Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Comment sont perçus les Français au travail ?

Comment les Anglo-saxons travaillant en France nous perçoivent ? Quels sont nos travers ? Enquête.

«D’interminables mains à serrer, un tour de l’immeuble obligatoire, une cérémonie digne de l’accueil dans une académie militaire». Patrick Heard consultant aujourd’hui dans le cabinet Accenture se souvient de sa première expérience dans une entreprise française. «En Grande-Bretagne nous sommes moins formels et un petit “salut” ou “signe de la main” en passant suffit». «Et le culte des réunions ! ça, c’est une spécialité française », s’amuse une Américaine venue du New Hampshire.

Un autre monde

Avec des ancêtres québécois Anne-Louise Lamontagne avait envie de retrouver ses racines francophones et de goûter aux plaisirs du « savoir-vivre à la française ». Mais une fois passé le seuil de la porte d’une entreprise, elle a découvert un « autre monde ». Alors qu’elle ne songeait a eu sa première expérience professionnelle, on l’a regardé étrangement «Comment, vous ne demandez pas un CDI, vous n’aurez pas la sécurité, les congés payés…». On lui ensuite fait subir des questions à base de stéréotypes « Alors, les Américains sont obèses ? », « Vous ne mangez pas à table ? ». Elle découvre un mot : la procrastination. «Moi qui étais habituée au Do it, je suis entourée de collègues qui disent régulièrement : on verra ça demain». Mais le plus étonnant reste à venir : le management à la française. Autre découverte linguistique, le mot « patronizing » vient du mot français « patron ». Il désigne une manière condescendante et paternaliste de se comporter. «Monsieur Dupont, vous en êtes où ?» Pas question de l’appeler par son prénom. Le vouvoiement établit une distance. Elle fulmine contre des « petits chefs » qui, au lieu d’encourager, s’adressent de manière froide et méprisante à leurs équipes comme s’ils ne leur faisaient pas confiance. Loin de la « culture d’émulation », elle supporte mal la «culture du mépris» où le directeur méfiant se méfie dès qu’on a des idées ou des conseils parce il pense qu’on veut son poste. « Aux Etats-Unis, en règle générale, on s’implique avec beaucoup d’intégrité et les patrons de PME agissent avec de la bienveillance. Comme en sport, on parle de dream team. Tout le monde travaille en équipe, dans un but commun. Les patrons des PME écoutent les employées et les encouragent. L’épanouissement personnel compte plus que le salaire ».

Culte de la hiérarchie

« Cloisonnement ». C’est le premier mot qui est venu à Graham Inglis lorsqu’il a commencé à intervenir comme consultant informatique. Habitué aux openspace, il découvre les bureaux fermés. «C’est très intimidant, on n’ose pas frapper et poser des questions souvent urgentes. En Ecosse, lorsqu’on veut que quelqu’un rentre on laisse ouvert, on ne ferme qu’en cas de nécessité». Mais pour cet écossais, c’est le cloisonnement dans l’organisation qui pose problème. «Il est très difficile de travailler de manière transversale, car il faut sans cesse passer par la structure pyramidale de telle ou telle direction.Même si le mot transversal est à la mode en France, il y a de vieux réflexes. Rien à voir avec l’Ecosse où nous privilégions les groupes de travail polyvalents qui permettent d’avancer sur un projet de changement».

Passée par le marketing chez Schlumberger et des PME, Karena Buckingham n’hésite pas à parler de « culte de la hiérarchie » qui remonte à l’époque de Colbert et à l’empreinte de Napoléon. Même si elle apprécie « côté latin des Français », elle déplore le manque de pragmatisme. «Le Up Down continue de fonctionner à plein régime même si l’on entend ici ou la des notions venues de chez nous, comme le management par projet, il manque de la transversalité, c’est étouffant et source d’incompréhensions dans les relations des deux côtés de la Manche. Entre Frogs et Rosbeef, on a toujours du mal à se comprendre». C’est ce qui l’a conduit à créer une entreprise, « L’accent anglais » pour favoriser les relations franco-britanniques en termes de développement de produits, de distribution et de bonne intelligence. Elle s’amuse toujours à rappeler à l’ordre les Français lorsqu’ils négligent le typique « gentleman agreement » dans un échange mail avec leurs homologues britanniques. Lorsqu’un Français adresse « When is the order ? », elle lui conseille d’écrire « When do you think we could expect the order ». De l’importance de mettre les formes…

Des progrès notables

Les salariés rencontrés pointent néanmoins des signes d’évolution. Influence des cabinets anglo-saxons ? Effet de mode ? Pour Graham Inglis, la génération Internet et sa quête des rapports plus directs et immédiats font bouger les organisations les plus rigides.«Si cela change, ce n’est pas pour être à la mode anglo-saxonne, c’est une nécessité, car les cloisons sont un frein à la circulation de l’information».

Gilles Trichard
Le 26-06-2017
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