Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La campagne présidentielle française vue par Courrier International

Une campagne jugée passionnante, parce qu'elle ne se limite pas à un affrontement droite/gauche. Et qu'elle oppose des programmes autant que des personnalités.

Pourquoi se fatiguer à essayer de traduire des articles en néerlandais, alors que le magazine Courrier International a eu la bonne idée de consacrer un numéro spécial à l’image que nous renvoie la presse étrangère ? C’est un véritable bulletin de santé culturel, politique, économique et moral de la France, à la veille des élections qui vient de paraître sous le titre « France. Le temps des révolutions », en léger décalage avec son contenu. Mais on y trouve beaucoup de points de vue très intéressants. Et tout ce que je vais vous raconter aujourd’hui sort de cette publication – disponible chez tous les marchands de journaux.

Alors. Comment nous voient les autres ?

L’Orient-Le Jour, le grand quotidien libanais, nous trouve… mauvaise mine. Durant toute son histoire moderne, notre pays a été divisé par une ligne de fracture déterminante, mais finalement assez simple : la gauche et la droite. Tout s’y réduisait plus ou moins. Eh bien, c’est terminé. Politiquement, le pays est « n’est plus bipolaire, mais tri —, voire quadripolaire. » Ziyad Makhoul a raison : il y a dorénavant non seulement deux droites absolument inconciliables, mais aussi deux gauches qui divergent à peu près sur tout. Et même un centre ! Pas facile de faire émerger des majorités dans ces conditions. Pire, la France se met à ressembler au Liban – c’est un Libanais qui parle – « elle se communalise, elle se confessionnalise », « elle se balkanise, lentement, sûrement ». Du coup, nos capacités d’innovation, liées au caractère de creuset de notre nation, s’épuisent. Nous sommes moroses parce que nous sommes mauvais.

Ce manque de cohésion, doublé d’un sentiment de blocage fait le succès de ces comédies bien de chez nous, comme Médecin de campagne, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? La famille Bélier et autres Intouchables. La critique cinéma du Tagesspiegel de Berlin pointe avec discernement le mécanisme de compensation auquel répondent ces films. Toutes ces histoires sont bâties sur le même schéma : elles racontent l’arrivée d’un étranger dans un cadre familier, mais clos qui va réussir une intégration harmonieuse. Ce sont, écrit Daniela Sannwald, des « leçons de tolérance » « au niveau microsocial ». « On savait la société française en proie à un déficit colossal d’intégration », poursuit-elle, et ces films reflètent la nostalgie d’une vie simple, dans laquelle les conflits sociaux sont facilement surmontés. Pas mal vu !

Car la France est hantée par le spectre de la guerre civile. C’est ce que dit The Spectator, qui figure aussi au menu de ce numéro de Courrier International. Un haut responsable de la lutte antiterroriste aurait confié à CNN que ces services avaient « 15 000 extrémistes islamistes dans leurs radars ». Or, poursuit l’hebdomadaire culturel conservateur britannique, les islamistes souhaitent une victoire électorale du Front national, qui provoquerait des affrontements armés dans le pays. Et The Spectator de citer la fameuse mise en garde du Directeur général de la DGSI, « oui, nous sommes au bord d’une guerre civile (…) Encore un ou deux attentats ».

Cette inquiétude est partagée de l’autre côté de la Méditerranée. Abdou Semmar, rédacteur en chef du journal en ligne Algérie-Focus. « La France n’est pas outillée pour combattre le terrorisme », dit-il. Et de tracer un parallèle avec l’Algérie des années 90. « Nous avons laissé les jeunes radicalisés partir en Afghanistan, en pensant qu’ils ne rentreraient pas. Et nous nous sommes finalement retrouvés face à une armée clandestine de 150 000 hommes. La France a fait la même erreur avec les jeunes qui partaient en Syrie. » Fin de citation.

Le même Abdou Semmar révèle qu’Alain Juppé était « le candidat de l’Algérie », alors que Nicolas Sarkozy et Manuel Valls étaient mal vus dans son pays. Il estime aussi que la diversité de la société française « et même son passé colonial » serviront d’antidotes au risque de «trumpisation ». Il appelle les Algériens de France à s’impliquer davantage dans la vie politique du pays et critique – je cite – « le discours victimaire des banlieues ».

Et la politique ? La campagne électorale ? Comment la jugent ces journaux, sélectionnés par Courrier International ?

Passionnante, pour Le Temps (le quotidien de Lausanne). Autant les campagnes présidentielles des dernières décennies paraissaient limitées à de pénibles batailles d’égos : Chirac contre Balladur en 1995, Chirac contre Jospin et Jean-Marie Le Pen en 2002, Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal en 2007. Cette fois, relève le correspondant du Temps, les programmes comptent autant que les personnalités. Et il y a des propositions vraiment originales, voire décoiffantes. Fillon « fait bouger les lignes à droite ». Le revenu universel d’existence et le 49.3 citoyen de Hamon sont de vraies innovations. Et Emmanuel Macron, en appelant à voir les opportunités plutôt que les menaces de la révolution numérique et de la mondialisation, fait souffler sur le pays un vent d’optimisme rafraîchissant.

On relève un article intéressant du New York Times consacré à l’affaire Fillon. « La culture française fondée sur l’impunité et le privilège – billets de train et d’avion gratuits, voyages en première classe, chauffeurs, marbre et tapisserie – n’est plus un fait acquis », écrit Adam Nossiter. La vie hors-sol d’une classe politique qui se prend pour une noblesse d’Ancien Régime n’est plus tolérée. Elle s’expose au « même vent d’indignation et de colère » qui a soufflé récemment sur plusieurs vieilles démocraties. Toute la question est de savoir si elle gonflera ou non les voiles populistes…


Brice Couturier
Le 10-03-2017
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