Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Permaéconomie : une nouvelle vision de l’économie inspirée par le vivant

Le développement durable tarde à se concrétiser dans la vie économique. Des pionniers se manifestent pourtant en appliquant les principes de la permaéconomie. Inventeur du concept, Emmanuel Delannoy expose les avantages de cette approche pragmatique qui vise à changer le rapport entre création de valeur économique et consommation d’énergie et de matière.

Dirigeant : Quelle est la genèse du concept de la permaéconomie ?

Emmanuel Delannoy : Une prise de conscience s’est opérée dans les années 70, quand certains ont avancé que le temps était venu de rompre avec une logique basée sur l’exploitation et la financiarisation au détriment des ressources naturelles. Avec la permaculture, il s’agissait de contribuer au maintien de la richesse, de la diversité biologique et de la fonctionnalité écologique, des sols, ce « capital naturel » de la terre.Aujourd’hui, les principes de la permaculture s’avèrent pertinents bien au-delà de la sphère agricole. La permaéconomie en est une extension au champ économique tout entier, de la production au commerce. C’est une nouvelle vision de l’économie inspirée par le vivant, à même d’entretenirles conditions de sa propre pérennité en favorisant le réinvestissement dans le capital humain, social et naturel.

D : Comment ce nouveau modèle qui veut concilier économie et écologie peut-il créer de l’emploi durable et suffisant ?

E.D. : Nous passons d’un modèle industriel où la priorité est donnée à la réduction des coûts de production par la recherche d’économie d’échelle à une approche « servicielle » qui privilégie la création de valeur pour les clients. L’usage va primer sur la fabrication. Les services après-vente-installation, maintenance, réparation, reconditionnement, formation… — occuperont un rôle central. En conséquence, les entreprises vont être amenées à localiser ces activités à proximité des clients. On passe d’une logique mondialisée à une approche de proximité qui entraînera une relocalisation des activités de production. Il faut également tenir compte de la création d’emplois dans ces nouveaux services, par exemple dans la mise en œuvre de l’écologie industrielle et territoriale, qui fait des déchets les uns les ressources des autres, et se traduit par la création d’activités de collecte, tri et traitement.

D : Quelles sont les bonnes pratiques à adopter pour une entreprise qui voudrait « se convertir » à la permaéconomie ?

E.D. : Au départ, il faut établir un autodiagnostic en répondant à une question clef : « est-ce que notre entreprise crée de la valeur nette ? » Autrement dit, comment l’entreprise peut laisser une empreinte positive sur la société, contribuer non pas à « faire entrer la biodiversité dans la l’économie », mais au contraire de « replacer l’économie dans la biodiversité ». A chaque entreprise de trouver des solutions où elle sera gagnante, en s’inspirant de douze principes de base. Il faut penser autrement en imaginant des innovations qui prennent en compte tous les aspects (techniques, organisationnels, sociaux, économiques). Adopter une approche permaéconomique, ce n’est pas destiné à donner une bonne image de son entreprise dans son rapport annuel, mais à se traduire en performances quantifiables.


Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Le 29-11-2017
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