Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Après la prison, l’espoir d’une (ré)insertion réussie

Echapper à la délinquance grâce au travail, le sujet est brûlant. Là aussi, l’implication des entreprises s’avère plus que nécessaire.

publics : «Comment rendre la prison enfin utile ? » Il soulignait le rôle essentiel des associations et des entreprises. Dans la foulée, en 2011,une Charte des entreprises pour la réinsertion des sortants de prison, publiée par ce même Institut Montaigne, en collaboration avec l’association l’Ilot, affichait comme impératif la nécessité de réinsérer les sortants de prison par la formation professionnelle et de convaincre les entreprises de les embaucher.

AGIR SUR L’ACCOMPAGNEMENT

Message reçu, du moins en partie. La construction d’un projet professionnel est la voie incontournable pour la réinsertion. L’immersion en entreprise est une des voies à creuser pour une réinsertion réussie, conviennent la plupart des acteurs de l’emploi. Fournir un revenu aux détenus par l’emploi permet entre autres d’indemniser les victimes, d’assurer un soutien familial et de participer à la lutte contre la récidive. Pour la FNARS, un des grands acteurs de l’action solidaire, on estime essentiel «d’agir sur l’accompagnement».Au Medef,on insiste sur le fait qu’il faut «une meilleure orientation du détenu en prenant notamment en compte les besoins des métiers en tension dans l’industrie».Des paroles aux actes, le chemin est long. Certes, plusieurs associations œuvrent à la réinsertion des personnes détenues, comme la Croix Rouge, le courrier de Bovet, Génépi, l’ANAP, CLIP.Les conseillers pénitentiaires de Pôle emploi soutiennent aussi les démarches de réinsertion. Mais la question du travail est rarement au premier plan.En 2014, l’association Maisons d’accueil L’Îlot a formé et accompagné vers l’emploi près de 150 personnes à travers un contrat d’insertion.L’Îlot a décidé, dans un premier temps, de former ses salariés en insertion au métier d’agent de restauration.

COACHING DE DETENUS

Côté expérimentation, une histoire mérite d’être rappelée. Elle se déroule à Nice, au CJD, en 2011. Jean-François Puisségur entend placer son mandat sous le thème de l’entreprise solidaire. Séduit par l’esprit d’ouverture du responsable de la maison d’arrêt de Nice de l’époque, qui avait invité une cantatrice à chanter devant les détenus, Jean-François Puisségur contacte alors le directeur, Géraud Delorme. Les deux hommes se rencontrent et naît alors un projet commun :réfléchir ensemble, avec les détenus, sur la question du travail légal et de son importance. Très vite, on constate la complémentarité des besoins. Les entreprises cherchent souvent des personnes pour des petits travaux, les détenus eux, veulent travailler, car certains sont endettés ou veulent soutenir leur famille. Plusieurs JD et 80 détenus participent à l’expérience. Des plénières de discussion sont organisées avec le directeur de prison, une entreprise commissionnaire et le SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation). Des brainstormings et des séances de coaching de détenus sont mis en place pour les aider à approcher la sortie de prison. Des binômes sont ainsi formés entre les jeunes dirigeants et des groupes de six détenus en fin de peine. Avec succès. Ces derniers apprécient la confrontation, qui leur permet de soumettre leurs projets à l’opinion de dirigeants.

FAIRE SE RENCONTRER DEUX MONDES QUI NE SE CONNAISSENT PAS

L’histoire a duré deux ans. « Un événement mémorable » dans la vie de Marion Aquino, membre du CJD de Nice, l’une des cinq participants à l’expérience. Pour cette dernière, cela a été l’occasion de confronterdeux mondes qui ne se connaissent pas et qui ont leurs habitudes.«Nombre de détenus sont souvent des entrepreneurs contrariés. De par leur personnalité, ils ne sont pas adaptés au statut de salariés. Ils préfèrent être à leur compte,explique Marion. Ce qui était compliqué, c’était d’expliquer que notre but était surtout d’accompagner les détenussur le chemin du retour à l’emploi. Certains ont montré leur déception. Ils pensaient qu’on était là pour leur donner du travail ».


Yan de Kerorguen
Le 5-06-2017
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