Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les technologies nous rendent-elles plus humains ou plus bêtes ?

L’esprit critique ? Combien de cadres managers dont les compétences sont reconnues, se révèlent souvent incapables de questionner les outils et les process qu’ils utilisent. Bref, l’esprit critique leur manque. La techno peut-elle leur venir en aide ?

«Un tel déficit est problématique souligne Marc Lavoie, responsable R&D d’une société de logistique. Si un cadre n’est pas à même de juger et de prendre du recul, la capacité d’innovation de l’entreprise s’en ressent». Pour sensibiliser à la souplesse d’esprit, les psychologues et les recruteurs utilisent des systèmes d’évaluation, tel que le Watson Glaser Critical Thinking Test.Ce test mesure l’habilité analytique des managers et leur capacité à juger les choses de manière objective, en particulier, pour les postes décisionnaires.Mais avec l’explosion des smart technologies, ce genre de test est-il encore up to date ? «La pratique de l’autorité est aujourd’hui de plus en plus contestée par les jeunes.Ce que lesaînés n’osaient pas toujours dire,les ‘digital natives’ et les geeks ne se privent pas de le faire valoir par leurs idées et leur agilité” poursuit Marc Lavoie. Mais nombre de postes semblent encore échapper aux bienfaits de la contradiction. Dans un livre dont le titre est provoquant, “Pourquoi des machines plus intelligentes font des hommes plus bêtes”, Simon Head chercheur à l’Université de New York, décortique les pratiques des call-centers et analyse comment les scénarios de dialogue informatisés induisent chez les téléconseillers des comportements “décervelés”.

Force est de constater que les systèmes de formation, font peu de cas de la créativité note Ken Robinson, l’un des conférenciers les plus visionnés sur TED.Ce dernier met en évidence la nécessité de développer la capacité à avoir des idées originales.Daniel Andler, fondateur du Département d’études cognitives de l’Ecole Normale Supérieure, ne désespère pas. “On sait désormais queles humains arrivent à la naissance avec une cognition structurée, qui leur permet de faire très rapidement le meilleur usage des informations. L’apport environnemental ne peut être exploité que par un cerveau déjà équipé.Grâce à sa plasticité, l’esprit humain est capable d’apprendre à tout âge. L’idée des sciences cognitives est qu’une meilleure compréhension des processus de l’apprentissage et de l’univers numérique dans lequel nous vivons peut nous donner des indications utiles sur la pertinence des outils digitaux”.

Il n’y a pas d’internet radieux” soutient Katherine Hayles. Selon cette enseignante de l’Université de Duke aux Etats-Unis,le problème n’est pas celui de l’intelligence ou de la bêtise, mais celui de la culture. Les internautes qui évoluent dans un environnement numérique de “rich media”, ont plus de mal à accéder à ce qu’on appelle la “deep attention”, c’est-à-dire, l’accès à l’esprit critique. Derrière ce constat, l’universitaire décèle une crainte plus générale : que ne disparaisse l’opinion publique ! L’impact des jeux vidéo, du zapping dans les réseaux et du “trop-plein” d’informations auraient pour conséquence majeure de brouiller la concentration.

Reste à savoir si l’usage massif des smart phones et tablettes numériques, transforme la structure même du cerveau. “L’agilité des jeunes générations s’exprime dans un domaine donné, mais elle n’est pas généralisable”, indique Daniel Andler. Ils ne deviennent pas plus intelligents que leurs aînés. Mais parce qu’ils sont addicts aux écrans vidéo, ils sont culturellement différents.


Yan de Kerorguen
Le 20-06-2017
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