Octobre 2018


Une conciergerie de quartier au coin de ma rue !

Remettre l’humain au cœur de la ville en créant ou dynamisant la vie de quartier, c’est depuis 2015 à Paris, le rôle de Lulu dans ma rue. Des conciergeries de quartier qui mettent en relation les habitants avec leurs voisins pouvant les dépanner.

A l’origine peut-être de Lulu dans ma rue, une rencontre et la volonté d’un homme. En 2004, Martin Hirsch à l’époque Président d’Emmaüs France, croise la route de Charles-Edouard Vincent. Ce dernier polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées quitte son employeur pour un poste de chef de projet dans le mouvement. En 2006, il créé Emmaüs Défi pour lutter contre la grande exclusion par le travail et en 2014, il décide de réinventer les petits boulots pour réconcilier le monde de l’économie et le social. Aidé par plusieurs partenaires et Anne Hidalgo maire de Paris, il invente la conciergerie de rue afin de mettre en relation ceux qui ont besoin d’un coup de main et ceux qui peuvent le donner. Le nom de Lulu ? C’est Marie Marty qui le trouve et le premier kiosque vert ouvre dans le quartier Saint-Paul à Paris en 2015. « Aujourd’hui, où tout est automatisé, où l’on peut faire presque tout sur Internet explique Charles-Edouard Vincent, on oublie trop vite qu’il existe des personnes qui ont du temps, des compétences et également besoin d’un complément de revenu. » Concrètement les Lulus, tous micro-entrepreneurs, changent joints ou ampoules, arrosent les plantes, posent les tringles à rideaux, montent les meubles… Il suffit de se rendre dans l’un des sept kiosques parisiens, où un concierge de rue trouve le Lulu disponible ou utiliser au choix, site Internet ou centre d’appels. « Le kiosque garde un rôle d’ancrage et d’animation du quartier, reprend Charles-Edouard Vincent, mais les demandes étant de plus en plus nombreuses… »

Des Lulus aux profils variés

Si au départ les Lulus étaient des personnes en situation d’exclusion et pour qui il s’agissait d’un moyen de se reconnecter à un monde proche du travail, en participant à une activité économique et sociale, c’est moins le cas aujourd’hui. 50 % des Lulus sont des gens du quartier, des retraités, étudiants, des personnes ayant besoin de gagner de l’argent. Les 50 % restants essaient de sortir la tête de l’eau, 40 % sont au RSA ou en fin de droits. D’ailleurs, au sein de l’entreprise, 5 collaborateurs leur sont dédiés et les aident dans toutes leurs démarches administratives ou autres. « Les Lulus, tous recrutés de façon spontanée, sont accompagnés sur une ou deux missions et formés, poursuit Charles-Edouard Vincent. Ils sont payés 15 euros de l’heure pour les petits bricolages et nous prélevons 21 % du montant de la prestation globale pour permettre le fonctionnement de la structure, la mise en relation, l’animation. Toutes les prestations, plus d’un millier par mois à peu près, sont évaluées. Si le client n’est pas satisfait, ce qui arrive rarement, il est remboursé.En articulant économie numérique et ancrage physique, nous recréons, je crois, de l’activité accessible à tous et construisons, à l’échelle d’un quartier, une société plus solidaire et plus humaine. Beaucoup d’appels, par exemple, viennent de personnes âgées isolées dont nous relayons les besoins auprès de la mairie et de l’association les Petits Frères des pauvres. A terme, nous souhaiterions former les Lulus aux gestes de premiers secours pour en faire des veilleurs de quartiers. Notre projet, je crois, correspond aux besoins des villes de se réinventer. »

Des Lulus par milliers ?

L’entreprise de l’économie sociale et solidaire est dans une dynamique d’ouverture. Elle a procédé en 2016 à une levée de fonds de sept millions et demi d’euros et déjà, plus de 200 villes en France et à l’étranger, ont réclamé leurs Lulus. L’idée de repousser l’anonymat dans les quartiers grâce à la conciergerie séduit. Mais pour l’instant, Charles-Edouard Vincent temporise. « Un Lulu c’est plus qu’un prestataire de services. Pour que ça marche, il faut que la qualité de services soit au rendez-vous, et cela prend du temps. » En tout cas, s’il est une chose qui se propage sans difficulté, c’est la bonne humeur. Celle du concierge de rue d’abord, toujours souriant, et ensuite tous les mois, celle des clients puisque chaque kiosque organise une fête de quartier. De l’humain, toujours de l’humain !


www.luludansmarue.org


Isabelle Chatain
Le 12-04-2018
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