Août 2018


La confiance n'exclut pas le contrôle

Les vacances de fin d’année ont été marquées par une polémique sur le renforcement du contrôle des chômeurs, projet du gouvernement.

Je relaie le post d’Aziz Senni, entrepreneur, sur cette question épineuse au regard des réactions qu’elle suscite.

« Je suis favorable au contrôle des chômeurs. Peut-être parce qu’en 20 ans j’ai entendu plus de 1000 fois des candidats m’expliquer que travailler leur coûterait plus cher que de rester au chômage en percevant d’autres aides complémentaires. D’ailleurs je constate que plus la personne est peu ou pas qualifiée, plus cette réflexion et ces calculs sont mis en avant. La faute au système actuel, mal fichu, qui ne valorise pas suffisamment ceux qui travaillent. La faute aussi à ceux, minoritaires probablement, qui préfèrent bricoler avec les aides. Est-ce normal qu’une personne qui travaille ait un Reste à vivre inférieur à celle qui ne travaille pas ? Pour ma part je réponds NON ce n’est ni normal, ni acceptable. Et pendant ce temps des milliers d’annonces d’emplois restent sans réponse ! Est-ce suffisant de contrôler les chômeurs ? Bien évidemment non. Le coût du travail, la fiscalité des entreprises et in fine ce qui fait la compétitivité restent des freins à l’embauche dont le facteur n°1 reste le carnet de commandes “pas de client, pas de boulot !” Travaillons à gonfler le carnet de commandes, en particulier de nos PME. »

Je souscris pleinement à l’analyse d’Aziz Senni, frappée du sceau du bon sens. Oui, le contrôle des chômeurs n’est certainement pas la panacée aux problèmes du chômage. Seul il ne règle rien. Mais c’est une question de justice sociale : encadrer l’usage de l’argent public et valoriser le mérite.

C’est la raison pour laquelle je suis étonné par la décision d’abandonner le contrôle des frais de mandats des députés. Comme on peut le lire dans le JDD, «les députés n’auront finalement pas à faire des notes de frais pour justifier les remboursements de leurs dépenses. Les lois pour la confiance dans la vie politique laissaient aux députés le choix entre une “prise en charge directe”, un “remboursement sur présentation de justificatifs” et “le versement d’une avance dans la limite des plafonds déterminés par le bureau”. Le montant mensuel de l’avance sur frais de mandat reste fixé à 5.373 euros. Sur cette enveloppe, les députés disposeront d’une somme de 600 euros par mois pour leurs dépenses, sans justificatifs donc. »

Qu’il faille mieux contrôler les chômeurs, soit ! Etre sourcilleux sur l’usage des deniers publics est une bonne chose, à condition de s’appliquer la règle à soi comme aux autres. C’est une question d’honnêteté intellectuelle, et peut-être même d’honnêteté tout court. La confiance en un chômeur vaut autant que celle que nous mettons en un député. Et comme l’écrivait Lénine, « la confiance n’exclut pas le contrôle ». Le député a cependant un devoir supplémentaire : il se doit d’être exemplaire. On ne peut que déplorer cette occasion manquée.


Emmanuel Camus
Le 10-01-2018
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