Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


En cassant les codes, faire émerger de nouvelles logiques

Designer industriel de formation, Matali Crasset propose à travers ses réalisations une approche rompant avec les codes et basée sur le sur-mesure.

Dirigeant : L’entreprise s’ouvre de plus en plus à l’art. Votre travail permet ce trait d’union entre ces deux univers trop longtemps opposés. Comment conciliez-vous les deux logiques ?

MC : Etant un art appliqué, le design s’inscrit naturellement comme un trait d’union entre l’art et son domaine d’application. Mon approche personnelle est de me mettre au service du contexte. En cassant les codes, je fais émerger de nouvelles logiques. J’aime parler de design de rupture et c’est ce changement que j’aime accompagner.


Dirigeant : Comment contribuez-vous à faire émerger de nouveaux modèles dans l’entreprise ?

MC : Je vais prendre l’exemple de la rénovation de la Bibliothèque de la Cité à Genève. Ce projet s’inscrivait dans un contexte de forte baisse de la fréquentation combinée à l’émergence du numérique. Cette rénovation fut l’occasion de changer de paradigme et de prendre l’Homme comme point de départ. Il s’agissait alors de repenser l’espace pour mettre en valeur le savoir-faire des bibliothécaires. Leur valeur ajoutée réside dans la recherche d’informations pertinentes et nécessaires parmi la masse de documents accessibles. A travers des séances de travail et de réflexion, nous avons recueilli leurs attentes et besoins et défini comment nous allions les accompagner dans ce changement.


Dirigeant : Beaucoup de vos projets s’articulent autour du vivre ensemble. De nos jours, les gens aspirent à plus de lien entre eux, tout en ayant des comportements de plus en plus individualistes. Comment les amenez-vous à se retrouver ?

MC : En se montrant actif, déstructuré, on développe sa curiosité. Mon approche consiste à casser les inerties accumulées dans le temps par les structures bourgeoises. J’ai très tôt eu l’intuition qu’il fallait d’abord travailler sur la sphère de l’intime. Puis, quand on s’est approprié ce niveau, aller voir au-delà, accumuler les curiosités. Ma première création, la colonne de convivialité, proposait une alternative à la chambre d’ami. Ensuite, j’exploré d’autres domaines pour proposer aujourd’hui une palette d’interventions très large. En m’affranchissant des codes, j’expérimente, je tente des hypothèses, j’imagine des dispositifs qui sont validés ou non par leurs utilisateurs finaux.


Dirigeant : Pouvez-vous nous donner des exemples en entreprise ?

MC : Je rentre d’Italie et j’ai été choquée, mais positivement, par l’importance du design. Les entreprises y sont dessinées, conçues. Cette idée de créer une fierté de venir travailler dans un bâtiment n’existe pas en France. Une entreprise doit s’ancrer dans le monde contemporain. En la créant, il faut imaginer toutes les logiques qui vont s’y côtoyer aujourd’hui et demain. Je me tourne de plus au en plus vers l’innovation sociale. L’école « Le blé en herbe » de Trébédansymbolise cette volonté de créer du lien social. Au-delà du projet de réaménagement de l’école, les habitants souhaitaient offrir une nouvelle dynamique au village. J’ai présenté un projet qui, bien entendu, réorganisait l’espace pour l’enseignement, mais ouvrait également l’école à toute la population. Par exemple, la cantine peut servir d’espace de réception pour la vie associative du village.Mon approche vise à imaginer des modèles favorisant le lien social : je fais du sur-mesure en fonction du contexte et du terreau local.


Dirigeant : Quel univers non encore abordé souhaiteriez-vous explorer ?

MC : Je travaille avec le rêve des gens, et je vais ainsi beaucoup plus loin que ce que j’aurais pu imaginer. Je m’apprête à créer un espace évolutif pour le prochain show du chanteur Pierre Lapointe au Canada. Pour travailler en amont, nous avons conçu un mode opératoire en réseau et ce projet rassemble des étudiants, des créateurs, etc.

Dirigeant : Si vous deviez concevoir un modèle économique, quelles seraient vos pistes de travail ?

MC : Je crée des objets, je conçois des projets qui vivent, qui vont évoluer. J’aime bien la philosophie du pragmatisme pour qui penser une chose revient à identifier l’ensemble de ses implications pratiques. A travers mes voyages, je trouve des différences dans les rituels dont j’extrais de la matière à reproduire dans mes projets. Au contraire des designers du siècle passé qui cherchaient à uniformiser les choses, je veux amener de la diversité. Donc, pour répondre à votre question, je donnerai des mots : petite échelle, informalité, contexte.


Propos recueillis par Nathalie Garroux
Le 19-04-2017
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