Octobre 2018


Concilier entrepreneuriat et handicap

© Gilles Piel
Tombé d’un arbre en 2004 pour avoir voulu sauver un chaton, Fabrice Bourcet atterrit sur un fauteuil roulant et voit sa vie bouleversée. Il lui faut une petite décennie pour faire de cet accident un « Super Pouvoir », trouver le cadeau « magique » de la vie lui permettant d’inviter les autres à changer de regard sur le handicap et montrer aux personnes dans sa situation que le chemin de l’entrepreneuriat ne leur est pas fermé. Heureuse rencontre avec un homme né deux fois…

Il suffit de se rendre sur la page Facebook de Fabrice Bourcet (« mon fauteuil roulant ») où il évoque le dépôt du nom de domaine « AdopteUnHandicape.com » pour comprendre que cet homme-là a su faire de l’humour une force phénoménale. « C’est bien simple, aujourd’hui, je prends tout avec le sourire : que la SNCF m’oublie dans le train ou que l’on parle à la personne qui pousse mon fauteuil comme si le fait d’être paraplégique rendait sourd et muet. En situation de handicap, il vous arrive bien plus de “choses” encore que quand vous êtes valide, j’ai donc mille occasions de me réjouir ! Car ce handicap, sincèrement, je le considère comme une des meilleures choses qui me soient arrivées. J’en ai fait un Super Pouvoir qui me permet d’envisager la vie à 360°, d’être heureux, de rayonner et d’essayer d’accompagner un peu les autres ».

Deuil & résilience

Bien sûr, Rome ne s’est pas faite en un jour. Neuf mois de rééducation, de « renaissance» et, derrière, 9 années encore pour arriver à une totale résilience, une paix avec lui-même et le monde qu’il n’a jamais connue. Car au début, naturellement, il a cherché à continuer « comme avant », créant une entreprise dans la continuité de son ancienne activité. Par chance, sa route croise à ce moment celle du CJD où on l’aide à prendre conscience qu’il n’entreprend pas forcément pour les meilleures raisons. Il entend cela et s’investit beaucoup dans le développement personnel. C’est là, lors d’une formation, qu’il réalise en discutant avec une participante aveugle que les personnes en situation de handicap se disent des tas de choses que les valides n’envisagent même pas. « Il y a là un truc à creuser», lui conseille le formateur. Dont acte ! comme disent les juristes. Cette différence, Fabrice va en faire sa force, à commencer par un métier. Ainsi naît sa structure Verslerebond.

Lève-toi et marche !

« Formateur et coach, une partie du job consiste à faire tomber les croyances limitantes. Or, je peux vous assurer que lorsque les gens me voient arriver en fauteuil, l’arrêter, me lever puis effectuer quelques pas — oui, je peux — jusqu’au pupitre, ils commencent déjà à réviser certains credo ! En entreprise, j’aide les managers à aller un cran plus loin, pas que sur le handicap ; tant de gens aiment s’installer dans la posture du sauveur : à un buffet, il y a toujours 50 personnes pour me proposer de me servir. Mais combien qui me demandent ce que je veux ? » En coaching personnel non plus, Fabrice ne travaille pas que sur le handicap : l’autolimitation, le regard des autres, il en connaît un rayon. Sa grande force étant de s’installer d’office dans l’humour et… le plaisir, nouvelle vertu cardinale. « Sans cet accident, je n’irais pas, chaque année, nager avec les dauphins en mer Rouge, bonheur immense. Je n’aurais pas, non plus, changé de regard pour découvrir à quel point la vie est belle ».

Alors, oui, sans doute, certaines choses sont plus compliquées, « en situation de ». Mais nos sociétés évoluent et, avec les nouveaux modèles économiques, Fabrice est convaincu que de plus en plus de personnes sont en mesure de se réinsérer grâce à l’entrepreneuriat, un statut de « travailleur indépendant handicapé » ayant d’ailleurs été nouvellement créé. Alors, avec le CJD, il promeut cette forme d’investissement : « la complexité, cela se dépasse ; il suffit d’oser !» Quant au débat actuel sur l’« utilisation » faite des handicapés par la publicité, il l’aborde avec le même sourire. « Tout le monde utilise ses atouts ; alors, on peut bien, nous, utiliser notre handicap. Que les enfants voient des handicapés dans les pubs, mais c’est juste parfait. Qu’ils réalisent que ce n’est ni honteux ni grave, mais un Super Pouvoir ! ».

Eviter d'exclure d'office

Délégué national au handicap au CJD, l’implication de Fabrice a permis d’y créer une réflexion qui commence de porter ses fruits. « Quand on organise un événement, c’est tellement de boulot déjà, qu’il est normal ! de ne pas penser à certaines minorités. Et tout n’est pas possible, non plus, mais mieux vaut envisager quelque chose pour elles que d’exclure d’office, non ?».


Jérôme Bourgine
Le 24-05-2018
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz