Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Pourquoi la question d'un changement de gouvernance se pose-t-elle aujourd'hui avec acuité ?

Le premier objectif de la gouvernance est d’apprendre à vivre ensemble et à gérer pacifiquement et sainement la « maison commune » dans laquelle nous vivons. Or notre système politique en France se trouve aujourd’hui dans une impasse. Dans l’entreprise également, les évolutions technologiques et sociologiques imposent une réflexion en profondeur sur ses modes de gouvernance.

Jadis, les dirigeants étaient supposés plus éclairés et compétents que leurs administrés pour mener les affaires de la nation.La démocratie représentative avait un sens quand le peuple était ignare. A notre époque, la population est largement informée et consciente de ce qui est bon pour elle.Cette croyance a fait son temps. Le mythe de l’homme providentiel s’est également évanoui…

Divers, différents, indépendants

Michel Foucault posait un diagnostic très juste sur les sociétés occidentales des années 60 et 70. «Ces dernières années, la société a changé et les individus aussi ; ils sont de plus en plus divers, différents et indépendants»[1]. En démocratie, le changement ne peut donc plus s’imposer ; il faut composer avec le consentement des sujets. Les individus aspirent à être davantage acteurs, ils veulent plus de transparence et d’implication concrète dans la conduite des affaires publiques. Se prononcer une fois tous les cinq ans sur les principales orientations à venir, est-ce (encore) satisfaisant ? Comment faire vivre la démocratie de façon permanente ?« Tout indique qu’il faut repenser notre manière de concevoir et d’organiser la décision collective, la participation des citoyens, l’engagement de chacun dans les affaires de tous et queles manipulations successives des institutions pour aller vers plus de présidentialisation, plus de personnalisation du pouvoir, moins d’élaboration en commun de la loi, ont épuisé les démocrates et la démocratie »[2], atteste l’historien Olivier Christin.

Pas de fatalité

Cet épuisement n’est pas une fatalité. Nos voisinssuisses ont actuellement une confiance record en la politique.Comment innover et se réformer alors ?« Les pays les plus avancés dans l’innovation démocratique en Europe sont souvent ceux dont les populations sont assez petites : Islande, Irlande, Danemark, Hollande, Belgique. Ce qui me semble normal. L’innovation démocratique passe toujours du local au national, voire au transnational. Les petits pays européens sont des laboratoires démocratiques très intéressants »[3], précise l’historien et écrivain belge David Van Reybrouck. La solution passe donc par le local ; une idée pas si évidente que cela pour notre Etat jacobin…

Et dans l’entreprise ?

Le même besoin de renouveau s’impose dans l’entreprise.Sur le plan économique, nous assistons en effet ces dernières années à l’émergence d’un capitalisme cognitif. Une nouvelle forme de capitalisme, dans laquelle la créativité et la production de connaissances occupent une place centrale. Conséquences ?« Le phénomène clé n’est plus l’accumulation de capital fixe, mais la capacité d’apprentissage et de création de la force de travail »[4], soulignentToni Negri et Carlo Vercellone. Cette« création de la force de travail » ne s’obtient plus en répétant les schémas qui ont prévalu avec l’organisation scientifique du travail théorisée par Taylor. Dans l’économie de la connaissance, écrit André Gorz,« le travail, pratiquement tout travail dans tous les types de production, exige du travailleur des capacités imaginatives, communicationnelles, cognitives, etc., bref, l’apport d’un savoir vivant qu’il doit puiser en lui-même »[5].Savoir, c’est pouvoir : dans une telle économie, les rapports de pouvoir se rééquilibrent de fait. On ne peut donc plus diriger comme avant...



[1] M. Foucault, Dits et écrits, tome II, Gallimard, 2001.

Et dans l’entreprise ?

[2] Tribune pour le journal Libération daté du 4 mai 2017.

[3] Interview pour le journal Libération daté du 7 mars 2014.

[4] Revue Multitudes n°32.

[5] A. Gorz, Écologica,Éditions Galilée, 2008.


Antoine Lefranc
Le 18-09-2017
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