Septembre 2018


La responsabilité territoriale de l'entreprise

Laure Clerget est directrice de l’usine de l’entreprise Artémise, spécialisée dans le recyclage des néons et lampes usagés, depuis 2014. Une mission qu’elle exerce avec une vision à la fois économique, sociétale et locale.

Laure Clerget a un parcours atypique. Rien en effet ne la prédestinait à devenir cadre salariée d’une PME. La jeune femme aujourd’hui âgée de 32 ans avait choisi la fonction publique territoriale et occupait le poste de directrice générale des services dans la commune de Saint-Julien-les-Villas (Aube) jusqu’à ce que le destin s’en mêle.

« Notre rôle, c’est de créer des emplois »

Le président d’Artémise est également maire adjoint ; c’est lui qui va lui proposer ce changement de cap. « Je n’avais pas vocation à aller dans le privé. C’est le hasard de la vie et des rencontres », dit Laure. Après avoir suivi une formation en droit privé et en comptabilité, elle prend ses nouvelles responsabilités de directrice d’usine en 2014. Deux ans plus tard, elle entrera également au capital de la SAS. L’entreprise n’est autre que le numéro 1 en France du recyclage des tubes néon et des lampes à économie d’énergie. Recyclum, un éco-organisme à but non lucratif agréé par les pouvoirs publics qui a notamment en charge la collecte des déchets mercuriels (contenant du mercure), est son unique client. De quoi fragiliser le modèle économique de l’entreprise. Quand Laure prend ses fonctions, il y a 8 salariés, beaucoup de turn-over et aucun process qualité. La jeune femme va d’abord s’attacher à mettre en place une stratégie en matière de ressources humaines. Une démarche liée à un fort ancrage local et un lien étroit avec la collectivité territoriale. « Les banques ne voulaient pas nous prêter de l’argent pour l’achat d’un bâtiment à Vulaines. La communauté de communes l’a pris à sa charge et nous lui payons un loyer durant plusieurs années. Ça s’appelle une usine relais. Ensuite, nous sommes situés dans le pays d’Othe où le taux de chômage est élevé. Notre rôle, c’est de créer des emplois, mais aussi d’accompagner, en partenariat avec la ville, nos salariés qui ont des difficultés sociales ou de logement », relate Laure Clerget.

Le rôle sociétal de l’entreprise

De par ses anciennes fonctions, mais aussi ses multiples casquettes – Laure est marraine à la mission locale de Troyes, membre de l’association 100 000 entrepreneurs, et élue à la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Aube et JD depuis 2014 —, la jeune femme veut développer la mission sociale et sociétale de son entreprise. Elle souhaite d’abord mettre en place un chantier d’insertion, mais le projet n’aboutit pas. Pourquoi ne pas prendre des travaux d’intérêt général, comme elle le faisait dans son ancien poste, mais le dispositif n’est pas ouvert au secteur marchand. Qu’à cela ne tienne, en partenariat avec les structures d’insertion par l’activité économique du pays d’Othe, elle ouvre ses portes à leurs salariés pour les périodes d’immersion dont ils doivent s’acquitter pour valider leur parcours. Les dix personnes accueillies depuis 2015 ont été affectées à la fonction de tri des déchets contenus dans les cartons, ceux-là mêmes qui sont entreposés à l’entrée de nos supermarchés. « Ils apprennent les gestes de tri en binôme avec un salarié d’Artemise qui endosse la mission de tuteur. Ça motive nos équipes et ça les responsabilise. Et c’est du donnant-donnant avec la collectivité locale qui a pris le risque d’investir dans notre bâtiment, normal que nous accueillons des personnes éloignées de l’emploi. Ce fort engagement territorial et sociétal, c’est le projet que j’ai souhaité développer pour l’entreprise », commente la directrice.

Fidéliser, encadrer, responsabiliser

Un rôle sociétal pas forcément facile à tenir. Laure Clerget confie : « Nous n’avons recruté personne suite aux différentes périodes d’immersion. Ça aurait été une pleine réussite si on avait pu embaucher en CDI. Du coup, c’est un peu frustrant, mais je ne désespère pas que ça arrive un jour ». Un bilan mitigé, mais qui n’entache en rien le regard que la jeune dirigeante porte sur ses années passées à la tête de l’usine. « On a stabilisé les équipes qui sont plus motivées. Nous les valorisons via le tutorat, mais aussi les visites d’usine pour les familles de nos salariés. Ce sont des moments porteurs de sens et valorisants. Nous avons également repensé tous nos process pour améliorer les conditions de travail, l’hygiène et la sécurité. Nos métiers sont durs – gestes répétitifs, bruit, poussière, etc. —, c’est important de fidéliser, d’encadrer et de responsabiliser. Je suis contente de tout ce que nous avons accompli. C’est une belle aventure », conclut-elle.


Anne Dhoquois
Le 14-06-2018
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