Décembre 2018


Quand l'entreprise s'adapte aux choix de vie de son créateur

© Can Stock Photo / focalpoint
TRIBUNE - La France connaît le plus gros boom de créations d'entreprises depuis dix ans. Les motivations des créateurs remettent largement en question les codes acquis depuis les 30 glorieuses. Unipersonnelle, sans masse salariale aux statuts adaptables, l'entreprise s'adapte désormais au choix de vie de son créateur. Il reste un pas à franchir dans notre culture : accepter l'échec et le droit au rebond. Explications.
Avec 591267 créations d'entreprises enregistrées en 2017[1], la France connaît l'une de ses plus belles performances depuis 2011, comme l'atteste l'étude de l'Agence France Entrepreneur parue cet été. Cette hausse particulièrement importante qui concerne la quasi-totalité des Régions et s'explique par deux facteurs. Un accroissement des services et des activités tertiaires dont les secteurs scientifiques et techniques (+14 %), de l'immobilier (+18 %) et des transports (+25 %). Une embellie chez les micro-entrepreneurs qui ont été 241 786 à se lancer l'an passé[2]. Se peut-il qu'elle soit le fruit du doublement des seuils de chiffres d'affaires applicables depuis janvier 2018 ? Nous en aurons une lecture plus précise avec le temps.

En tout cas, ce tableau particulièrement flatteur pour l'économie de notre pays ne doit pas omettre bien d'autres données - sociologiques, psychologiques et juridiques - que ne prennent pas en compte les enquêtes et qui pourtant battent en brèche l'image d'Epinal de l'entreprise érigée depuis les “30 Glorieuses” : paternalisme, masses salariales, locaux rutilants...

Sur le plan sociologique, la numérisation, l'outplacement et la disruption sont passés par là et l'entreprise s'est ouverte aux compétences extérieures, par missions ou prestations. L'âge de maturité pour être chef d'entreprise ou indépendant est révolu. S'il fallait être “quadra” pour créer sa structure et être pris au sérieux, ce sont désormais les moins de 30 ans qui se lancent et ils sont 37% des créateurs. De plus, 4 créations sur 10 sont désormais l'oeuvre des femmes, dans un monde jadis réservé aux hommes. Enfin, les activités créées sont hautement spécialisées en réponse à la crise économique d'il y a 10 ans.

Sur le plan psychologique, la réussite de l'entreprise ne se mesure plus vraiment à la taille de ses locaux ou à sa masse salariale. Seulement 4 % des nouvelles structures emploient des salariés dès leur démarrage ; soit le plus bas niveau depuis le début du siècle. L'heure est aussi au business en solo ; ce qui ne veut pas dire que le créateur ne s'entoure pas de conseils (avocat, comptable, prestataires).

Sur le plan juridique, les SARL sont de moins en moins nombreuses au profit des SAS qui ont bénéficié d'aménagements mis en place en janvier 2009[3], facilitant les immatriculations avec un capital sans seuil minimal. Symbole de souplesse, de liberté, et d'adaptabilité, l'entreprise sous sa forme unipersonnelle explose : la micro-entreprise, l'EURL et le SASU ont donc le vent en poupe.

Nous sommes donc à un tournant de l'histoire où l'entreprise s'envisage désormais comme un choix de vie, plutôt que sous la forme de statuts. Elle évolue dans sa forme juridique, ses objectifs selon les désidératas de son dirigeant qui veut un “wellness business” indépendant plutôt qu'une dimension accumulative et une structure grandissante ou figée. Mais il reste encore une barrière importante à lever : le droit à l'échec, car tous les lancements d'entreprises n'aboutissent pas toujours ou ne tiennent pas la durée. Notre culture économique a été façonnée par les success stories, oubliant que 25% des entreprises échouent dans les 2 premières années, et 49,5 % dans les 5 premières années.[4]

La France qui va introduire le droit au rebond dans la future loi PACTE devrait aller encore plus loin en s'inspirant du modèle canadien[5] qui a théorisé l'échec comme pouvant mener à d'autres grandes réalisations. “Essayer, échouer et essayer encore vaut mieux que de ne pas essayer du tout ” est devenu une sorte de devise dans ce pays nord-américain en matière entrepreneuriale. Et si nous en faisions la nôtre ?


Jérôme Tarting est PDG de Clic Formalités.
Jérôme Tarting
Le 1-10-2018
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