Décembre 2018

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Qu’est-ce qui a poussé Donald Trump à lancer les Etats-Unis dans une guerre commerciale avec la Chine ?

© Can Stock Photo / gina_sanders
La guerre commerciale ? Bien davantage qu’une tentative de rééquilibrage de la balance commerciale américaine.

On taxe Trump de mercantilisme, lorsqu’il menace de frapper de droits de douane un nombre croissant d’importations chinoises aux Etats-Unis. Mais le bras de fer avec la Chine ne procède pas de la même logique que celui qui vient de se terminer avec le Mexique, par un accord commercial renégocié. Il ne s’agit pas simplement de réduire le déficit commercial américain. Le Mexique n’est pas le rival des Etats-Unis dans la course au leadership mondial – comme c’est bien le cas de l’Empire du Milieu. Pour Pékin, la prééminence stratégique passe par la précellence technologique. Et c’est ce que le vise à lui assurer le Plan Made in China 2025.

En taxant les importations chinoises, Trump poursuit bien davantage qu’un rééquilibrage de la balance commerciale américaine. La bagarre du début de l’année sur l’acier et l’aluminium était trompeuse. Oui, la Chine s’est dotée, dans ce domaine, de surcapacités qui lui ont permis d’inonder les marchés mondiaux et de casser les prix. Mais la sidérurgie, c’est typiquement une industrie d’hier. De la « vieille économie par excellence », comme écrit Daniel Gros. Le véritable objectif de Trump est tout autre : il veut empêcher la Chine de se servir aux Etats-Unis, pour les dépasser dans la course à l’acquisition des technologies de pointe.

La politique chinoise a changé. Les Etats-Unis ont mis du temps à s’apercevoir que ce n’était pas un accident de parcours.

L’historien singapourien Wang Gungwu observait récemment que les Occidentaux raisonnent en termes d’idéologie, et les Chinois selon une logique de systèmes. Les Américains ont trop tendance à surinterpréter les changements de ligne adoptés par la direction du Parti communiste chinois. Ce qu’ils prennent pour une refermeture de la Chine n’est qu’une adaptation réaliste à leur situation intérieure : la population vieillit, les salaires augmentent très vite. Le pays ne peut plus faire dépendre sa croissance de ses seules exportations.

Les Américains ont mis un certain temps à prendre conscience, des conséquences, pour eux, du changement de stratégie impulsé par Xi Jinping. Ils avaient toléré, dans le passé, un certain nombre d’asymétries dans les relations entre les deux pays, dans l’idée qu’elles ne seraient que provisoires. Or elles tendent, au contraire, à s’aggraver.

Du coup, la politique américaine traditionnelle d’ouverture crée des vulnérabilités qui ne sont plus tolérables pour Washington. C’est pourquoi, écrit Elizabeth C Economy, la directrice des études asiatiques au Council on Foreign Relations, « il est temps, pour l’administration Trump de penser à nouveaux frais la notion de réciprocité. » Ainsi, les obstacles de toute sorte mis par la Chine à l’activité des sociétés étrangères sur son propre sol devraient donner lieu à des mesures protectrices américaines équivalentes. D’ores et déjà, Trump a mis son véto à l’acquisition, par des grandes compagnies chinoises, de fleurons américains dans des secteurs qualifiés de « stratégiques ».

Mais la politologue américaine suggère à son président toute une gamme de nouvelles mesures de rétorsion, afin de parvenir à un rééquilibrage des relations entre les deux puissances. Des plus symboliques aux plus offensives.

Dans certains cas, la punition pourrait être assez légère, comme, par exemple, l’interdiction d’ouvrir de nouveaux Instituts Confucius sur le territoire des Etats-Unis : il en existe déjà une centaine. Les universités américaines dont certains des professeurs sont interdits de séjour en Chine pour s’être montrés trop critiques envers le gouvernement chinois, devraient être invitées à refuser l’installation dans leurs locaux d’un Institut Confucius.

Dans le domaine commercial, les investissements chinois devraient être freinés dans tous les secteurs où la Chine elle-même interdit la pénétration étrangère à ses propres marchés. Cela va des télécoms aux transports, en passant par la construction et les médias.

Mais écrit Elizabeth Economy, « tandis que Xi pose de nouveaux défis aux Etats-Unis, il offre aussi une nouvelle opportunité : celle, pour Washington, de le tenir publiquement responsable de la prétention chinoise à assumer des responsabilités mondiales qui vont avec le leadership. » Le Bangladesh, pays pauvre, a accueilli 650 000 réfugiés rohingya de Birmanie. La Chine, aucun, en outre, elle bloque toute tentative de mobiliser sur leur sort le Conseil de Sécurité.

Sur le plan géostratégique, et face à la montée en puissance chinoise, que peuvent réellement les Etats-Unis ? D’abord, démontrer leur volonté de s’opposer au déploiement militaire chinois en mer de Chine méridionale, qui inquiète leurs voisins. En novembre 2017, Trump a réaffirmé le soutien des Etats-Unis au « partenariat quadrilatéral » monté par Obama avec l’Australie, l’Inde et le Japon, pour un océan ouvert et libre ». Obama avait parlé de « pivot vers l’Asie ». Il est temps de le mettre en œuvre.


Brice Couturier
Le 30-11-2018
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