Septembre 2018


La jeunesse, un miroir de nos sociétés

© Can Stock Photo / stryjek
Rarement notre société s’est autant interrogée sur sa jeunesse. Au-delà de la soi-disant énigme que poseraient les générations Y et Z, le miroir que nous renvoient ceux que nous avons élevés est aussi limpide qu’à l’ordinaire. Or, loin de se plaindre, les jeunes ne demandent en réalité qu’une seule chose, considérable : qu’on leur fasse confiance !

Rarement les jeunes générations auront été aussi « incomprises», tour à tour vilipendées et encensées. Tandis que le statut d’adulte ne cesse d’être ébranlé, celui du jeune gagne chaque jour en popularité. Il n’est que de voir le nombre de films dont le héros retombe en jeunesse, seul espoir pour lui de pouvoir, enfin, « vivre sa vie ». Et tandis que les valeurs de notre société (excitation, instantanéité, émotivité, urgence, zapping) convergent peu à peu vers celles qui caractérisent la jeunesse, l’effet miroir par lequel celle-ci nous renvoie l’image du monde que nous avons créé, se fait loupe, devenant, selon le regard porté, gênant ou au contraire fascinant.

Résilience collective

« Symptôme » flagrant de la société actuelle, le « jeune » en est également devenu le modèle : un consommateur averti, fort de la seule illusion de sa toute-puissance personnelle. Car la jeunesse demeure l’âge de tous les possibles, tous les espoirs. Plus de dix ans maintenant que la mutation numérique a placé le « client » au centre de tous les modèles économiques. Dans notre société de consommation à son apogée, « Je » est définitivement roi. Et, chaque salarié étant un consommateur, cette révolution ne saurait s’arrêter aux portes de l’entreprise. Les jeunes s’y présentent donc fort de toutes ces promesses dont on leur a assuré qu’ils étaient le centre. Avec une caractéristique nouvelle par rapport à leurs prédécesseurs, un bonus essentiel mis en évidence par le psychosociologue Serge Tisseron : « les Y, première génération issue de la révolution de l’éducation des années 70 sont une génération collectivement résiliente » : chômage, divorce, crises économiques et écologiques…

« Faites-nous confiance ! »

« La vie, c’est ce qui arrive quand on a prévu autre chose » philosophait John Lennon. Un message que les jeunes ont parfaitement compris et nous adressent en retour lorsqu’ils affirment être heureux à 82 %*. Heureux, mais… « insatisfaits de la société». Comme de l’entreprise ! Dont ils attendent la même chose : qu’elles soient cet espace collectif où l’on « s’épanouit tout en progressant ». Toutes les enquêtes mettant en avant les mêmes doléances : « transparence », « collaboration », « responsabilisation ». En un seul et unique mot : confiance

71 % des jeunes estiment en effet que « leur entreprise ne leur fait pas assez confiance » (Opinion Way, 2015). Un reproche d’autant plus légitime que la transformation numérique étant devenue LE secteur d’activité florissant, des millions de jeunes, frais émoulus de l’école, investissent chaque jour les plus grandes entreprises pour y expliquer le nouveau monde à leurs aînés. Reverse coaching ?... Total (ement) ! Puisque chez le pétrolier (entre autres), chaque directeur est accompagné d’un gamin qui lui traduit la réalité en mode digital. Et puis quoi ?... Retourne dans ta chambre ?

Changer !

Alors, oui, les jeunes sont exigeants et non, ils ne sont pas inadaptés au monde du travail. Ils le bousculent et le changent. Ce sont eux qui ont fait apparaître, récemment, les termes « bienveillance » et « bien-être » dans la presse économique, eux qui bouleversent les règles d’appréciation de l’entreprise. En consommateurs avertis, ils ont fait de « l’avis du client » LA référence. Anecdotiques il y a encore 5 ans, les classements du genre « Best places to work » et « Top entreprise » sont aujourd’hui des arguments clés de la communication. Et quand ils ne sont pas entendus, nos jeunes bougent, c’est tout : zappant d’emploi, s’exilant, entreprenant, « faizant », innovant…

« Ce qui m’a frappée dans Génération What (superbe enquête menée auprès de 600.000 ! jeunes Européens) explique Anne Muxel, chercheuse au Cevipof (CNRS), c’est de constater que les jeunes sont moins en demande de soutien que de reconnaissance. Qu’on leur donne les moyens d’accéder à l’autonomie : économique, sociale, civique ; c’est là leur plus grande demande ».

Dernière bonne nouvelle : la compréhension est incluse dans le pack « Résilients ». Les jeunes ne nous en veulent même pas de l’état dans lequel on leur laisse la planète : 90 % affirment « s’entendre bien, voire très bien» avec leurs aînés. 90 % !


* 2016 La Fabrique Spinoza


Jérôme Bourgine
Le 9-07-2018
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