Juin 2019


Comment sortir d'une crise financière ?

© Can Stock Photo / alphaspirit
Une économiste de premier plan, Carmen Reinhart, Américaine née à Cuba, et son mari Vincent. Ils cosignent dans la revue Foreign Affairs, un article intitulé « Ce que nous aurions dû retenir de 2008 ». C’est un compte-rendu critique assez complet de ce qui a été fait, de ce qui aurait dû être fait, et de la manière dont on devrait s’y prendre la prochaine fois…

Première leçon : il ne faut pas se tromper de crise. Une crise financière n’est pas une simple récession. Les récessions sont à peu près inévitables dans les économies qui connaissent des cycles. Les crises financières sont bien plus douloureuses. L’histoire économique récente devrait nous en avoir avertis. Lorsque l’Argentine a fait défaut sur sa dette publique en 2001, le PIB par habitant et le niveau de vie a dégringolé de 21 % et le pays mit quatre ans à retrouver la situation précédente. Ce qui était plutôt rapide, en réalité. Car, en Indonésie, après la crise de 1997, le rétablissement a pris sept ans…

La crise de 2008, quant à elle, a provoqué une chute de 26 % du PIB par habitant en Grèce et de 12 % en Italie. Des catastrophes jamais vues en temps de paix. Ce qui caractérise les crises financières, c’est la vitesse avec laquelle elles détruisent des actifs ; la chute de l’un entraîne automatiquement la chute d’un autre, en cascade. Comme lors de la fameuse « crise des tulipes » en Hollande, au XVII° siècle. Ou celle de la Bourse de New York, en 1929.

Ce qui a entraîné la crise de 2008, c’est l’effondrement du marché de l’immobilier américain, dopé à mort par les subprimes. Or, les maisons constituent un actif très important dans un pays de propriétaires, comme les Etats-Unis. Les banques les utilisent comme collatéral dans un grand nombre d’opérations complexes. Tout un système d’obligations était indexé sur les prix de l’immobilier. Ceux-ci s’effondrant, c’est tout le système bancaire qui se contractait, puis s’effondrait sur lui-même.

Alors, comment sortir d’une crise financière ?

Récupérer d’une crise financière nécessite, d’après les Reinhart, d’en passer par trois étapes. D’abord, le pays touché doit faire honnêtement le bilan des actifs détruits. Cela peut prendre du temps et se révéler compliqué lorsque les Etats ont adopté des mesures destinées à protéger certains de ces actifs. Car leur valeur se trouve provisoirement surestimée. Le marché américain de l’immobilier avait fait l’objet de telles mesures, inspirées de bons sentiments. Diverses lois protégeaient les acquéreurs de maisons incapables de rembourser contre l’expropriation.

Deuxième étape : attribuer les pertes. Qui va perdre quoi ? Si l’Etat ne fait rien, alors on laisse les banques accumuler des créances douteuses qui plombent leurs bilans et qui peuvent entraîner leur faillite. Et c’est là que les Etats-Unis et l’Europe ont divergé. Aux Etats-Unis, on a fait subir aux banques, dès 2008, des stress tests pour prendre la mesure de leur résistance. Puis on les a renflouées. Pour des raisons politiques, l’Europe n’a pas eu cette vitesse de réaction : certains gouvernements ne voulaient pas admettre publiquement l’ampleur des pertes subies chez eux. Ils le paient encore aujourd’hui, comme l’Italie.

Cinq pays européens ont été particulièrement touchés : la Grèce, l’Islande, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie. C’est qu’ils ont laissé subsister un système bancaire perturbé, chargé de mauvaises dettes et que ces Etats eux-mêmes étaient trop endettés pour être en mesure d’apurer les comptes de leurs banques. Mais la Grèce et l’Italie ont procrastiné, tandis que les trois autres ont pris le taureau par les cornes et s’en sont bien sortis.

Ensuite, troisième point, il faut combattre la récession, en adoptant de vigoureuses mesures de relance. Entre 2008 et 2011, les 10 pays les plus touchés ont dépensé pour ce faire en moyenne 25 % de leur PIB. Mais là encore, l’Europe a perdu du temps. Tandis qu’à la FED, Ben Benanke décidait d’écraser les taux d’intérêt, dès décembre 2008, puis dégainait ses « mesures non conventionnelles », la BCE a attendu 2012 pour prendre le taureau par les cornes. Mario Draghi, déclarant qu’il ferait absolument tout pour préserver l’euro.

Il faut remarquer que ces politiques « non conventionnelles » sont allées au-delà de ce qui est acceptable en démocratie. Car les banques centrales, contrairement aux Parlements, ne rendent pas de comptes de leurs décisions – même lorsqu’elles outrepassent manifestement leur mandat. Ce qu’a fait la FED, en soutenant certaines institutions financières et pas d’autres, certains secteurs d’activité — et même certaines entreprises, de manière purement discrétionnaire. La FED est ainsi devenue un acteur politique majeur. En outre, le fait qu’elle soit devenue la détentrice d’une part importante de la dette publique américaine risque, à l’avenir, de miner son indépendance.


Brice Couturier
Le 11-01-2019
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