Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les villes, échelle idéale pour la transformation participative

Les villes sont-elles prédestinées à devenir ces « écoles de la démocratie » imaginées par Alexis de Tocqueville ? Toujours est-il qu’en matière d’expérimentation sur les nouvelles formes de gouvernance, ce sont bien les métropoles qui montrent l’exemple et ré-enchantent l’espace démocratique.

Presque 30 ans après l’invention des « budgets participatifs » au sommet de Porto Allegre, au Brésil, où en est-on de cette fameuse démocratie participative qui fit tant parler d’elle ?

Le siècle des villes

Certes, on cite souvent les « métropoles laboratoires » que sont Madrid et Barcelone où une alliance de mouvements citoyens s’essaie à de nouvelles formes de gouvernance. On dévide en boucle le (merveilleux) exemple de Hambourg dont les 1,7 millions d’habitants ont organisé eux-mêmes, en un temps record, l’accueil de… 50.000 migrants ! On nous rappelle que ces pratiques sont courantes chez nos voisins scandinaves et que dans le monde, plus d’un millier d’expérimentations ont été menées… Mais en France ? Où en est-on de la réalisation de la prophétie de Wellington Webb, ce maire de Denver, Colorado, qui annonça en 1999 : « le XIX° fut le siècle des empires, le XX° celui des Etats-Nations, le XXI° siècle sera celui des villes »...

Think global, act local

Loin encore malheureusement des « 70% de maires ayant fait de la participation citoyenne un enjeu majeur de leur mandat » comme l’ont répété à tort plusieurs médias, un certain nombre de villes sont bel et bien engagées dans une démarche participative. « Metz, Nantes, Paris, Bordeaux, Rennes… un peu plus de 5%, rectifie Loïc Blondiaux, sociologue spécialiste de la question*. Ce qui est nouveau, c’est que les plus avancées ont dépassé l’expérimentation et inscrit ces pratiques dans leurs fondamentaux : conseils de quartiers, budgets participatifs, plates-formes de contribution en ligne, etc. les élus disposent aujourd’hui d’un vrai catalogue de techniques et d’outils».

Sachant que « le dialogue citoyen est un choix politique très exigeant », témoigne Johanna Rolland, la maire de Nantes qui, via « 300 démarches diverses, associe chaque année les habitants à la gestion de leur ville, du quartier à la métropole. Faire la démonstration que ce choix est réellement productif pour les citoyens représente certes un surcroît d’engagement quotidien, mais nous sommes véritablement en train d’inventer une ville plus transversale, collaborative, ouverte et créative. »

Une ville sinon rien

Alors, pourquoi les villes et pas les départements ou les régions ?... D’abord parce qu’en ces temps de doute démocratique, les maires sont les élus les moins discrédités. Ensuite, « une génération d’édiles a intégré l’impossibilité qu’il y avait de mener plus longtemps l’action publique à huis clos, confie Loïc Blondiaux. Elle démontre que les communes sont bien ces « lieux commun » destinés selon Tocqueville à devenir «l’école de la démocratie». Enfin, comme argumentait Benjamin Barber (conseiller de Bill Clinton) dans son livre « Et si les maires gouvernaient le monde ? » : « Les villes représentent l’échelle idéale pour la transformation. Ce sont les lieux les plus naturels de la participation citoyenne, où s’exprime le mieux le dynamisme démocratique. Et ce, face à des maires devenus pragmatiques, pour lesquels les idéologies s’effacent devant la capacité à composer avec la réalité et apporter des solutions concrètes ».

A suivre donc…


* Dernier ouvrage paru : « Le nouvel esprit de la démocratie », Seuil.


Jérôme Bourgine
Le 9-10-2017
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz