Octobre 2018


Redonner un avenir à l’agriculture

Dans les Côtes-d’Armor, la section CJD Emeraude mène une expérimentation afin de réintroduire une culture agricole localement. L’objectif ? Favoriser la biodiversité sur le territoire tout en garantissant une juste rémunération aux agriculteurs. Rencontre avec David Boixière, membre du CJD Emeraude en charge de ce projet.

En 2015, une équipe du CJD Emeraude, en réflexion sur l’économie vivante, décide d’organiser une plénière sur le sujetdans un moulin. « L’économie vivante ? C’est une économie proche des valeurs du CJD, contrairement à l’économie financière, centrée sur le profit individuel » annonce David Boixière, copilote de l’expérimentation avec Patrice Valantin. Au service de son territoire, elle vise à intégrer harmonieusement les populations qui la composent : végétales, animales et humaines.

Les bases d’une filière locale

Suite à la plénière, la section fait le choix d’expérimenter la réintroduction du blé noir. Cette matière première, connue pour être l’ingrédient majeur des galettes bretonnes, est fortement consommée en Bretagne et utilisée par le secteur agroalimentaire. Cependant, le blé noir est majoritairement importé de pays extérieurs. « Le blé noir souffre d’une légende : il ne pousserait que sur les terres pauvres. Pourtant, il était très répandu eu 19e siècle et a sauvé les Bretons de plusieurs famines. » Cette méconnaissance est un frein à son développement, alors qu’il est pourtant intéressant économiquement. Une fois planté, il n’a besoin d’aucun traitement ni d’aucune manœuvre pour pousser. Au bout de 4 mois, il peut être récolté sans intervention humaine.

La commission Economie vivante s’appuie sur l’expérience de Patrice Valantin, expert en génie écologique. En plus des agriculteurs locaux au cœur du dispositif, l’équipe intègre à la réflexion des apiculteurs, séduits par la capacité de floraison du blé noir pendant 2 mois, en juillet et en août, utile à la pollinisation des abeilles. « Nous avons aussi impliqué un moulin afin de moudre la farine issue du blé noir ainsi qu’une entreprise produisant des galettes de blé noir pour la phase de transformation. Cette approche, indépendante de toute spéculation financière, a permis de créer les bases d’une filière locale ». Le projet répond ainsi à un double enjeu : les agriculteurs peuvent vendre à un coût intéressant et les transformateurs achètent à un prix fixe des matières premières dont la provenance est garantie.

En 2016, l’expérimentation débute avec 11 agriculteurs répartis sur 35 hectares. Pour les agriculteurs, il s’agit avant tout de redonner du sens à leur métier et d’être associé au choix de la culture, qui leur est habituellement imposée. Renouvelée en 2017 avec 21 agriculteurs répartis sur 110 hectares, l’expérimentation en réunira une trentaine en 2018 sur près de 200 hectares. « Au-delà de la préoccupation environnementale, il y a également un enjeu de développement local. A l’heure où de plus en plus d’agriculteurs conseillent à leurs enfants de faire un autre métier, l’agroécologie est un argument de revalorisation du travail des agriculteurs et de pérennisation de leur activité. »

Révolutionner les modes agricoles dans la région

Aujourd’hui, les champs fleuris de blé noir en été sont un atout touristique. Alors que la biodiversité est au centre de la démarche, le blé noir permet de lier l’économique et l’écologique. « Pour piloter l’expérimentation, nous avons créé l’association Vivaterre Rance Emeraude, émanation du CJD. Pour pérenniser nos actions, la structure cherche actuellement des financements au travers des Programmes d’investissement d’avenir ». L’objectif ? Promouvoir la démarche et étendre son périmètre. Aujourd’hui, l’ambition est d’expérimenter d’autres cultures que le blé noir, afin de révolutionner les modes agricoles dans la région. « Cette démarche a réuni les acteurs locaux dans une belle synergie que nous souhaitons poursuivre pour la biodiversité et pour le territoire», conclut David Boixière.


Gaëlle Brière
Le 19-07-2018
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