponse de l’économiste britannique qui a inventé l’acronyme « BRICs » en en 2001, Jim O’Neill : le rythme actuel de la croissance mondiale, aux alentours de 3,5 % l’an, est satisfaisant. Grâce aux pays émergents. Mais la croissance était demeurée élevée durant la décennie précédente, à 3,7 %. Et au cours des deux dernières décennies du XX° siècle, cette croissance mondiale avait connu un rythme de 3,3 %. Autrement dit, rien de vraiment nouveau sous le soleil. Non, ce qui a changé, par contre, c’est la part de la Chine dans le PIB mondial. Le PIB de l’Empire du Milieu a tout simplement triplé entre 2008 et 2018, passant de 4,6 trillions de dollars en 2008 à 13 aujourd’hui. D’ailleurs, Jim O’Neill ne croit plus aux « BRICs ». Il ne faudrait conserver que le C pour Chine, déclarait-il récemment. Le Brésil, la Russie, et même l’Inde ne jouent pas dans la même cour.

Or, justement, pour cet économiste, la crise de 2008 a été largement imputable au déséquilibre des échanges entre la Chine et les Etats-Unis. Les USA consommaient beaucoup plus qu’ils ne produisent. La Chine, à l’inverse, misait trop sur ses exportations pour tirer sa croissance. Les choses ont eu tendance à s’améliorer. Les Chinois sont devenus, en dix ans, de gros consommateurs. Du coup, l’excédent commercial chinois devrait retomber, cette année, au-dessous de 5 % du Pib. Résultat remarquable pour un pays qui, encore une fois, est parvenu à tripler son PIB en dix ans.

Les inégalités de patrimoine ont explosé.

La bulle immobilière américaine a été le déclencheur de la crise de 2008, dite des subprimes. Or, fait observer Jim O’Neill, aujourd’hui, les prix de l’immobilier dans certaines grandes villes, comme Londres, New York, Sydney, ou Hong Kong ont explosé. Sous la demande d’investisseurs étrangers qui ne savent plus où placer leurs excédents de capitaux. C’est malsain, parce que cela chasse de leurs villes les vieux résidents. On peut espérer que ces nouvelles bulles se dégonflent, avant d’exploser, sous l’action des municipalités de ces grandes cités.

Mais cette hausse du marché de l’immobilier s’est répercutée sur les inégalités de patrimoine qui sont devenues extravagantes dans certains pays. Avoir acheté son appartement à Londres il y a 25 ans fait de vous automatiquement un riche propriétaire, quels que soient vos revenus. Or, ces inégalités de revenus, contrairement à ce qui est régulièrement affirmé, ne se sont pas creusées, d’après Jim O’Neill. Elles sont revenues au niveau qui était le leur dans les années 80. Certes, écrit cet économiste, « la perception commune des inégalités de revenus tend à exagérer leur réalité. » Mais cela tient à l’envol des revenus du top des dirigeants de grandes sociétés, sous l’effet de modes de rétribution complexes, et notamment en actions.

Car, du côté des Bourses, la hausse des marchés d’actions, précisément, est continuelle. A quoi cela tient-il, sachant que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ? », comme il faut le rappeler sans cesse aux boursicoteurs. A l’extraordinaire faiblesse des taux d’intérêt. Car, partout dans le monde, on a multiplié les fusions-acquisitions et les sociétés se sont mises à racheter leurs propres actions. Et elles y sont encouragées par les taux ultra-faibles sur les emprunts. Mais cette politique, relativement aberrante, est sans doute l’une des causes du problème actuel principal pour nos économies : la préoccupante faiblesse de l’investissement…


Brice Couturier
Le 25-01-2019
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