Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Baluchon : made in 93

Créée en novembre 2014, l’entreprise Baluchon est spécialisée dans la conception, la fabrication et la distribution de repas. Son originalité : elle est implantée au cœur d’une cité de Romainville en Seine-Saint-Denis et près de la moitié de ses salariés est en insertion.

Tartare de veau à la thaï, beignet de fleur de courgette ; filet de canette rôti, émulsion de champignons enoki, polenta crémeuse au parmesan et aux herbes de Provence ; encornet farci, tomates multicolores et herbes fraîches... A Baluchon les recettes, c’est du sérieux.Elaborées à partir de produits frais, locaux et de saison, elles sont de plus régulièrement renouvelées. La qualité, c’est la marque de fabrique de cette toute jeune entreprise créée en novembre 2014 par François Dechy. Après avoir travaillé dans la finance solidaire, il se lance dans l’aventure entrepreneuriale en créant d’abord une association, A table citoyens. Ce passionné de cuisine, issu d’une famille d’agriculteurs, veut d’abord tester son activité à travers une étude action. L’idée de départ, éprouvée auprès de salariés de Vinci – la fondation de l’entreprise est l’un des premiers partenaires de la structure —, c’est de livrer sur leur lieu de travail des repas frais entreposés dans des frigos fermés à l’aide de serrures à code pour leur dîner du soir qu’ils n’auront plus qu’à réchauffer. Très vite, François Dechy et ses premiers collaborateurs réalisent que les plateaux-repas ont davantage de potentiel et, sans totalement abandonner leur premier concept, réorientent l’activité. Une dynamique qui depuis le lancement ne s’est jamais arrêtée, l’entreprise amplifiant sans cesse son offre de services (voir encadré). « Notre succès est lié au fait que nos recettes sont bonnes, mais aussi parce que dès que nous constatons un besoin, nous y répondons. Nous sommes souples et réactifs. Le marché est concurrentiel, il faut souvent se réinventer », explique Louise Fourquet, directrice associée. Il en va ainsi de « cantines délivrées » dédiées aux PME isolées ; les salariés commandent en ligne pour toute la semaine et les repas, payés en tickets restau, sont livrés chaque jour… L’activité est en cours de développement.

Du chaud au froid

En cette matinée de fin d’été, on s’affaire à Baluchon pour honorer les commandes du jour. Implantée dans l’ancienne cantine municipale de la ville de Romainville (93), située au cœur de la cité Marcel Cachin en pleine rénovation urbaine, l’entreprise accueille aujourd’hui 45 salariés, dont 22 en insertion. Jeunes décrocheurs, seniors, femmes au foyer retrouvant une activité… ils sont exclusivement originaires de Seine-Saint-Denis. Embauchés de 18 à 24 mois comme agents polyvalents de restauration, ils travaillent sous la houlette d’Abdel Bentara, le directeur de l’exploitation. La cuisine, c’est son royaume et c’est avec un mélange de bienveillance et d’autorité qu’ils managent ses troupes qui tournent aux différents postes : légumerie, cuisine chaude, conditionnement, plonge… « Avant baluchon, je travaillais dans une entreprise classique, mais j’ai accepté de relever le défi dès le début et je suis fier de participer à cette aventure, malgré les difficultés.Cela prend du temps de responsabiliser et d’autonomiser du personnel non qualifié. Mais grâce à la confiance que je leur porte, certains progressent », explique-t-il. Une progression qui peut se chiffrer, car Baluchon, labellisé l’entreprise d’insertion, a déjà recruté deux employés en insertion au poste de chef d’équipe et 50 % de ceux passés par la structure trouvent ensuite une formation ou un emploi. « La performance économique de l’entreprise est au service de la performance sociale ; nos valeurs sont incarnées par notre mode de gouvernance, le comportement de nos actionnaires, notre façon de manager », explique François Dechy qui se définit lui-même comme citoyen et entrepreneur.

Concrètement, Baluchon, c’est toujours une association – A table citoyenne organise notamment des ateliers d’initiation à l’alimentation et au goût dans des écoles du département et des maisons de quartier, accompagne des jeunes pousses ayant des projets proches de ceux de baluchon, etc. –, elle-même actionnaire principale de la SAS. « L’association est garante du projet politique de l’ensemble », précise François Dechy. Un projet politique très ancré sur son territoire, le 93, où le fondateur de Baluchon vit depuis quinze ans. « C’est un département confronté à d’énormes difficultés situé dans l’une des régions les plus riches d’Europe, poursuit-il. Le rôle d’une entreprise sociale, c’est de rééquilibrer les flux entre les zones délaissées et les zones très dynamiques en allant chercher la richesse dans les quartiers riches pour que les quartiers pauvres en bénéficient via la création d’emplois ».

Vu la longue liste de projets sur la feuille de route de Baluchon, l’entreprise ne devrait pas cesser d’embaucher : d’ici 2017, la structure va développer une activité de fabrication de confitures – sous la marque Re-belle – avec des fruits et légumes invendus, ouvrir un incubateur, lancer une société d’investissement et de mutualisation de moyens pour les fonctions supports ainsi qu’une agence de conseil et d’événementiel en partenariat avec d’autres structures de l’économie sociale et solidaire… Vous avez dit réactif ?


Anne Dhoquois
Le 30-05-2017
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz