Septembre 2018


L’optimisme comme ligne éditoriale

C’est bien connu : la presse ne parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure. Enfin ça, c’était avant. Avant que ne déferlent sur la France des titres à la ligne éditoriale dite positive. Un terme qui fait débat.

We demain, Socialter, Kaizen… Nombreux ont été les journaux à se créer au début des années 2010 pour montrer un autre visage de la société. Contrepoint des médias traditionnels plus enclins à égrainer les mauvaises nouvelles que les actions dites positives, cette presse d’un nouveau genre a su trouver son public… à en croire leur persistance sur le marché. Impossible cependant de se procurer les chiffres de diffusion, qui ne figurent pas dans le classement de l’ACPM (l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias).

Pas des militants

Pour en avoir le cœur net, nous avons demandé à François Siegel, coéditeur et directeur de la publication de We demain quelques éclaircissements : « nous évaluons à 27 000 le nombre d’exemplaires diffusés par numéro – il y a 4 numéros par an disponibles en kiosque et en librairie – et à 500 000 le nombre de visiteurs mensuels sur notre site Internet. Notre modèle économique ne repose pas que sur les ventes : on propose également des services payants à des marques (newsletters, numéros spéciaux, etc.) », précise-t-il. Sans avoir réalisé d’études de lectorat spécifiques, François Siegel dresse un portrait type de l’acheteur de la revue : « On sait par exemple qu’il est plutôt urbain – de fait nous sommes surtout distribués dans les grandes villes —, d’une classe sociale CSP+, plus masculin que féminin et d’une tranche d’âge assez large ». Le prix du magazine – 12 euros — et les choix de diffusion excluent de fait une grande partie de la population. Pour les autres, We demain, selon son directeur de la publication, répond à un besoin : retrouver de l’espoir. « Nos lecteurs nous disent qu’ils ont envie de croire au monde que nous leur racontons. Nous ne sommes pas pour autant des militants ; on instruit les gens, on ne donne pas de consignes », commente-t-il.

Initiatives vs critique globale du monde

La précision a son importance… car le terme « presse positive » pourrait laisser penser que la sacro-sainte objectivité journalistique a du plomb dans l’aile. C’est du reste pour cette raison que Christian de Boisredon, fondateur en 2003 de Reporters d’espoir et en 2012 de Sparknews, réfute le terme. « Dans l’esprit des journalistes, dès qu’on est dans le positif, on fait de la communication. C’est pour cela que je préfère le terme “journalisme de solutions” qui n’exclut ni l’investigation ni l’esprit critique », explique-t-il. Il poursuit : « En 2003, je suis parti du constat que la presse relatait les problèmes et jamais les solutions. Il fallait aider les journalistes à traiter davantage ce type de sujets en leur proposant des actions à relater et en leur prouvant que ça pouvait être porteur sur le plan commercial – ce que nous avons fait avec Le Libé des solutions qui s’est à chaque numéro très bien vendu ». Au lancement de la démarche, la profession est méfiante. Mais selon Christian de Boisredon, les médias sont bien plus réceptifs aujourd’hui, car l’époque a changé : « Les lecteurs en ont assez des nouvelles déprimantes. Ils ont envie d’espoir et de lire que partout dans le monde des gens trouvent des solutions innovantes et enthousiasmantes aux problèmes. Malheureusement ces sujets sont trop souvent traités sous forme de chronique ou de rubrique spécialisée alors que cette démarche éditoriale devrait imprégner chaque sujet et chaque rédaction : les médias spécialisés bien que performants sur le plan du contenu et de l’audience prêchent des convaincus ».

Critique radicale et valorisation des énergies positives

Philippe Merlant, fondateur en 2006 de l’un des premiers sites Internet consacrés aux initiatives citoyennes, Place Publique, pointe d’autres dérives. Il explique : « Le journalisme positif fait l’impasse sur une lecture macro du monde : on découpe la réalité sociale en une série de petites questions techniques en y mettant en face une solution. Les phénomènes de domination sont globaux, les initiatives ne règlent pas tout. Il faut à la fois être dans une critique radicale du monde et dans une valorisation des énergies positives ».


Anne Dhoquois
Le 17-04-2018
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