Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Homme, y es-tu ?

TRIBUNE - Alors que la digitalisation, la robotisation, l’uberisation et autres technologies envahissent notre vie, quelle place laissonsnous aux relations humaines ? Le CJD, promoteur de l’économie au service de l’Homme depuis près d’un siècle, ne pouvait que se poser la question.
Le 14 novembre dernier, la conférence annuelle des entrepreneurs se tenait à Bercy sur le thème de l’innovation et de la mondialisation. Vastes sujets pris ensemble et séparément. L’innovation. C’est le sésame du bonheur de l’entrepreneur. Être innovant, apporter un nouveau service, un nouvel outil, une nouvelle façon de voir le monde, c’est gagner sa place au Panthéon des entrepreneurs. Et bien entendu, dans l’oreille du quidam, innovation signifie « nouvelles technologies » : des applications pour mobile, des robots pour faire à la place de l’Homme, de l’intelligence artificielle pour penser comme lui, voire mieux que lui !

Une mutation des relations humaines
À la même date, les connexions internet sur téléphone mobile dépassaient celles sur ordinateurs à travers le monde. Adieu souris et clavier. La norme devient l’écran tactile. Le téléphone agrippé à ses lunettes connectées et l’œil rivé sur sa montre en Bluetooth, l’homme voit désormais la vérité au travers de la réalité virtuelle. Quelle est cette réalité ? Par définition, la réalité représente des phénomènes révélés comme existant effectivement, vérifiés comme étant tangibles. À l’inverse, le virtuel s’appuie sur une reconstruction de la réalité au travers d’un prisme numérique. Sommes-nous donc réduits à des spectateurs du temps présent, des témoins passifs de notre génération, des voyeurs de notre société ? Toutes ces mutations technologiques pourraient s’avérer passionnantes si elles ne cachaient un méfait lancinant : une mutation des relations humaines. Nos relations à l’autre passent dorénavant d’abord par un acte digital avant d’être un acte physique. Et parfois se limitent à cette rencontre virtuelle…Sans profondément révolutionner les valeurs humaines ni le fond des relations interpersonnelles, la technologie change le rapport à l’humain. Perdus dans les fenêtres ouvertes sur le monde entier, nous absorbons en un message ou une photo une émotion ou une information sans plus prendre le temps de la vérifier ou de l’assimiler. Cette vue du monde en 2D (ou en 3D reconstituée) ne renvoie qu’une image partielle que notre âme ne peut absorber.

La technologie est et doit rester un outil.
Tant qu’elle est activée par la main de l’homme, la technologie n’est que le transmetteur d’une intention, d’une action. Comme Rosa®, le robot qui fiabilise l’intervention chirurgicale, traite des pathologies qui semblaient inaccessibles il y a encore peu. Ses fonctionnalités améliorent la qualité de vie et rendent sa dignité à l’individu touché par la maladie. Mais, n’oublions pas que derrière la main, il y a le cœur. Tant que le cœur est celui d’un être humain, les émotions peuvent guider ses décisions et accepter une irrationalité que ne comprennent pas les machines. Quand cette intelligence émotionnelle disparaît au profit d’une IA (intelligence artificielle), il est de notre rôle de citoyen de protéger ceux et celles qui pourraient subir des effets collatéraux. Il est de notre devoir de garder un œil attentif sur les machines afin de conserver l’humain au centre de nos préoccupations. Dans notre monde professionnel, la présence de la technologie est notre quotidien et en devient très prégnante. Aucune communication sans mail ni messagerie.
Même mon assistante  Julie est un robot. Elle ne me prépare pas le café, mais prend mes rendez-vous, répond à ma place aux mails… Tout le monde la sait réelle, mais personne ne lui parle. En tant qu’entrepreneurs, nous devons veiller à ne pas limiter les contacts dans nos entreprises et avec nos parties prenantes externes à des échanges par écrans interposés. Nous avons besoin de vie, de toucher, de sentir, de mettre en branle tous nos sens. Si la digitalisation se révèle indubitablement une chance, une source d’opportunités économiques, nous ne pouvons concevoir des relations humaines uniquement virtuelles.

Ne pas perdre le lien avec le réel
Et si nous osions renouer des contacts physiques ? Si dans l’entreprise, nous favorisions les échanges réels ? Si la machine à café redevenait l’espace central de partage des informations, serions-nous out ? Ne serait-ce pas là le signe que nous sommes réellement innovants ? À l’heure où le bien-être, l’épanouissement et la quête de sens dans le projet professionnel arrivent en tête des motivations de nos collaborateurs, osons le vintage et rehumanisons nos organisations ! Alors, en attendant l’avènement d’un transhumanisme qui nous emmènera sur un nouveau paradigme de vie, donnons-nous la main, ouvrons nos cœurs et continuons à profiter de la technologie comme un facilitateur pour nous centrer sur notre essentiel.
Emmanuel Amon, membre du comité exécutif du CJD
Le 18-01-2017
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