Avril 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Générations X, Y ou Z : vraies singularités ou fausses différences ?

A chaque génération ses particularités. Une théorie qui fait florès depuis quelques années, mais qui est également controversée. Débat.

Il y a eu la génération des baby-boomers puis la X, la Y et maintenant la Z. Selon le contexte social et économique, chaque tranche d’âge aurait des comportements distincts la différenciant de la génération précédente. Ce serait particulièrement vrai pour la génération Y (qu’on appelle aussi « digital native » ou « millennials ») qui comprend les jeunes nés entre 1980 et 2000. Ils sont 16 millions en France et ont fait l’objet de toutes les attentions… quand ils sont arrivés sur le marché du travail. Olivier Rollot, spécialiste de l’éducation depuis vingt-cinq ans et directeur exécutif du pôle communication d’HEADway Advisory, y a consacré un livre sorti en 2012, « La Génération Y » (PUF). Il confie : « après avoir enquêté, j’ai été convaincu des particularités de cette génération pour des raisons liées aux nouvelles technologies – ils ont grandi avec Internet —, mais aussi à l’éducation. C’est la première génération dans l’histoire de l’humanité réellement désirée en raison de la maîtrise de la sexualité ». Une caractéristique qui selon Olivier Rollot a des conséquences sur leur comportement au travail. « Quand ils deviennent salariés, c’est le choc des cultures. Ces enfants-rois demandent à leur manager de les rassurer ; ils veulent également comprendre – d’où le terme de “Y”, why en anglais, qui veut dire “pourquoi” — et challengent sans cesse leur supérieur. C’est encore plus vrai pour les Z qui amplifient le phénomène », affirme Olivier Rollot. Un choc culturel que le journaliste explique aussi par des jeunes Y vivant beaucoup plus entre pairs et des managers pas assez formés au leadership et peu confrontés à l’altérité : « beaucoup d’entreprises n’ont pas embauché de jeunes pendant longtemps et ont entretenu l’omnipotence de leurs cadres dont le statut justifiait toutes les décisions ».

Une manne pour les consultants ?

A chaque génération il y aurait donc une vision particulière du travail (voir encadré)… De quoi faire bondir Jean Pralong, professeur de gestion des ressources humaines à l’IGS-RH Paris, pourfendeur s’il en est de cette théorie visant à segmenter les générations et rendre homogène un groupe qui ne l’est pas. « Dans une tranche d’âge, il y a une grande diversité entre les individus en fonction des milieux sociaux, des lieux de vie, des niveaux de qualification. Du coup, quand on évoque les X ou les Y, on ne sait pas de qui on parle », explique-t-il. Olivier Rollot reconnaît en effet que les caractéristiques susévoquées concernent surtout la génération Y mondialisée, celle qui voyage, qui utilise les réseaux sociaux, qui parle plusieurs langues.

Une nuance qui n’efface en rien la différence de points de vue. Selon Jean Pralong, « la façon dont on qualifie les Y aujourd’hui – créatifs, paresseux, rétifs à l’autorité – c’est la façon dont en général on qualifie la jeunesse, jugée par les personnes plus âgées comme un temps de déviance par rapport à l’ordre social ». Il ajoute : « L’invention de ce concept a été une manne pour les consultants qui ont fait payer très cher des formations à des entreprises pour leur apprendre à valoriser, recadrer et contrôler la génération Y qui n’est autre qu’un fantasme. Preuve en est : les travaux scientifiques sur le sujet n’ont jamais réussi à démontrer de différences significatives entre les générations ». Et il n’est pas le seul à le penser. Sur le site de la revue « L’ADN » dédiée à l’actualité del’innovation marketing, de la communication et du business, on peut lire dans l’article « Millennials : stop au bullshit » une citation de Mark Ritson, un émérite professeur de marketing : «A part le constat général qu’ils sont plus jeunes, plus “chauds” et plus pauvres que les vieux connards qui les ont précédés sur l’autoroute démographique de la vie, ils (les millennials) sont en fait très similaires à tous les autres ».


Anne Dhoquois
Le 10-04-2018
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