Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Nos futurs possibles en 2030-2050

Quels sont nos futurs possibles à quinze ans et plus ? Les conclusions du rapport établi par Futuribles au début de 2016 viennent d’être actualisées et condensées. Il ne s’agit pas de prévision : l’exercice ne prétend pas raconter ce que demain sera, mais d’identifier des tendances lourdes et des facteurs qui favorisent telle ou telle orientation de notre avenir.

La dynamique démographique

Nous pouvons influencer certains de ces facteurs. L’objectif est d’éclairer nos choix pour nous permettre d’agir dès à présent en citoyens responsables. Voici simplement quelques éclairages sur une immense question systémique, dont chaque partie, insistons sur ce point, interfère avec tous les autres.

Parmi les tendances lourdes, la dynamique démographique va donner un poids croissant à l’Asie et l’Afrique et accentuer le vieillissement, observe Hugues de Jouvenel. Pour le démographe Alain Parent, « l’une des questions capitales à moyen terme est de savoir comment les pays très pauvres à population très jeune vont continuer de cohabiter avec des pays très riches à population âgée, voire très âgée. (…) C’est là une des dimensions essentielles de la problématique des migrations, en cours et à venir, des pays du Sud vers ceux du Nord. » Et en particulier l’Afrique « aujourd’hui largement en panne de gouvernance, (subissant) déjà très violemment l’impact négatif d’un réchauffement climatique appelé à s’aggraver » ne pourra « accueillir durablement et paisiblement tous ses nombreux enfants nés ou à naître »

Une « hyperclasse »

Je remarquerai que l’une des incertitudes concerne le soutien intéressé apporté par gouvernements et entreprises occidentales à des régimes corrompus qui entravent le développement de nombre de pays que fuient leurs habitants. Mais nous ne savons toujours pas comment faire tomber un tyran sans que pire le remplace. Un exemple des multiples conflictualités de demain qu’analyse Jean-Pierre Maulny Directeur adjoint de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), dans ce numéro. Un facteur serait la poursuite de la montée des inégalités, observe Julien Damon, professeur à Sciences-Po Paris, qui donne quelques tendances extrêmement structurantes des évolutions sociales possibles dans le monde. Il insiste sur un élément explosif : « à l’échelle du monde, l’ensemble des populations du 1 % des pays riches compose ce qui a été baptisé unehyperclasse à laquelle profite assurément la dynamique de mondialisation. Dans les pays en développement, ce 1 % est typique non pas d’une économie de rente ou de stars, mais de systèmes de captation et corruption qui ne se sont pas éteints. Entre les deux populations extrêmes, les peu favorisés qui sortent de la pauvreté, et les très favorisés, se trouvent des classes moyennes inquiètes (dans les pays riches) et désireuses de changement (dans les pays pauvres). » La corruption, y compris chez nous, demeurera le frein majeur au développement humain et à la paix, comme je le rappelais à une assemblée du CJD international…en donnant des exemples à Marseille.

Le développement dépendra évidemment aussi des pénuries ou abondances des ressources, question examinée par Cécile Désaunay, Futuribles, et Éric Vidalenc (ADEME), pas uniquement au regard des réserves dont nous disposons mais, également, en termes de limites dues à l’impact des consommations sur l’environnement. Là encore, le comportement des hommes sera déterminant. Il sera influencé par les évolutions de l’éducation. Alain Michel et Lorène Prigent, conseillers de l’Institut européen d’éducation et de politique sociale, qui étudient le sujet, observent que « le système français de formation des adultes semble à bout de souffle sans que l’on puisse esquisser les conditions d’une sortie par le haut lui permettant de répondre de façon équilibrée aux défis sociaux et économiques auxquels il est confronté ».

Se projeter dans l’avenir pour sortir de la crise

La croissance économique est-elle en voie de disparition ? Pour l’économiste Charles du Granrut, « bien qu’elle n’en soit pas la cause unique, la crise économique et financière a accentué le ralentissement de la croissance, la montée du chômage, le creusement des inégalités et l’augmentation des déficits publics. (…) les perspectives économiques actuelles ne permettent pas d’envisager une résorption rapide et automatique des déséquilibres actuels. Mais, (…) se projeter dans l’avenir est indispensable pour sortir de la crise actuelle. »

En sommes-nous capables ? Le physicien Pierre Papon, ancien directeur du CNRS et de l’Observatoire des sciences et techniques, constate que « tout se passe comme si, en France comme dans de nombreux pays étrangers d’ailleurs, les dirigeants politiques étaient réticents à investir dans le long terme et en particulier dans la recherche scientifique, considérant que celle-ci doit être soutenue en priorité pour sa contribution à la compétitivité économique ». Illustration de la dictature du court terme, d’une économie ne cherchant que le profit immédiat…pour le 1% cité plus haut.

Or le développement se nourrira demain comme toujours d’innovations techniques et organisationnelles, qui ont besoin d’un apport constant de connaissances. L’évolution de la production, des entreprises et du travail, que j’analyse dans ce numéro deFuturibles, sera fortement guidée par les progrès scientifiques que décrit Pierre Papon. Mais les usages majeurs que les entreprises et la Société choisiront d’en faire seront déterminants. Le numérique a ouvert des possibilités énormes d’enrichissement et allégement des tâches, permettant de responsabiliser chacun, de maximiser l’intelligence collective interne et externe (salariés + clients + fournisseurs), de co-concevoir avec le client du sur mesure, en réduisant les impacts sur l’environnement dans l’esprit d’une économie circulaire. Ces possibilités sont ignorées par la majorité des grandes organisations dans le monde, par attachement à des organisations en silos, des commandements inefficients top-down, des profits immédiats. Or le scénario d’une économie conduite par des entrepreneurs-citoyens, la seule durable, reste à portée de volonté.


André-Yves Portnoff
Le 23-05-2017
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