Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Apprendre (par) l’action citoyenne

Du terrain citoyen pour futurs managers ou volontariat obligatoire pour futurs managers L’engagement citoyen doit être intégré dans le cursus des grandes écoles, préconise un récent rapport au gouvernement des Présidents des deux Assemblées. L’ESC Dijon a mis en place dès 2005 un module obligatoire, Pédagogie par l’Action Citoyenne. Son initiateur, Patrick Renard témoigne.

Dirigeant : Quelle était votre motivation en créant le module « la pédagogie par l’action citoyenne » à l’ESC Dijon ?

Patrick Renard : Arrivé comme professeur de sports, je me suis également investi dans la vie associative, ayant auparavant participé à de nombreuses associations. Tous les étudiants se montraient hyper intéressés, voulaient « aider les autres » et s’engager dans l’humanitaire avec un « grand h ». Hélas, je me suis aperçu qu’ils n’arrivaient pas à mener à bien leurs projets qui s’avéraient par trop grandioses. Il en résultait une immense déception. Cela me faisait mal au cœur car ces élèves voulaient vraiment donner de leur personne. Plutôt que de financer des puits en Afrique, il valait mieux ici à Dijon ouvrir des puits de savoir, d’envie. Plutôt que d’aller pousser des portes lointaines et difficiles, il suffisait d’en ouvrir à proximité dans la société civile. Une démarche a été lancée auprès d’associations et d’institutions. J’avoue que je n’ai pas été pris au sérieux au départ, mes interlocuteurs pensant que venant d’une école de commerce, la motivation était commerciale, financière, que je cherchais à collecter des fonds.


D : Finalement, le résultat a été atteint avec la création en 2005 d’un module, obligatoire, de 48 heures par an pour les deux premières années de scolarité…

PR : Le travail s’est mis en place avec le Secours Populaire, le Secours Catholique, le Téléthon, des groupes périscolaires de soutien aux élèves en difficulté, des MJC, l’Arche, une association d’aide aux personnes en situation de handicap, les établissements pénitentiaires… Mon objectif était de trouver des endroits où les étudiants allaient pouvoir apporter quelque chose qui serve. Ils n’allaient pas venir faire du markéting, de l’administration, de la comptabilité. Je voulais qu’ils soient sur le terrain, qu’il en résulte un enrichissement personnel croisé : apporter ce dont a besoin l’association et l’institution et en retour recevoir la valorisation de l’action effectuée.


D : Quel a été l’accueil des étudiants à cette forme de « volontariat obligatoire » ?

PR : Certains ont eu beaucoup de difficultés dans la pratique. Se confronter à des personnes dont on n’imagine pas la détresse, qu’elle soit physique ou intellectuelle, c’est compliqué. Ce sont des jeunes qui ont comme idéal de devenir des grands patrons et qui s’aperçoivent que la société n’est pas du tout comme on leur a vendu. Ils ont découvert que le malheur n’était pas à dix mille kilomètres mais aux portes de l’école. Ils sortent de prépas, ils ont réussi à intégrer une école très sélective, alors quand ils voient des gens qui ne savent pas lire et écrire, ils sont perturbés à tout le moins. Il a fallu les aider. Notre objectif était qu’ils comprennent la réalité de la société, ce qui se passe autour d’eux. Quand les étudiants sont allés dans des familles pour de l’aide aux devoirs, ils ont aussi aidé les parents. Résultat, cet engagement les a fait grandir. En dix ans, plus de trois mille étudiants se sont ainsi « frottés » à la société civile. Avec ce type d’action, ils ont gagné, excusez du mot, en « employabilité ». En tant que manager, si on n’est pas capable de se mettre à la place de son « managé », on a tout faux.


D : Au poste que vous occupez aujourd’hui en entreprise, pouvez-vous mettre en œuvre ce que vous avez défendu comme enseignant ?

RD : Dans le management, j’ai toujours fonctionné par le partage, l’empathie, l’aide de l’autre. Le métier de la propreté est très difficile et pas très bien reconnu. Je m’attache à être très proche des agents-environ 750- à les écouter et les aider à progresser. Je leur dis : vous faites quelque chose que les gens ne sont pas capables de faire, rendre les lieux propres, et que l’on voit. Je cherche à valoriser leur travail. Un véritable savoir-être sociétal suppose que patrons et employés utilisent la même logique, celle du gagnant-gagnant et non pas celle du donnant-donnant qui fait craindre une perte de pouvoir chez le patron et une crainte de ne jamais être assez rétribué de ses efforts par l’employé.


Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Le 20-03-2017
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