Novembre 2018


Et si on adaptait la comptabilité conventionnelle aux enjeux du développement durable?

Patrick Goddart
La comptabilité d’aujourd’hui donne-t-elle une image juste du capital dont dispose l’entreprise ? Comment intégrer les enjeux du Développement durable au bilan de l’entreprise ? Et surtout, comment estimer le capital naturel et le capital humain d’une entreprise ? Pour répondre à ces questions, rencontre avec Patrick Goddard de la section du CJD Toulouse.

Créé par Jacques Richard, le modèle CARE, Comptabilité Adaptée au Renouvellement de l’Environnement, est un outil comptable ayant pour ambition d’inciter les entreprises à aller au-delà de la comptabilité légale. Pour Patrick Goddard, membre du CJD Toulouse et expert-comptable spécialisé en Développement durable, aller au-delà de la seule vision financière de l’entreprise est un enjeu majeur. La comptabilité socio-environnementale permet également de valoriser la performance globale de l’entreprise.

Deux autres capitaux à prendre en compte

Porté dans le cadre du CJD, le projet consiste alors à proposer à des dirigeants d’inclure dans leur comptabilité deux autres capitaux : le capital social et le capital environnemental. « L’objectif ? Disposer d’un outil permettant de visualiser toutes les facettes d’une activité : sur le champ économique, sur le champ social et sur le champ environnemental. Cela permet notamment de valoriser le capital social et d’amener le dirigeant à des prises de conscience sur ses parties prenantes et sur son environnement». Comment ? En donnant des valeurs de référence aux autres capitaux, le dirigeant a la possibilité d’identifier des ordres de grandeur et de faire un état des lieux du véritable capital dont dispose l’entreprise.

« Ainsi, selon l’activité de l’entreprise, le capital social, composé des équipes internes, a une valeur souvent supérieure au capital financier. Quand on sait que l’objectif d’un chef d’entreprise est a minima de maintenir ses capitaux, la méthodologie lui donne des clés afin de maintenir ses capitaux social et environnemental ». Autre point important, l’outil adopte un positionnement fort : les 3 capitaux, financier, social et environnemental, ne peuvent se compenser entre eux. En clair, impossible de faire des pertes sur l’un compensées par les bénéfices de l’autre, l’objectif étant de les maintenir indépendamment les uns des autres.

Du temps pour s’approprier l’outil

Pour formaliser la démarche, l’intervention d’un expert-comptable externe est nécessaire. Dans un deuxième temps, le comptable de l’entreprise peut être formé à l’outil et prendre en charge lui-même le projet. La méthode pour estimer le capital social et le capital naturel de l’entreprise ? Tout d’abord, un consultant externe mène des entretiens avec les équipes. Puis il enquête afin d’identifier les risques ainsi que les enjeux stratégiques de l’entreprise. Son implication sur le terrain s’accompagne d’un soutien fort de la Direction afin de déterminer le plus précisément possible des valeurs de référence fiables. Au final, le dirigeant dispose d‘un bilan et d’un compte de résultat comprenant l’ensemble des données financières et extrafinancières. « Grâce à cet outil, le chef d’entreprise dispose d’une vision globale et peut élaborer des scénarii lui permettant de prendre des décisions éclairées et de piloter son entreprise», explique Patrick Goddard.

A la section de Toulouse, le sujet, très novateur, a intrigué les membres, adeptes de la Performance globale au sein de leur entreprise. La démarche, coûteuse pour l‘entreprise, en est pourtant encore dans sa phase d’appropriation. Si deux entreprises ont expérimenté l’outil, la démarche est en attente d’un financement de l’ADEME afin de pouvoir se déployer plus largement. « Même si la section ne s’est pas emparée du sujet, j’ai toujours eu de bons relais en interne, notamment au niveau de la région. Le CJD est un lieu d’échanges et de soutien très fort.»

Aujourd’hui, Patrick Goddard est conscient que l’appropriation de l’outil prendra du temps, y compris pour les adhérents du CJD. « On est sur des changements profonds de mentalité. Forcément il faut du temps ainsi que des moyens afin de faire évoluer le monde dans la bonne direction» conclut-il.

Gaëlle Brière
Le 1-11-2018
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