Février 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L’apprentissage fait sa révolution

Le monde change… plus vite que les méthodes d’enseignement. C’est le constat établi par nombre de chercheurs et d’enseignants qui proposent de nouveaux modes d’apprentissage non sans une certaine résistance.

« Si un médecin mort il y a un siècle revenait à la vie et se rendait dans un hôpital, il serait totalement perdu. Ca ne serait pas le cas pour un professeur, car la façon d’enseigner n’a pas bougé et c’est cela qu’il faut changer », affirme Vicky Colbert, une colombienne qui depuis les années 70 a dédié sa vie à améliorer le modèle pédagogique des écoles rurales de son pays. Spécialisée en sociologie de l’éducation elle va créer avec un enseignant « la escuela nueva ». Leur credo : mettre l’enfant au centre de la classe et faire en sorte qu’il participe à son apprentissage, qu’il en soit le moteur, impliquant plus de dialogue et plus d’interactivité. Le professeur devenant alors un stimulateur de pensées et un organisateur de débat plutôt qu’un transmetteur de savoirs. La méthodologie a essaimé en Colombie, mais aussi à l’étranger : aujourd’hui, près de 20 pays l’ont adopté… mais pas la France. François Taddéi, directeur du CRI (centre de recherches interdisciplinaires) et spécialiste de l’innovation dans l’éducation, le regrette. « Le monde est organisé d’une façon statique et hiérarchique alors que la société se développe de façon horizontale avec des besoins de plus en plus grands de réactivité et de fluidité. Nous mettons les gens en compétition sur les savoirs d’hier alors qu’il faut privilégier la coopération pour qu’ensemble nous puissions créer les savoirs de demain. C’est du reste ce que font beaucoup d’entreprises via leurs investissements en R&D et en formation continue. L’éducation nationale ferait bien de s’en inspirer », explique-t-il. Voilà pour le constat. Reste que le tableau n’est pas si noir. Ici et là, enseignants, chercheurs, acteurs associatifs… s’attachent à mettre les enfants en position d’auteur et d’acteur et à les amener à relever les défis du monde tel qu’il va. François Taddéi a ainsi participé à la création en septembre 2013 des Savanturiers, une école de la recherche portée par le CRI qui vise à mener des projets d’apprentissage par la recherche dans les classes dans divers domaines scientifiques tels que lesneurosciences, la climatologie, la biodiversité, la botanique… L’un des objectifs n’est autre que dedévelopper le goût de l’exploration et de l’investigation en transformant la classe en petit laboratoire et les élèves en apprentis-chercheurs, mais aussi de découvrir la diversité des stratégies d’apprentissage (le jeu, les projets, l’expérimentation, la production, l’enseignement par les pairs, la pluridisciplinarité, etc.). 7800 élèves ont déjà bénéficié de cette méthodologie.

Interactivité : le mot — clé

A l’université Paul Sabatier de Toulouse, le constat établi par François Taddéi est largement partagé, notamment par un maître de conférence en physique, Brahim Lamine. Lui a mis en place dans son cour un système de vote qui permet sur un sujet donné d’interroger les étudiants, les forçant ainsi à réfléchir et à se positionner. Par la suite, si les votes sont divergents, une discussion s’engage entre eux. « C’est ce qu’on nomme l’instruction par les pairs et c’est la valeur ajoutée de leur présence en amphi. Ils doivent argumenter, ce qui leur apprend à verbaliser la physique puis ils revotent. Grâce à ce système, le professeur peut construire ses cours en fonction des résultats du vote et des difficultés rencontrées et ainsi apporter un complément d’information adapté. Cela fonctionne bien, car en termes de résultats, les étudiants ayant suivi ce type de pédagogie sont meilleurs que les autres », précise Brahim Lamine. Un bilan suffisamment positif pour que la méthodologie essaime dans d’autres cours, mais aussi dans d’autres universités toulousaines et au sein de l’école d’ingénieurs. Ce qui n’empêche pas certaines résistances. Brahil Lamine conclut : « Des enseignants peinent à renoncer à leur posture conservatrice et c’est vrai aussi de certains étudiants qui préfèrent rester passifs. De fait, c’est un changement de fond et nous avons encore besoin de convaincre. »

Anne Dhoquois
Le 25-01-2017
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