Mai 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Taxer les robots ? Les subventionner plutôt !

Deux économistes, Yanis Varoufakis et Robert Shiller, estiment qu’il faut taxer les robots – ou, en tous cas, les entreprises qui en font l’acquisition. Quels sont les arguments de ceux qui s’opposent à cette idée ?

La revue britannique Prospect vient de publier un article résolument hostile à la taxe-robots. Il est signé Duncan Weldon, directeur de recherche d’un fond d’investissement, le Resolution Group. Weldon relève d’abord que les estimations concernant le nombre d’emplois menacés par la robotisation divergent tant entre elles qu’il est bien difficile de parvenir à une prédiction convaincante. Le plus alarmiste est le rapport du Global Institute de McKinsey, mis à jour en janvier dernier. Il porte sur 46 pays et concerne environ 80 % des emplois existant aujourd’hui à travers le monde. D’après ses auteurs, la combinaison de la robotique, de l’intelligence artificielle et des réseaux neuronaux va menacer un grand nombre des emplois existants et dans un grand nombre de secteurs. En gros, 78 % du « travail physique prédictible » serait remplacé. Et les deux activités-clés d’aujourd’hui, la collecte et le traitement de données, seraient affectées respectivement à 64 et à 69 %.

Mais le rapport de l’OCDE de l’an dernier parvenait à des conclusions moins pessimistes : il estime à 9 % le pourcentage des emplois existant aujourd’hui dans les économies développées susceptibles d’être remplacés dans les 20 années qui viennent. Ce qui correspond plus ou moins au rythme de remplacement des emplois que nous avons connu dans le passé du fait de l’automatisation. Pas de quoi paniquer.

Et Duncan Weldon, qui a travaillé un temps pour la BBC, affirme avoir découvert sur place un documentaire produit en 1978, qui tirait de la révolution des microprocesseurs la conclusion que « nos enfants n’auraient plus d’emplois en l’an 2000 »… On voit bien que ces prédictions ultra-pessimistes se révèlent, chaque fois, infondées.

La vérité, c’est que toutes les technologies permettant d’économiser de la main-d’œuvre provoquent un déplacement du travail. Nullement sa fin. Contrairement à ce que prédisait Jeremy Rifkin il y a vingt ans. Leur premier effet est d’augmenter la productivité. Celle-ci ne tarde pas à se traduire par des hausses de salaire, lesquelles produisent de la demande supplémentaire. Or, le problème fondamental que rencontrent nos économies depuis 15 ans, c’est une panne dans la productivité. Il faut donc accueillir généreusement nos amis les robots : ils tombent à pic…

C’est aussi la position défendue par Noah Smith, éditorialiste à Bloomberg. Si les robots nous permettent de sortir de la phase actuelle de stagnation de la productivité et de panne des investissements dans les pays riches, alors il faut encourager leur acquisition, au lieu de la dissuader par des taxes.

Izabella Kaminska, éditorialiste réputée du Financial Times raisonne ainsi : les entrepreneurs s’équipent de robots dans le but d’accroître la productivité. Cela s’analyse comme une augmentation de capital. Avant de se décider à consentir ces investissements assez lourds, ils vérifient que les coûts de maintenance de ces équipements (l’énergie consommée, les coûts de supervision et d’entretien, en particulier) seront inférieurs à la profitabilité qu’ils peuvent en attendre. Si tel est bien le cas, leur société améliorera ses profits. Et elle paiera donc davantage d’impôts. Rajouter une taxe sur les robots ne serait qu’une manière, pour les Etats, d’augmenter subrepticement l’impôt sur les sociétés. Décourager les investissements est une mauvaise idée.

Car à bien y regarder, les avantages comparatifs des robots sur les humains ne sont pas si évidents. Certes, les robots ne tombent jamais malades et ne demandent pas de pause-déjeuner. Mais ils n’ont pas la créativité ni la capacité d’adaptation des humains face à des situations inattendues. Les robots sont fabriqués à partir de matériaux rares et chers. Et surtout, l’espérance de vie au travail d’un robot est bien inférieure à celle d’un humain. Il est très rapidement obsolète. Bref, il n’y a pas tant d’activités dans lesquelles la supériorité du robot soit démontrée… En outre, Kaminska n’hésite pas devant la science-fiction, en écrivant que le risque de voir les robots devenir conscients et se livrer à des sabotages, voire à une révolution, ne peut être écarté.

Lawrence Summers, l’ancien Secrétaire au Trésor de Bill Clinton, et directeur du Conseil économique national d’Obama, estime que les robots ne constituent que l’une des innovations, parmi beaucoup d’autres, qui vont permettre d’augmenter prodigieusement la productivité du travail. Pourquoi s’acharner sur les robots en particulier ? Toutes ces innovations s’avéreront, du reste, bénéfiques parce qu’elles vont permettre d’augmenter et d’améliorer la production : les robots commettent moins d’erreurs que les humains... En fait, d’après Summers, les Etats, au lieu de dissuader l’investissement dans ces nouveaux équipements, devraient bien plutôt le subventionner… Quitte à ce que, ensuite, les profits réalisés grâce à eux soient imposés afin de financer la protection sociale des travailleurs chassés de leurs emplois.

Brice Couturier
Le 7-04-2017
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