Août 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Déplacer des montagnes

Crédit photo : Hector Palister Images
L’hiver et ses fameux sports. L’occasion de découvrir et faire connaissance avec Blandine Tridon, Directrice Générale Déléguée de Labellemontagne, et toutes ces personnes qui œuvrent à faire de nos vacances des moments inoubliables, là-haut, dans les stations. Portrait.

« Paysans de la neige ». Voilà comment Blandine Tridon qualifie avec un sourire son métier. Lorsqu’on est tributaire des conditions météorologiques, cela n’incite guère à la sérénité. Exploiter des stations de sports d’hiver n’est pas de tout repos. « Neige-t-il ? », voilà la question à laquelle est confrontée Blandine de manière pluriquotidienne quand la saison est ouverte et que les flocons se font attendre. Même le banquier participe à cette pression. « Le miracle, c’est que je le vis très bien ». Il y a effectivement des événements en face desquels nous humains sommes totalement impuissants. Le hasard ou la fatalité les régissent. Et puis il y a les événements sur lesquels nous pouvons et parfois même devons agir. Blandine a intégré cette leçon stoïcienne en se détachant des premiers pour concentrer son énergie sur les seconds.

C’est sans doute la raison pour laquelle cette Lorraine de naissance a vite été accrochée par l’entrepreneuriat, l’envie de transformer son environnement. Pourtant, le cadre familial de cette fille de pédopsychiatre et de médecin ne l’y prédestinait pas. Un goût prononcé pour les langues étrangères amène Blandine, diplôme de l’ESCP en poche, à s’orienter vers le tourisme. Pendant 18 ans, elle œuvrera dans le groupe Maeva. « Une belle aventure » dans ce qui était au début une PME. Blandine y exercera tous les métiers (commercial, contrôle de gestion, direction d’exploitation, DGA…). Elle veut tout, le terrain et l’expertise, le management et l’opérationnel. Le fil conducteur de cette boulimie ? « Etre en relation avec les autres, construire un collectif ». Autre constante, celle de ne jamais renoncer au terrain. « Dans mon parcours, j’ai pu aller là où je voulais, faire ce que je voulais. J’ai été très vite associée à la stratégie de l’entreprise ». A 27 ans seulement, elle fait partie du comité de direction de Maeva.

Et puis c’est la rencontre avec son PDG actuel, Jean-Yves Remy qui dirige Labellemontagne. Labellemontagne ? « Des Vosgiens qui viennent s’implanter dans les Alpes ! » et qui négocient pour cela un partenariat avec Maeva. La Lorraine se rappelle alors ses origines. « C’est une histoire de rencontre. Les moments de négociation sont des moments où les hommes et les femmes se révèlent le plus. Où les qualités humaines apparaissent ». Après une dizaine d’années de croissance, Maeva traverse une période d’instabilité. En cinq ans, plusieurs changements d’actionnaires et de dirigeants secouent l’entreprise et les valeurs de Blandine, plus vraiment en phase avec ce que devient son entreprise. Il est temps de partir vers d’autres cieux. Et de travailler enfin avec ce patron vosgien dont elle avait jadis apprécié l’audace et le sens de la parole donnée.

Chez Labellemontagne, entreprise familiale, Blandine avoue s’être sentie immédiatement « comme un poisson dans l’eau ». Elle découvre une entreprise pleine de sens, où chaque action est questionnée et reliée à un principe ou un objectif. « Pourquoi faisons-nous cela ? » Le sens encore, quand on imagine la force du lien qui unit l’entreprise et les différents territoires dans lesquels elle est implantée : LabellemMontagne est délégataire de service public de remontées mécaniques et domaines skiables. Cela nécessite la confiance des communes concernées et présuppose un lien particulier avec les salariés, tous ancrés dans les stations. Des salariés qui, de plus, exercent des métiers de passion (pisteurs, conducteurs d’engins de damage…). Une manière de considérer l’avenir bien différente que celle racontée par Jean Ferrat dans sa célèbre chanson « Que la montagne est belle », et l’exil presque contraint des montagnards vers la ville. Gagner la ville pour gagner sa vie… une réalité qui n’est plus exactement celle-ci aujourd’hui. Travailler dans une station de sports d’hiver, c’est pouvoir vivre au Pays ! Un des rôles – et pas des moindres — de Labellemontagne est en effet de contribuer au développement de la vie locale.

Pérennité, proximité, entrepreneuriat durable… le métier de l’entreprise est complexe. Il l’est parce qu’il est hautement capitalistique. Les investissements lourds l’engagent sur du très long terme. Complexe également de par les enjeux communaux et ce statut de délégataire de service public. Par exemple, un salarié de l’entreprise peut aussi être un élu, et donc un donneur d’ordres… Complexe encore à cause de l’attention permanente à la sécurité (des clients, et des salariés) que le métier exige. Complexe enfin par la multiplicité des détails de la chaîne de services. Mais c’est surtout un métier de passion, « un grand champ de possibles pour le marketing et l’expérience client, en réel ou en virtuel, un métier avec lequel nos clients ont plaisir à rester en contact ». Labellemontagne représente aujourd’hui 11 stations et 1.200 salariés en saison.

Les défis à venir ? L’incertitude climatique peut-être, « mais les montagnards savent s’adapter, trouver des solutions, se réinventer ». Le challenge à venir consiste davantage dans l’avenir du ski, activité parmi d’autres offres de loisir. Il faut travailler l’offre pour que ce que le client achète soit plus que du « simple » sport d’hiver, mais aussi un moment de partage et de rencontres. Et s’efforcer pour cela de garder le lien avec le client, dans un secteur aux destinations et alternatives hyperconcurrentielles. « Sans oublier de faire valoir que notre activité est respectueuse de l’environnement superbe dans lequel elle s’exerce ». C’est cette complexité qui contribue à rendre le métier passionnant. Métier avec lequel Blandine est parfaitement alignée.

Et le CJD ? Deux ans après avoir rejoint Labellemontagne, elle adhère au mouvement. « Une vraie chance », précise-t-elle. Et rétrospectivement une évidence. « C’est un lieu où j’ai pu travailler sur moi, échanger, me former, grandir. J’ai pu également faire profiter l’entreprise de tout cela. Les allers-retours entre le CJD et l’entreprise sont riches. Et après avoir tant reçu de ce mouvement, elle a trouvé juste de donner et transmettre à son tour en acceptant, après la présidence du CJD Savoie, de devenir Trésorière et membre du Comex du CJD France.

Ses ambitions pour Labellemontagne ? Dans l’entreprise, aller vers toujours plus d’autonomie dans le fonctionnement des équipes, continuer à responsabiliser. Pour l’entreprise, réfléchir à comment faire évoluer le modèle tout en préservant sa cohérence. Ses envies plus personnelles ? Continuer à apprendre tous les jours et ne jamais rester dans sa zone de confort. “L’entreprise reste un lieu d’apprentissage permanent”. Un beau terrain de jeu que Blandine n’a pas fini d’explorer.


Lionel Meneghin
Le 5-07-2017
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