Octobre 2018


Respecter les hommes et leurs attentes légitimes

Comment vont évoluer les modes et méthodes de production en France et quelles seront les conséquences en santé et sécurité du travail ? Michel Héry et Catherine Levert de l’INRS viennent de publier (Futuribles n° 420, septembre-octobre 2017) la synthèse de l’étude prospective que leur institut vient d’achever avec d’autres organismes dont Futuribles.

L’étude constate une « forte augmentation des prescriptions » depuis des décennies, des rythmes de travail, une « procédurisationaccrue des modes de fonctionnement des entreprises et une moindre latitude laissée aux travailleurs pour adapter leurs pratiques de travail ». Chaque génération se plaint de davantage de contraintes croissantes, du manque d’autonomie, d’un mauvais climat des relations de travail. Et les auteurs observent, sur la période correspondante, une très forte croissance des pathologies, troubles musculo-squelettiques, risques psychosociaux, « identifiées comme des conséquences de ces modifications qualitatives et quantitatives dans la commande du travail. »

Plus de contraintes ou plus de créativité ?

La concurrence internationale, selon les auteurs, n’est pas une explication suffisante : des secteurs de service non exposés à cette compétition ont connu pareille intensification du travail. C’est que, depuis trois décennies, les actionnaires exigent toujours plus de retour sur investissement. Quant à l’automatisation, les auteurs envisagent deux modèles. Le mode de production sera-t-il conçu uniquement pour accroître les performances des machines, obligeant l’homme à s’adapter au prix de sa santé ? Ou bien « la plus-value dégagée par l’automatisation » sera-t-elle en partie « socialisée » pour améliorer les conditions de travail et permettre à l’homme de produire plus de créativité ?

L’article de l’INRS propose « cinq hypothèses prospectives ».

1- La poursuite de l’intensification du travail avec plus de pathologies, d’exclusions prématurées, une société à deux vitesses, avec employés à plein temps et sains à côté des marginalisés et des exclus.

2- Une robotisation aux bénéfices distribués » avec le souci de préserver la santé, bénéficiant à tous.

3- La privatisation des profits de la robotisation », d’où, aussi, une société à deux vitesses.

4- L’essor des entreprises libérées ». Cette expression nous semble inadéquate et trompeuse, car il s’agit de trouver des organisations libérant et motivant les talents. Ce serait une réaction saine de la société. Mais les auteurs ont tort d’évoquer de « nouvelles » organisations alors qu’il s’agit de permettre la diffusion de modèles très anciens, mais marginalisés par l’hyperfinanciarisation.

5- Un mouvement de relocalisation : sous la pression du climat et/ou de la population, on recherche un modèle de développement durable remettant l’humain au centre des préoccupations.

Les valeurs des PME

Ces scénarios peuvent se combiner en partie, mais une conclusion s’impose : nous marchons aujourd’hui vers des catastrophes. Il n’est plus à démontrer que la compétitivité dans la durée ne peut s’obtenir que si l’on respecte les hommes, et leurs attentes légitimes, dans et hors l’entreprise, pour les motiver et libérer leurs talents créatifs. Des réussites durables le démontrent. Cela implique non un management nouveau, mais le respect des valeurs promues il y a 79 ans par le fondateur du CJD, Jean Mersch, valeurs concrétisées par tant de PME et d’entreprises familiales. Mais de plus en plus de grandes entreprises dans le monde cèdent à l’appât de profits à très court terme, sacrifiant l’avenir, alors qu’une étude de McKinsey vient encore de démontrer que sur 14 ans, les entreprises de long terme produisent non seulement beaucoup d’emplois, mais plus de bénéfices pour les actionnaires.


André-Yves Portnoff
Le 7-08-2018
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