Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Qui se souvient encore des Paradise Papers ?

Il y a moins d'un mois, tous les médias s’emparaient d’un événement de la plus haute importance : la publication des « Paradise Papers »[1]. Réseau de sociétés-écrans, failles dans les législations… Les « Paradise Papers » dévoilent les circuits d’optimisation fiscale qui ont cours depuis des années. Mais ce scandale, il faut être historien pour s'en souvenir encore.

Des pratiques le plus souvent tout à fait légales, mais très contestables sur le plan moral.
Par exemple, un montage financier établi entre Apple et Dublin a permis à la firme à la pomme de ne payer quasiment aucun impôt dans l’Union pendant plus de 20 ans… Enregistrer en Irlande l’ensemble des bénéfices engendrés par les ventes en Europe, voilà l’astuce. Les bénéfices de l’iPhone que vous achetez dans un Apple Store en France partent illico presto à Dublin. On peut lire dans un article de Capital : « Concrètement, cela permet des culbutes fiscales impressionnantes : en 2011, par exemple, Apple Sales International a dégagé environ 16 milliards d’euros de bénéfices. Sur ce total, seuls 50 millions ont été considérés comme imposables. Ce qui a abouti à moins de 10 millions d’euros d’impôt payé effectivement par le groupe de Cupertino… Soit 0,05 % de ses bénéfices totaux ! Et ce n’est pas la meilleure année : le pourcentage d’imposition est même descendu à… 0,005 % en 2014. »

☠ 0,005 %☠.

Si vous dirigez un TPE, une PME, si vous êtes artisans, commerçants ou indépendants… cela donne une furieuse envie de faire la révolution, ou au moins une bonne raison de crier à l'injustice. Cela ne contribue pas non plus à rehausser auprès des citoyens l’image de l’Europe, qui autorise et rend possible ce dumping fiscal. Notre budget, rarement à l’équilibre, aurait bien besoin de ces milliards qui disparaissent dans ce bonneteau organisé par de grands cabinets d’avocats.

Pierre Moscovici, le commissaire européen français à la fiscalité et aux affaires économiques a évoqué l’affaire des Paradise Papers devant le Parlement européen à Strasbourg et sur France Inter, a annoncé la fin prochaine de ces pratiques. « A chaque fois qu’un scandale intervient, ça met au jour, devant l’opinion publique, des comportements qui doivent absolument être proscrits. C’est l’occasion pour moi de dire aux États membres ça suffit, il faut avancer”. »

On devine la peur dont ont été pris les Etats membres concernés à la suite de ces propos…

Mais tout ce que j'écris là ne vous dit peut-être rien. Car vous souvenez-vous vraiment de toute cette affaire ? C’était il y a moins d’un mois. Mais quelle suite est donnée à ce scandale ? Qu’est-ce qu’on fait pour mettre un terme à ces pratiques ?

Les médias ont sorti l’affaire. Une semaine de tapage continu. On fustige, on condamne, on s’indigne, on accuse, on s’émeut, on dénonce, on s’agite… et puis soudain plus rien, zéro, que dalle. Circulez !

Un petit tour et puis s’en va.

A quoi ce scandale a-t-il été utile ? A vendre un peu de papier peut-être… A réaliser quelques belles audiences télé. Pour le reste, on attendra. C’est reparti comme en quarante ! Non ce n’est pas reparti, car ça n’a jamais arrêté. Les journalistes ont fait leur job, en soulevant un lièvre. Mais ce dernier, pas affolé, a regagné son terrier. Le rythme effréné de l’information, le zapping constant d’une nouvelle à une autre, a interrompu la chasse. On est simplement passé à autre chose, à d’autres scoops.

On s’excuserait presque pour le dérangement auprès de ceux qui ont été éclaboussés par ce scandale.


[1] Les Paradise Papers désignent les révélations publiées en novembre 2017 par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ pour International Consortium for Investigative Journalism) sur la base d'une fuite de plus de 13,5 millions de documents confidentiels notamment issus du cabinet d'avocats Appleby, détaillant des informations sur des sociétés offshore. Parmi eux se trouvent des multinationales et de nombreuses personnalités de la vie publique.


Emmanuel Camus
Le 28-11-2017
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