Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les dirigeantes, moins agressives que les dirigeants

Le psychologue Steven Pinker estime que la baisse du niveau de violence, qu’il prétend avoir mesurée, est en partie due à la féminisation du leadership. Ça se discute.

Le monde serait-il moins violent et la planète plus paisible si les femmes y obtenaient davantage de pouvoir ? Les conflits y seraient-ils moins fréquents et les guerres plus rares ? Steven Pinker, qu’on a déjà évoqué ici prétend que le niveau de violence dans l’histoire humaine ne cesse de baisser. Dans son livre qui vient d’être publié en français, La part d’ange en nous, aux Editions Les Arènes, il attribue notamment cette baisse tendancielle à la féminisation du monde. Il évoque le mot de ce Japonais, Tsutomu Yamaguchi, rescapé du bombardement d’Hiroshima, qui avait commis l’erreur de se réfugier à Nagasaki… « L*_es seules personnes qui devraient avoir le droit de gouverner des pays dotés de l’arme nucléaire sont les mères qui donnent encore le sein à un enfant*_ ».

Les Etats européens, passés d’Etats guerriers et Etats-nannies.

Et il est vrai, commente Pinker, que « la différence biologique fondamentale entre les sexes » incite les mâles à « entrer en concurrence pour l’accès sexuel aux femmes », tandis que celles-ci « ont plus d’incitations à se tenir à l’écart des risques qui feraient de leurs enfants des orphelins ». D’ailleurs, cette répartition des rôles entre le masculin et le féminin semble avoir inspiré les Etats européens depuis 1945, selon l’historien américain James Sheehan. Autrefois focalisés sur la défense de leur territoire, ils se sont reconvertis dans la tâche d’accompagner leurs citoyens « du berceau à la tombe ». Un rôle typiquement féminin.

Cependant, il ne faut pas se faire trop d’illusions. Le même Steven Pinker rappelle que lors d’une réunion au sommet, Ronald Reagan proposa à Mikhaïl Gorbatchev une renonciation générale à la possession d’armes nucléaires. Margaret Thatcher réagit en lui donnant de violents coups de sac à main…. L’histoire démontre-t-elle que les dirigeantes sont-elles nécessairement moins belliqueuses que les dirigeants ? C’est une question, sur laquelle se penche la journaliste israélienne Josie Glausiusz sur le site Aeon. Et la réponse est mitigée.

Des femmes pacifistes et d’autres guerrières. Pas de généralisation.

Il est bien vrai que des femmes ont joué des rôles déterminants dans les mouvements pacifistes. Pensez à la poétesse britannique Dorothea Hollins. Elle avait imaginé lever une « Force expéditionnaire de paix » formée uniquement de femmes, qui se seraient interposées entre les tranchées ennemies en 1914. Le projet ne déboucha pas, hélas, mais il fut quand même à l’origine de la création de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, fondé plus tard par Helena Stanwick. Mais il y eut également, dans le même pays, à la même époque, des femmes pour se laisser gagner par la fureur nationaliste. Ainsi Emmeline Pankhurst, la fondatrice du mouvement des suffragettes pour le droit de vote des femmes, soutint à fond l’effort de guerre britannique durant la Première guerre mondiale.

Et, comme on sait, Margaret Thatcher fut le dernier Premier ministre du Royaume-Uni depuis Winston Churchill à se lancer dans une aventure guerrière : contre l’Argentine des colonels, pour la possession des îles malouines (Falklands). D’ailleurs, l’histoire fourmille de dirigeantes guerrières. Au XIX° siècle, en Inde, la rânî du Jhansi, Lakshmi Bâî, dirigea la révolte des Cipayes, le premier soulèvement contre la colonisation britannique. Elle est encore aujourd’hui célébrée comme la mère du nationalisme indien. Et Golda Meir était chef du gouvernement israélien durant la guerre du Kippour, en 1973.

Les reines et impératrices sans maris ont été les plus belliqueuses.

Mais on ne peut raisonner sur des cas particuliers. Et d’abord, parce que, jusqu’à un passé récent, les femmes n’ont occupé que rarement des positions de pouvoir. Katherine W Phillips, professeur d’éthique à la Columbia Business School, qui s’est penchée sur la question pour la période 1950-2004, dans 188 pays, estime pour cette période à 4 % le pourcentage des jours durant lesquels une femme a exercé les responsabilités suprêmes en tant que chef de gouvernements. 48 leaders de sexe féminin en tout ont pu émerger, 18 présidentes et 30 premières ministres, et parfois pour des périodes très courtes.

Oeindrila Dube, professeur d’études des conflits à l’Université de Chicago, a étudié 4 siècles de conflits dans 18 entités politiques dirigées par des monarques entre 1480 et 1913. 18 % d’entre eux seulement ont été des reines ou des impératrices. Mais, selon ses calculs, elles auraient été 27 % plus susceptibles que les rois et les empereurs à avoir engagé leurs sujets dans des guerres. Et ce sont les reines sans maris qui se sont révélées les plus belliqueuses. La raison ? Etant perçues comme « faibles », parce que femmes et seules, elles auraient surcompensé dans le domaine de la défense. Ainsi la Grande Catherine, devenue impératrice de Russie en 1762, à la mort de l’assassinat de son mari, le tsar Pierre III, mena des campagnes militaires impressionnantes qui agrandirent énormément la Russie. Elle annexa notamment la Crimée et plus de la moitié de la Pologne.

23 % de députées dans les Parlements du monde.

Et aujourd’hui ? A l’échelle mondiale, les femmes représentent 23 % des élues aux Parlements du monde entier. Soit une progression de 6,5 % en une dizaine d’années. Selon Mary Caprioli, une augmentation de 5 % du nombre des femmes dans un Parlement correspond à une baisse significative de l’agressivité des Etats. Nous irions donc dans le bon sens…

Brice Couturier
Le 24-11-2017
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