Septembre 2018


Remettre la finance au service de l'économie et de l'Homme

Marion Aquino, déléguée nationale « Nouveaux Modèles de Société »
Une nécessaire régulation structurelle : voilà ce dont a besoin la finance aujourd’hui. Une préoccupation chère au CJD depuis longtemps.

En 1938, Jean Mersh et d’autres fondaient le Centre des Jeunes Patrons pour mettre l’économie au service de l’Homme. Les frontières sont alors nationales et la finance est au service de l’économie. 80 ans plus tard, nous venons de mettre dix ans à nous remettre, à peine, d’une crise mondiale et purement financière, issue de la spéculation, qui a détruit des milliers d’entreprises et des millions d’emplois.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis de longues années, le CJD combat et alerte sur le phénomène de financiarisation de l’économie, initié dans les années 70 et résultant de facteurs convergents dont la déréglementation générale de l’industrie bancaire, la fusion des gestions de la masse monétaire et de la dette publique, l’abolition de la règle interdisant à une entreprise de racheter

ses propres actions, le « stockoptionnisme » à outrance, sans oublier les contraintes de rentabilité surréalistes des entreprises cotées ou appartenant à des fonds[1].

Les conséquences de la dérive de la finance sur l’économie réelle sont très visibles pour les entreprises, au-delà de celles déjà évoquées. Exemple : en 2009 au plus fort de la crise boursière, les spéculateurs sont allés jouer sur le marché des matières premières. Nombre d’entreprises ont vu le coût de leur matière première doubler ou tripler (café, coton…).

Réglementer, une urgence !

Les mesures mises en place depuis 2008 et visant à mieux réglementer cette finance devenue folle sont jugées insuffisantes par nombre d’observateurs. Dix ans après 2008, on constate toujours que seuls 2 % des transactions sur le marché des changes sont imputables au commerce mondial, 28 % seulement des prêts vont vers des entités non financières (états, entreprises, associations, particuliers), et moins de 10 % des transactions du marché des produits dérivés est réalisé avec des entreprises non financières. Le trading à haute fréquence représente

50 % des transactions boursières. Fin 2017, lors d’une table ronde sur la finance, le Président sortant de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) avouait n’en avoir jamais compris l’utilité, c’est dire à quel point la finance tourne pour elle-même. Réglementer efficacement la finance est probablement l’enjeu le plus important de notre époque. Le marché de l’eau est vu comme le meilleur investissement à 30 ans et certains produits financiers, des «cats bonds» parient sur de futures catastrophes naturelles.

Vers une finance verte

Une finance liée à l’environnement, à la transition écologique et énergétique se développe très rapidement, et la France voudrait en devenir la capitale. 7 milliards d’euros d’obligations vertes émises début 2017. C’est une très bonne chose. Restons vigilants ! Les critères ne seraient pas assez contraignants et les labels pas assez précis, avec risque de « greenwashing ». Il faudra rapidement mieux en définir les frontières, car celle-ci peut être également détournée de sa finalité initiale.

Pour un libéralisme responsable, le droit de l’entreprise

Alors que faire ? Combattre encore et toujours, influer pour une prise de conscience. Le CJD est devenu le premier mouvement patronal membre institutionnel de Finance Watch, une ONG basée à Bruxelles adoubée par le parlement européen et qui fait du contre-lobbying auprès des députés européens pour une finance au service de l’humanité. Le profit n’est pas une finalité, mais un moyen.

Et l’entreprise dans tout ça ? Le CJD est né d’une philosophie :« une croissance économique n’a de valeur que si elle s’appuie sur une éthique qui confère à la finalité humaine une primauté absolue »écrivait Jean Mersch, le fondateur de notre mouvement. Relisons L’autorité de l’entreprise, pour un droit de l’entreprise (CJD, 1974) et L’entreprise au XXIe siècle (CJD, 1996) et suivons l’expérimentation de l’entreprise à mission. Militons pour un droit de l’entreprise. Juridiquement, l’entreprise en tant que communauté de femmes et d’hommes, n’existe

pas. Elle n’est représentée que par les associés qui y ont investi.

Dans la création d’une entreprise, l’immatériel prend aujourd’hui le pas sur le matériel, les idées sont plus importantes que les outils. Expérimentons, engageons-nous pour reconnaître légalement cette primauté des Hommes sur l’argent[2]!



[1] André Tessier du Cros, « Financiarisation, c’est quoi », Comité Bastille.

[2]Rapport 7 idées pour révolutionner la France, CJD 2008.


Marion Aquino
Le 11-09-2018
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