Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les candidats au leadership de la mondialisation : l'Europe

L’Union européenne, puissance commerciale, apparaît mieux en phase avec le monde, devenu multipolaire. Mais elle pèse moins que l’ensemble des pays qui la composent.

Quelle place pour les Etats-Unis dans l’ordre international, si son président décide de rompre avec le système mis en place, dans une large mesure, par les Américains eux-mêmes ? C’est un sujet sur lequel planchent en ce moment tous les think tanks. L’élection de Donald Trump marque un tournant dans la manière dont les Américains perçoivent leur rôle sur la scène internationale.

On n’imagine pas les Etats-Unis nous faire une de ces crises d’isolationnisme auxquels ils ont succombé à plusieurs reprises dans le passé. Trump lui-même n’appartient pas à cette école. C’est un disciple d’Andrew Jackson, un jacksonien. Ces gens-là estiment globalement que le rôle du président est de se recentrer sur les intérêts américains. Ils sont méfiants envers l’idée selon laquelle les Etats-Unis auraient une espèce de mission universelle à accomplir. Traditionnellement, ils soupçonnent les élites libérales, « Washington » comme on dit, de négliger les intérêts américains au profit de vastes desseins.

Les jacksoniens sont en diplomatie, des réalistes, avant tout préoccupés de la sécurité de leur pays. Or, les Etats-Unis ont de vastes intérêts à travers le monde. Les défendre implique de maintenir les dépenses militaires à un niveau élevé. Si les Etats-Unis, avec Trump, vont renoncer en partie à jouer le rôle central qui a été celui de l’ex — « Hyperpuissance », ils ne vont donc pas pour autant se retirer du monde.

Il est cependant évident que l’élection de Trump marque un tournant diplomatique, pour les Etats-Unis, estime Richard N. Haass, le président du Council on Foreign Relations. L’engagement de naguère envers les institutions internationales, tel que le FMI, fait place à une conception résumée par l’expression « l’Amérique d’abord ». Les alliances militaires elles-mêmes ne sont plus aussi crédibles que par le passé. Le soutien des Etats-Unis sera accordé en fonction de la manière dont le président considère qu’il sert les intérêts américains. De manière générale, la nouvelle administration voit le commerce international et l’immigration avec suspicion. Elle n’est pas favorable à la mondialisation.

Qu’on ne s’attende pas, confirme Richard Haass, à un tournant isolationniste. Les Etats-Unis ne se sont pas retirés du Moyen-Orient. Ils vont resserrer l’étau sur la Corée du Nord, dont le programme nucléaire militaire les inquiète réellement. Mais l’époque où Washington aspirait à dominer l’ordre mondial et à le faire coïncider avec l’image que les Etats-Unis se font d’eux-mêmes est terminée. Une phase se termine, celle du leadership américain.

Du coup se pose la question : les Etats-Unis peuvent-ils être remplacés dans le rôle de leaders planétaires ? Une autre puissance peut-elle prendre la tête de la mondialisation ?

Et chacun a ses candidats. On parle beaucoup de la Chine, qui a des atouts. J’y reviendrai demain. Mais l’Union européenne elle-même est bien configurée pour prendre le relais, prétend Javier Solana, l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Espagne et ex-secrétaire général de l’OTAN. Puisque les Etats-Unis renoncent à jouer le rôle de « stabilisateurs de l’ordre mondial » et de promoteurs de « l’internationalisme libéral », l’Union européenne devrait poser sa candidature, estime Solana.

L’Europe est mieux à même d’assumer un rôle de leader que les Etats-Unis, parce qu’elle est mieux adaptée à un monde devenu multipolaire. La Chine elle-même est embarquée dans la mondialisation et ne doit pas être considérée comme une « puissance révisionniste » de l’ordre international, poursuit Solana. Elle est devenue l’un des principaux « actionnaires » de la mondialisation. De son côté, l’UE, grande puissance commerciale peut, en partenariat avec la Chine et les autres émergents, revigorer les institutions multinationales. Sous-entendu : si les Etats-Unis entendent tourner le dos à la mondialisation, on peut continuer sans eux.

Ce n’est pas du tout l’avis de Richard Haass, on s’en doute. Pour lui, l’Europe est trop occupée à régler ses problèmes internes pour pouvoir se projeter sur la scène mondiale avec un réel succès. L’Union européenne, écrit-il, « pèse moins lourd en tant que bloc que la somme des Etats qui la composent ». Trop légère pour prétendre remplacer les Etats-Unis.

Quant à la Chine, selon Haas, ses dirigeants ont trop à faire pour maintenir une croissance artificielle et conjurer le spectre de la révolte populaire. Elle ne peut pas jouer, sur la scène internationale, le rôle que lui permettrait en théorie sa puissance. Ses priorités sont la consolidation de son influence géopolitique, non pas la création de règles et l’organisation du monde. Ce qu’on peut espérer de la Chine, c’est qu’elle promeuve un encadrement du commerce et des mécanismes assurant la sécurité dans sa zone d’influence : en Asie. Car l’une des alternatives à l’ancienne mondialisation serait la formation de blocs régionaux intégrés. Mais elle n’a même pas les moyens de prévenir un conflit, toujours possible, entre l’Inde et le Pakistan.

L’absence d’un successeur désigné à la puissance américaine ne signifie pas que le monde multipolaire va nécessairement glisser vers le chaos, comme le prétendent les esprits chagrins, poursuit Richard Haass. On peut imaginer que les pays les plus puissants se mettent d’accord entre eux, afin de remplacer les Etats-Unis. Une espèce de leadership collégial, en somme. Mais pourquoi les Américains tiennent-ils tellement à l’existence d’un leader mondial ? L’humanité a su s’en passer durant des siècles…


À l’affût des nouvelles parutions sur les 5 continents, livres, revues, articles, imprimés ou numériques, Brice Couturier lit pour vous, avec l’appétit qui le caractérise, tout ce qui lui passe par la main et vous en propose la synthèse sur France Culture.


Brice Couturier
Le 15-09-2017
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